CANAL Jean

Par André Balent

Né et mort à Perpignan (Pyrénées-Orientales) : 12 novembre 1901-27 juin 1972. Instituteur. Militant socialiste.

Cet instituteur socialiste est appelé « Canals » par Maurice Jaquier dans son livre Simple militant. Son nom est également orthographié « Canals » dans certains documents d’origine policière.

Fils d’Antoine Canal et de Marie-Louise Gros, Jean Canal épousa Marie Laguerre institutrice. D’après Ferdinand Baylard* qui fut son collègue et ami, Jean Canal aurait travaillé en tant qu’instituteur à Tarragone (Espagne) dans les années 1925-1930. Au début des années 1930 Jean Canal et sa femme exercèrent à Saint-Jean-Lasseille (Pyrénées-Orientales). En 1937, il était en poste à Perpignan, alors que sa femme exerçait à Ponteilla (Pyrénées-Orientales). Peu avant la Seconde Guerre mondiale, il était instituteur à Corsavy (Pyrénées-Orientales). D’après Ferdinand Baylard, Jean Canal, instituteur, ne dédaignait pas les activités commerciales : il serait allé notamment en Finlande pour acheter du bois qu’il aurait commercialisé dans les Pyrénées-Orientales après l’avoir fait transiter par Port-Vendres.

Au début des années 1930 Jean Canal militait activement dans les rangs du Parti socialiste SFIO et de la Fédération unitaire de l’Enseignement. En mai 1934 il participa, sans engager son Parti, à une réunion des organisations antifascistes convoquée à Perpignan par le Parti communiste (« comité régional contre la guerre et le fascisme ») : d’après un rapport de police il fit, pendant cette réunion, « l’apologie de la dictature du prolétariat en URSS ».

Jean Canal faisait partie du groupe de militants de la SFIO catalane qui remettaient en cause l’autorité de Jean Payra*. Bientôt il devint un militant de la « Bataille socialiste », puis, à partir d’octobre 1935, de la « Gauche révolutionnaire ».

Le congrès fédéral de la SFIO du 2 juin 1935 l’élut membre de la CAF et de la commission fédérale des conflits ; ce même congrès le désigna également comme délégué de la Fédération des Pyrénées-Orientales au congrès national de Mulhouse.

Aux élections législatives d’avril-mai 1936, Jean Canal soutint très activement la candidature de Joseph Rous, député sortant, récemment exclu de la SFIO (Voir Jean Payra*, Joseph Rous*). Ce soutien public à Joseph Rous, qui fut par ailleurs réélu, motiva son exclusion de la SFIO pour indiscipline par les commissions fédérale et nationale des conflits (7 février 1937). Cette décision fut ratifiée à l’unanimité par le conseil national de la SFIO (14 février 1937). À cette époque, Jean Canal était par ailleurs trésorier du SNI des Pyrénées-Orientales (Voir Léon Sors*).

