AUBENAS René, Louis, Alexis

Par Jacques Girault

Né le 25 avril 1891 à Vaison-la-Romaine (Vaucluse), mort le 11 novembre 1977 à Paris (XIIIe arr.) ; professeur, puis inspecteur d’Académie ; président de la section du Vaucluse de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale (1948).

Son père, professeur à Vaison-la-Romaine, habita par la suite Privas (Ardèche) où René Aubenas fut élève du collège. Après avoir obtenu le baccalauréat, il devint répétiteur au collège de Clermont l’Hérault (Hérault) en 1911-1912. Boursier de licence et d’agrégation à la faculté des Lettres de Montpellier, il obtint une licence et un diplôme d’études supérieures mais échoua à l’agrégation de lettres en 1914.
Mobilisé d’août 1914 à juin 1919 dans l’infanterie, René Aubenas fut blessé en 1916. Fait prisonnier à Thiaumont le 7 mai 1916, il passa 31 mois de captivité à l’hôpital de Trèves jusqu’en décembre 1918.
René Aubenas, professeur aux collèges de Pézenas (Hérault) en 1919, puis de Béziers (1919-1921), obtint l’agrégation des lettres en 1921. Nommé au lycée de Sarreguemines (Moselle, 1921-1926), puis au lycée Kléber de Strasbourg (1926-1939), il se maria avec une agrégée de sciences naturelles et physiques, professeur au lycée de Colmar (Haut-Rhin) en 1930. Ils eurent six enfants. Syndiqué, il siégea au conseil académique de Strasbourg de 1925 à 1939.
René Aubenas fut nommé inspecteur d’Académie en Corrèze (décembre 1939-octobre 1945). Il se signala notamment par sa résistance à l’administration, au Préfet et à la Légion qui étaient « hostiles aux instituteurs. Refus de faire une mutation générale des instituteurs considérés par eux comme suspects [...]. Freinage systématique opposé à toutes les mesures arbitraires imposées par le Préfet » comme il l’expliquait par lettre, le 20 décembre 1944. Il aida la Résistance par des « facilités et congés accordés par complaisance aux membres du personnel inquiétés par la Gestapo ou la Milice ». Aussi fut-il inquiété par la Milice (20 mai 1944), arrêté par les Allemands le 9 juin et emmené avec les otages. Il eut à se défendre et à s’expliquer en septembre 1944 car le NAP de Limoges le jugeait comme « neutre vis-à-vis de la Résistance ». Finalement, la section du Syndicat national des instituteurs de Corrèze intervint, démontrant qu’il avait « résisté aux déplacements d’office, [...] refusé les passe-droits pour les protégés de Vichy, [...] mis sa voiture à la disposition de la Résistance, [...] accordé des congés » et accepté un dépôt d’armes dans les locaux de l’Inspection académique. Dans son rapport, le recteur de l’Académie, en février 1946, indiquait qu’Aubenas dirigeait « avec une autorité souriante et ferme un département où les passions politiques sont loin d’être apaisées ».
Mais peu après, la section du SNI, en juin 1946, demandait son déplacement, l’accusant de ne pas tenir compte des vœux du personnel, d’avoir désigné un membre du conseil départemental sans consulter la section syndicale, et d’avoir refusé « un comité départemental d’épuration » ; d’autres exemples étaient donnés tendant à prouver que la présence d’Aubenas « entrave le fonctionnement » de l’enseignement primaire en Corrèze. Le secrétaire général de la section demandait son déplacement en raison de son absence d’ « esprit de collaboration » et « d’esprit d’initiative ». Aubenas, par lettre le 9 novembre 1946, affirmait « Tout est en ordre dans la Corrèze que je quitte et j’ai refusé jusqu’au bout les faveurs et les passe-droits que de violentes pressions voulaient obtenir de moi ». Il s’en expliquait en juin 1947. La décision ministérielle de supprimer l’École normale de Tulle avait été à l’origine de la réaction syndicale d’autant plus qu’il avait refusé « d’accorder des passe-droits à deux membres du SNI ».
René Aubenas, à son arrivée à Avignon en novembre 1946, eut des difficultés avec un secrétaire de l’Inspection académique qui prenait des décisions sans consulter l’Inspecteur à propos du logement des instituteurs par les communes. Mais, le plus grave, fut l’intervention lors de la session du conseil général, d’un élu communiste, adjoint au maire d’Avignon, Étienne Charpier qui critiquait son action pendant la guerre « mettant en doute son républicanisme ». Aussi le préfet protesta contre l’orateur et René Aubenas accusa le SNI de répandre de fausses informations, précisant : « Je n’ai jamais été mal avec les communistes qui m’avaient demandé d’entrer au Comité départemental du Front national après la Libération et j’ai été délégué au congrès national de février 1945 ».
René Aubenas présida la création de la section départementale de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale. Il quitta le Vaucluse en septembre 1948 pour l’Isère où il demeura en poste jusqu’à sa retraite en avril 1957.
À Grenoble, Aubenas se heurta en 1953 à un député MRP qui lui reprochait de ne pas avoir sanctionné un maire communiste qui avait permis l’utilisation d’une école par des militants communistes, d’avoir permis à un instituteur de reprendre son poste alors qu’il avait été déplacé d’office par le ministre après une condamnation pour un collage d’affiches politiques, de n’avoir pas demandé à l’inspecteur primaire de ne pas participer à l’inauguration d’une école dans une mairie communiste. Il affronta à nouveau le préfet mais le recteur de l’académie de Grenoble demanda qu’il ne soit pas sanctionné.
À la retraite, René Aubenas vint habiter Paris.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10342, notice AUBENAS René, Louis, Alexis par Jacques Girault, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 4 janvier 2018.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat., F17/26 830. — Presse syndicale.

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