ASCHBACHER Charles

Par Françoise Olivier-Utard, Léon Strauss

Né le 16 juin 1897 à Huttenheim (Basse-Alsace annexée au Reich allemand), mort le 25 février 1968 à Mulhouse ; ouvrier, ajusteur, syndicaliste de la CGTU puis CGT, membre de la SFIO puis du Parti communiste, secrétaire de l’union des syndicats textiles, secrétaire adjoint de l’UD du Haut-Rhin, membre du bureau fédéral (1947) puis du comité fédéral du Parti communiste du Haut-Rhin ; exclu de la CGT et du PC en 1956.

Charles Aschbacher naquit dans une famille ouvrière de cinq enfants. Son père, Jacques, était ouvrier d’usine à Guebwiller. Sa mère, Marie Jacquet, fille d’ouvriers, était ménagère. Charles fit ses études primaires à l’école allemande. Il était donc germanophone et n’apprit le français que plus tard, essentiellement en prison. Il fit ensuite un apprentissage de tourneur sur fer. Il fut enrôlé dans l’infanterie de l’armée allemande pendant la Grande Guerre. Après l’armistice, il trouva un emploi à la mine de potasse de Bollwiller. Le 1er janvier 1919, il adhéra au syndicat CGT et à la SFIO. Il passa au PC (SFIC) dès sa création et devint secrétaire de cellule à Guebwiller.

Il épousa, le 5 février 1919, Élise Mélanie Mérigue, qui devint membre du Parti communiste et de la FSGT. Le couple eut deux enfants.

Membre des Jeunesses communistes (il sera élu en 1938 président d’honneur des JC du Haut-Rhin), Aschbacher était en octobre 1921 responsable du Parti communiste et correspondant du journal Die Neue Welt à Guebwiller.

Condamné en 1922 pour propagande antimilitariste auprès des conscrits, il purgeait à Colmar une peine d’un an de prison (de septembre 1923 à août 1924) quand le Parti communiste le fit figurer en tête de sa liste qui obtint 7,4 % des suffrages exprimés aux élections législatives du 11 mai 1924. Après son élargissement, il fut engagé comme secrétaire permanent (Sekretär) par le syndicat des mineurs de potasse du Haut-Rhin et il cumulait ses fonctions avec celle de secrétaire de l’Union locale CGTU de Guebwiller. Le PC le désigna à nouveau comme candidat du Bloc ouvrier et paysan dans l’arrondissement de Guebwiller en 1928 opposé au responsable syndical chrétien Bilger, candidat de l’UPR, élu au premier tour et au maire socialiste de Mulhouse Wicky.

En 1928, il fut condamné à deux mois de prison et à une amende de 7 500 francs (équivalent à 5 mois de son salaire) pour avoir écrit dans l’Humanité de Metz (27 décembre 1927) un article inspiré du livre d’un député communiste allemand s’élevant contre les politiques natalistes. Il fut emprisonné le 21 août pour deux mois. Comme il n’avait pas payé l’amende, un mandat d’arrêt fut lancé contre lui en juin 1930, au moment des grandes grèves des mineurs de potasse. Il fut recherché et arrêté le 26 janvier 1931, à Guebwiller. On lui annonça qu’il ferait 4 mois de détention, mais la peine se réduisit à deux mois car le syndicat des cheminots paya l’amende.

En 1932, devenu secrétaire du syndicat des ouvriers métallurgistes d’Alsace et de l’Union départementale CGTU, il s’installa à Colmar et dirigea le 14 janvier, une manifestation de plusieurs centaines de chômeurs et de femmes de chômeurs devant la mairie et la préfecture. En mai, il fut candidat du Parti communiste orthodoxe à Colmar (il y eut également au premier tour un candidat du PC opposition qu’il devança assez largement) et se maintint au second tour : l’UPR Rossé fut élu. Aschbacher s’appuya désormais sur un groupe de plus de trois cents chômeurs, qui lui permit de « créer et d’entretenir une réelle agitation », selon le commissaire central de Colmar, et dirigea plusieurs grèves dans l’industrie textile en 1933. Le 12 février 1934, il organisa avec la CGT et la SFIO un meeting unitaire à l’occasion de la grève générale. Aux élections cantonales d’octobre 1934, il améliora son résultat de 1932 de plus de deux points et surtout, par son désistement au second tour, permit au socialiste Richard de battre le député UPR autonomisant Rossé. Lors du scrutin de ballottage des municipales de mai 1935, Édouard Richard le fit figurer, avec trois autres communistes, sur sa liste de " propreté politique ", qui était en fait une liste de Front populaire, mais Aschbacher épouvanta tellement les électeurs radicaux qu’il fut le seul membre de la liste à ne pas être élu. Aux législatives de 1936, il renouvela son score de 1932, mais son désistement ne permit pas à Richard de battre le sortant Rossé.