Après son exclusion de la SFIO, Jean Canal n’en continua pas moins à militer fort activement dans les rangs de la Gauche révolutionnaire puis, à partir de 1938, dans ceux du PSOP (Voir Ferdinand Baylard*). Il fut un membre actif du comité perpignanais dit « du Continental-Bar » constitué par des membres de la Gauche révolutionnaire et du SNI catalan au moment de la guerre d’Espagne. En août 1936 il était présent à la réunion de ce comité lorsqu’arriva à Perpignan Maurice Jaquier investi des fonctions de délégué national du Front populaire chargé d’établir le contact avec les révolutionnaires espagnols. Avec Maurice Jaquier et d’autres membres du « comité du Continental-Bar », Jean Canal participa à diverses actions d’aide à la révolution espagnole : ainsi dans la 201 de Delcamp* il assura (avec Maurice Jaquier et d’autres pivertistes catalans) l’escorte d’un convoi de deux camions transportant dix tonnes d’obus à destination de la ville de Puigcerda, en Cerdagne espagnole. Consacrant le plus clair de son temps à l’aide à la révolution espagnole (et plus particulièrement au POUM), Jean Canal sollicita de nombreux congés de maladie (ainsi du 8 janvier 1937 au 7 février 1937 et du 8 février 1937 au 4 mars 1937). L’Inspecteur d’académie des Pyrénées-Orientales s’inquiéta de ce que Jean Canal prît d’aussi nombreux jours de congé et, le 16 mars 1937, il écrivait au préfet : « [...] j’apprenais alors que non seulement Jean Canal avait été vu se promenant en ville, malgré ses maux de gorge et sa santé débile mais encore qu’il s’était rendu à Barcelone. D’autre part des conversations particulières m’avaient informé que les collègues de M. Canal considéraient ces déplacements comme peu en rapport avec la conscience professionnelle d’un maître de l’enseignement laïque ». (Ce dernier jugement de l’Inspecteur d’académie mériterait sans doute d’être nuancé, car de nombreux enseignants sympathisaient avec la cause de l’Espagne républicaine). À la suite de cette lettre au préfet, l’Inspecteur d’académie des Pyrénées-Orientales accorda à Jean Canal un congé de maladie du 5 mars au 11 mars 1937 mais refusa le congé de convenances personnelles que ce dernier sollicitait à compter du 11 mars 1937. Le préfet des Pyrénées-Orientales était d’ailleurs parfaitement au courant des activités de Jean Canal : dans un rapport au ministre de l’Intérieur (direction générale de la Sûreté) en date du 26 janvier 1937, il écrivait notamment : « [...] depuis le début de la guerre civile espagnole, M. Canal s’est rendu fréquemment en Espagne et s’occupe activement du ravitaillement des milices gouvernementales ». Son passeport détenu par la préfecture des Pyrénées-Orientales portait de nombreux cachets, d’entrée et de sortie au poste frontière du Perthuis, en date, notamment des 30 juillet, 8 et 9 août 1936. Le 14 janvier 1937, Jean Canal fut refoulé par la police britannique à Folkestone. Le préfet des Pyrénées-Orientales (rapport cité) affirmait que l’on avait « trouvé sur lui les noms de communistes français et anglais ». Jean Canal se rendait-il au Royaume-uni pour y développer la solidarité avec la révolution espagnole ou pour prendre contact avec les oppositions communistes britanniques ?

Pendant toute cette période, Jean Canal fut en contact étroit avec les militants du POUM à Perpignan (le « Continental-Bar, place Arago, était le lieu de rencontre entre pivertistes et militant du POUM ou de la CNT), Puigcerda et Barcelone.

En février 1939, Jean Canal participa, après la défaite des Républicains espagnols en Catalogne à l’aide aux réfugiés qui refluaient massivement en Roussillon. Avec le « comité du Continental-Bar » il prit part à une dernière action pour arracher à la foule des réfugiés catalans les dirigeants du POUM, notamment Julian Gorkin, Juan Andrade, Pere Bonet, Joan Rodes et Wilelbado Solano.

Après 1940, Jean Canal quitta l’enseignement et devint représentant en vins. Mais bientôt il devint hémiplégique et perdit l’usage de la parole, ce qui l’éloigna de toute activité politique.

Après la Libération, en dépit de sa paralysie, Jean Canal conserva d’étroits contacts avec le mouvement ouvrier organisé, notamment avec la SFIO. Il mourut le 27 juin 1972 à Perpignan.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article103538, notice CANAL Jean par André Balent, version mise en ligne le 4 novembre 2010, dernière modification le 18 septembre 2012.

Par André Balent

SOURCES : Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, versement du cabinet du préfet (13 septembre 1951), liasse 177 (PC et SFIO 1934-1936) ; rapport du commissaire de police au commissaire central de Perpignan (13 mai 1934), rapport du commissaire central de Perpignan au préfet (14 mai 1934) ; liasse 186 (« suspects », fin de la IIIe République et « État français », A à L), rapport de l’Inspecteur d’académie de Montpellier en résidence à Perpignan au préfet des Pyrénées-Orientales (16 mars 1937) ; rapport du préfet au ministre de l’Intérieur (direction générale de la Sûreté) (26 janvier 1937) ; rapport du commissaire de police mobile Paul Allinant, détaché en mission au préfet des Pyrénées-Orientales (22 février 1937). — En Avant, organe du groupe d’action et d’études des Pyrénées-Orientales, 12 juin 1935. — Maurice Jaquier, Simple militant, Denoël, Lettres nouvelles, Paris, 1974, pp. 126 et 139. — Témoignages de MM. Ferdinand Baylard et Achille Llado, anciens militants pivertistes des Pyrénées-Orientales.

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