ASMUS Marcel

Par Jean Vigreux

Né le 20 avril 1913 à Vivier-au-Court (Ardennes), mort le 17 mars 1996 à Dijon (Côte-d’Or) ; ébarbeur aux Fonderies des Ardennes ; agent de maîtrise dans les produits d’entretien, commis épicier puis épicier-cafetier ; militant communiste ; résistant ; secrétaire fédéral du PCF en Côte-d’Or ; membre éphémère du comité central (1945-1946) ; exclu en 1946 et réintégré en 1994.

Fils d’un ferronnier, Marcel Asmus, ébarbeur aux Fonderies des Ardennes, puis agent de maîtrise dans les produits d’entretien et enfin commis épicier, fut militant à la CGTU au début des années 1930. Son activité syndicale le conduisit en 1932 aux Jeunesses communistes, puis il adhéra au PC en 1936 à Vitry-le-François (Marne). Secrétaire de cellule en 1937, puis de section en 1938, il participa activement à la lutte antifasciste.

Mobilisé au 315e régiment d’artillerie le 4 septembre 1939, il fut libéré de ses obligations militaires le 25 août 1940. Peu après, il entra dans la clandestinité (septembre 1940) et continua à diriger sa section communiste. Secrétaire à l’organisation en Haute-Marne en juin 1942, il parcourut la région et devint secrétaire politique pour l’Yonne en septembre de la même année. Le 16 novembre 1942, il fut condamné par contumace par la Cour spéciale de Dijon.

Activement recherché, il réussit à échapper aux forces de police et s’occupa dès l’été 1943 de la Résistance communiste en Côte-d’Or et dirigea l’activité des maquis FTP du département. Il fut l’un des organisateurs avec Maurice Sebille et Louis Mutin de la manifestation au chant de la Marseillaise du 11 novembre 1943 dans les rues de Dijon. En ce mois de novembre, il fit partie du CDL clandestin formé en Côte-d’Or ; il fut remplacé ensuite par Auguste Persancier*. Puis Marcel Asmus organisa la grève du dépôt de Perrigny pour obtenir la libération des sept cheminots dijonnais emprisonnés. Grève qui obligea Laval à s’en remettre aux autorités allemandes. Si les cheminots furent dans un premier temps graciés, ils furent conduits en Allemagne et décapités.

En mai 1944, Marcel Asmus, commissaire aux effectifs de la région FTP (Aube, Marne, Yonne, Côte-d’Or et ex-zone occupée de la Saône-et-Loire), fut l’un de ceux qui dirigèrent les FTP dans la bataille d’Autun le 8 septembre 1944.

Dès l’automne 1944, il retrouva sa place au CDL en remplaçant Auguste Persancier. Le 5 novembre 1944, il fut nommé secrétaire régional du Parti. Dirigeant la Fédération communiste de Côte-d’Or, il entra au comité central comme membre suppléant au Xe congrès du PCF en juin 1945. Il entra également au CDL de Côte-d’Or, sous son pseudonyme de résistant Dupré. Il signa d’ailleurs les éditoriaux de L’Avenir de la Côte-d’Or, organe local du PCF sous ce nom. Le 15 février 1945, il essaya vainement d’empêcher la foule de lyncher le commissaire de police Marsac, collaborateur zélé qui fut sorti de la prison de Dijon et assassiné.

Marcel Asmus conduisit la liste communiste aux élections municipales à Dijon en 1945 sous son double nom Asmus-Dupré, ce qui lui valut les foudres de la droite locale. À ces élections du 29 avril 1945, la liste entière du chanoine Kir passa au premier tour du fait de la division à gauche, de la multiplication des listes, et du poids de la bourgeoisie locale. Candidat aux élections cantonales de 1945 à Dijon-Est, il fut battu par le candidat de droite dès le 1er tour, mais réalisa 19,89 % ce qui le plaça en seconde position et en tête des forces de gauche. Aux élections législatives du 21 octobre 1945, il conduisit la liste de son parti qui obtint 12,6 % des suffrages (il doublait le pourcentage de l’avant-guerre) soit une progression par rapport aux cantonales sur l’ensemble du département.

Mais Marcel Asmus n’arriva pas à contrecarrer dans ce département l’influence des socialistes (qui ont eu la présidence du CDL, la mairie en attendant les élections d’avril, la préfecture et le commissariat de région) et de la droite conservatrice dirigée par une figure montante le chanoine Kir (futur fondateur du Centre national des indépendants et paysans).

Marcel Asmus-Dupré fut également au cours de cette année 1945 l’objet d’attaques conjointes du CDL de Côte-d’Or, en particulier de son dirigeant socialiste Claude Guyot* farouchement anticommuniste et du chanoine Kir. L’attaque porta sur l’authenticité de son engagement dans la Résistance en publiant des photographies le montrant à la terrasse d’un café en train de servir des Allemands. Effectivement au cours de 1941-1942, Marcel Asmus tenait une épicerie buvette dans la Marne et il logeait deux gardiens de chevaux allemands. Ces photographies étaient arrivées au CDL au cours du mois de juin 1945 et le chanoine Kir les diffusa à l’automne. Tous les coups étaient permis afin d’enrayer la progression communiste dans la région ; ce qui sembla fonctionner à merveille. Peu défendu, Marcel Asmus fut écarté de la direction de la fédération côte-d’orienne, qui n’avait peut-être pas accepté son parachutage en 1944. Dès janvier 1946, il fut remplacé à la tête de la fédération par Juliette Dubois*, qui épousera ensuite Gaston Plissonnier*.

Le Parti communiste prononça son exclusion en 1946. Marcel Asmus en garda une profonde douleur. Il obtint sa réintégration au PC en 1994 : le secrétaire fédéral de l’époque lui remit sa carte d’adhérent peu de temps avant sa mort.

Le 31 octobre 1945, il avait reçu la Croix de guerre avec une étoile-d’argent et le 24 avril 1946, il obtenait la médaille de la Résistance française. Marcel Asmus s’était marié e mars 1934 à Saint-Laurent puis en mai 1956, en Côte-d’Or.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10299, notice ASMUS Marcel par Jean Vigreux, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 4 avril 2015.

Par Jean Vigreux

Sources : Arch. Dép. Côte d’Or, 6 J 25. — Archives du CDL (Arch. Dép. Côte d’Or et CERORB-IHC). — Archives d’ADIAMOS Fonds Caignol, Entretien avec Paulette Asmus. — Claude Guyot, Historique du Comité Départemental de la Libération de la Côte d’Or, Besançon, 1962. — Les communistes dans la Résistance en Côte-d’Or, Témoignages, Amicale des vétérans du PCF, Dijon, 1994. — Pierre Gounand, Dijon 1940-1944, carrefour de guerre, Besançon, Éd. Franc’Albert, 1990. — Ludovic Rochette, La Résistance et la vie politique en Côte-d’Or de la Libération à la Quatrième République, mémoire de maîtrise, Université de Bourgogne, 1995. — Pierre Lévêque (dir.), La Côte d’Or de la Préhistoire à nos jours, Saint Jean d’Angely, Éditions Bordessoules, 1996. — Marc Salmon, Marcel Caignol, Vie politique d’un militant (1934-1973), mémoire de maîtrise, Université de Bourgogne, 1997.

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