Après la réunification syndicale, Charles Aschbacher fut élu secrétaire de l’Union locale CGT de Colmar et anima les grèves de l’industrie textile de Colmar en juin 1936. En avril 1937, il fut élu secrétaire général du « Textilarbeiterverband », ayant son siège à Mulhouse, qui fusionna le 1er juillet avec les syndicats bas-rhinois adhérant jusqu’alors au syndicat des ouvriers de fabrique. Le 22 mai 1937, il fut également élu secrétaire administratif de l’Union départementale CGT du Haut-Rhin. En mai 1938, il fut candidat à la succession d’Eisenring (ex-confédéré) comme secrétaire général de l’UD, mais il fut battu par Louis Mersch et dut se contenter d’un poste de secrétaire adjoint.

Charles Aschbacher fut mobilisé le 24 août 1939, envoyé en avril 1940 à la Compagnie spéciale des travailleurs puis dans des camps de séjour surveillés dont celui d’Oraison (Basses-Alpes), enfin, à partir du 8 février 1941, au camp de sûreté nationale de Saint-Sulpice (Tarn). Il fut libéré en juillet 1942 suite au décès de sa fille aînée. Il signa, sur les recommandations des camarades communistes internés, une déclaration disant qu’il n’agirait pas contre le gouvernement.

Il rejoignit à Saint-Antoine de Ficalba (Lot-et-Garonne), sa famille qui avait été expulsée par les autorités françaises en mai 1940, rapatriée d’office après l’armistice et à nouveau expulsée d’Alsace en décembre 1940 par les autorités allemandes. En 1944, il appartenait au service de renseignements des FTP. Il se trouvait à la Croix-Rousse, à Lyon, et mentionne dans une de ses biographies de 1947 (avec un point d’exclamation) qu’il avait comme responsable Lucien Iltis*, qui se révéla un traître.

De retour en Alsace, il fut élu le 22 juin 1945 secrétaire adjoint de l’UD CGT du Haut-Rhin, tout en reprenant la charge de secrétaire de l’Union des syndicats textiles de ce département. Le 28 janvier 1948, il remplaça le secrétaire de l’UD Joseph Walliser, qui, membre de la SFIO, choisit de quitter la CGT pour fonder FO avec Émile Muller, secrétaire de l’UL de Mulhouse. Bon orateur en dialecte, Charles Aschbacher prenait la parole à la porte des usines et alimentait la presse syndicale en allemand. Il fut administrateur du Foyer de l’ouvrier de Mulhouse. Il participa aux actions du Mouvement de la paix au titre de la CGT.

Charles Aschbacher entra au comité fédéral du parti communiste du Haut-Rhin en 1952 et y fut réélu jusqu’à son exclusion en 1956.

Sa carrière s’arrêta net. Le 20 juillet 1956, il fut victime d’une machination policière. Il fut interpellé pour outrage à la pudeur sur la voie publique. La mise en scène avait très vraisemblablement été habilement préparée. Les rapports de police sont très vagues sur les faits et mentionnent que l’Algérien qui fut condamné en même temps que lui n’avait aucun domicile connu et qu’il disparut après le procès. Cependant la presse locale s’était saisie de l’affaire dès l’arrestation. Un scandale lié à la moralité n’était pas surmontable. Charles Aschbacher ne put ni s’expliquer ni se défendre. Il proposa de démissionner mais on préféra l’exclure de la CGT et du Parti communiste. Il eut beaucoup de difficultés à retrouver un emploi jusqu’à sa retraite. Une chape de plomb tomba sur son nom.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10295, notice ASCHBACHER Charles par Françoise Olivier-Utard, Léon Strauss, version mise en ligne le 10 juillet 2010, dernière modification le 10 juillet 2010.

Par Françoise Olivier-Utard, Léon Strauss

SOURCES : DBMOF, t.16 – Arch. du comité national du PCF — Arch. Moscou, RGASPI, 495 270 2078 – Liste de la Gestapo, 1940, arch. du SED, Berlin. — Arch. Dép. du Haut-Rhin 1452 W 36. – Arch. Dép. Bas-Rhin AL 102 (Paq. 47), AL 98 (Paq. 1283). — Die Neue Welt, 6 octobre 1921. – L’Humanité (Metz), 27 décembre 1927, 13 avril 1928. – Dernières Nouvelles de Strasbourg, 26 novembre 1930. – Colmarer neueste Nachrichter, 15 janvier 1932 ; 9 mai 1932. — L’Humanité (Metz), 14 février 1934, 8 et 28 décembre 1934. — L’Humanité (Strasbourg), 1935 à 1939. — Republikaner (Mulhouse), 1936 à 1939. – Travailleur syndiqué, 15 novembre 1937. – Républicain du Haut-Rhin, 2 janvier 1945 – Francis Fuchs, Les élections dans l’arrondissement de Colmar (1919-1936), Mémoire de Maîtrise Strasbourg II, 1975. – S. Courtois, Le PCF dans la guerre, thèse, annexe n° 18.

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