AUBERT Raymond, Georges, Louis

Par Jacques Girault

Né le 14 octobre 1908 à Belverne (Haute-Saône), mort le 26 mai 1978 à Bavilliers (Territoire de Belfort) ; instituteur ; dirigeant communiste du Territoire de Belfort ; résistant.

Fils d’un cultivateur qui mourut au front (Chemin des Dames), Raymond Aubert, pupille de la Nation, fut encouragé par son instituteur. Boursier au cours complémentaire de Vesoul (Haute-Saône), il entra à l’École normale d’instituteurs de Vesoul. Il effectua son service militaire dans un régiment d’infanterie à Belfort et le termina comme lieutenant (mai 1929-octobre 1930). Nommé instituteur à Oricourt, adhérent du Syndicat national des instituteurs depuis 1927, il retrouva son village natal en 1930 et s’y maria avec Lucienne Schiélé, fille d’un employé, institutrice, elle aussi pupille de la Nation, en avril 1931.
Aubert obtint, avec son épouse, un poste double à Danjoutin. Ils furent nommés à Belfort en 1934, elle à l’école maternelle de la rue de l’Étuve, puis de la rue de Cravanche, lui à l’école du faubourg de Montbéliard. Il avait été antimunichois en 1938.
Mobilisé comme capitaine, Raymond Aubert fut fait prisonnier dans la Marne à Epoye, le 12 avril 1940. En captivité dans plusieurs oflags jusqu’à l’oflag XIII à Lübeck, il apprit le latin, perfectionna ses connaissances de la langue allemande, fit partie du groupe théâtral. Il devint l’ami du professeur d’histoire communiste de Cambrai, Émile Carlier. Bénéficiant en mai 1943 d’un rapatriement sanitaire au titre du travail agricole à la suite d’une homonymie dont il profita avec la complicité des fonctionnaires du ministère de l’agriculture qui le nommèrent comme ingénieur agricole à Belfort, il reprit son poste d’instituteur à Belfort. Entré en contact avec la Résistance, il s’engagea dans le réseau Lorraine. Après une perquisition dans son domicile par la Gestapo, le 3 janvier 1944, il entra dans la clandestinité. En février 1944, on lui confia, sous le pseudonyme de « capitaine Gérard », le commandement d’une compagnie, bientôt intégrée dans les Forces françaises de l’Intérieur, qui devint la première compagnie composée de près de deux cents haut-saônois, installée dans le secteur d’Etobon. Ses actions furent coordonnées avec celles de la Première armée française et aboutirent à de violents affrontements avec les Allemands à la fin du mois de septembre. Après la dispersion de sa compagnie, Aubert intégra la première armée et participa à la libération de Belfort (20-21 novembre).
Raymond Aubert siégea au Comité départemental de Libération, chargé des transports, de l’intendance, du ravitaillement, membre de la commission de confiscation des profits illicites, puis responsable du rapatriement des déportés. Il se rendit, avec une délégation de Belfortains, à Dachau pour ramener les originaires de la région. Président des anciens prisonniers de guerre, il dirigea la reconstruction de la tour de la Miotte par le concours des membres de l’association (mars-juillet 1947).
Après avoir été mis à la disposition de la direction départementale de la Jeunesse et des Sports (1948-1949), Aubert reprit son poste d’instituteur dans son ancienne école. Muté au nouveau groupe Émile Géhant à Dardel, il dirigea l’école de rue de Cravanche, future rue de la Première Armée française jusqu’à sa retraite en 1966.
Aubert adhéra au Parti communiste français en juin 1946 (selon les archives du PCF) ou en 1947 (selon René Grillon). Membre du bureau de la section communiste de Belfort depuis 1948, responsable des mouvements de masse, des prisonniers de guerres, des résistants et des questions laïques, il en devint le secrétaire en 1961. Membre du comité de la fédération communiste du Doubs, il siégea au comité et au bureau de la nouvelle fédération du territoire de Belfort détachée de la fédération du Doubs en 1954. Désigné comme membre du secrétariat fédéral (troisième en 1954 et en 56, deuxième en 1957), chargé du travail municipal, du Mouvement de la paix (il en était le secrétaire départemental à partir de 1956) et des écoles du Parti, il conserva cette responsabilité jusqu’en 1959, redevenant alors seulement membre du bureau fédéral jusqu’en 1968. Après avoir été réélu au comité fédéral, il ne fut pas reconduit en 1970 en raison de son état de santé.
Lors d’une réunion du comité fédéral en avril 1956, selon le rapport du représentant du comité central Paul Fabbri, Aubert souhaita une autocritique du comité central après le XXe congrès. Secrétaire départemental du Mouvement de la paix depuis 1956, il anima les campagnes contre le réarmement allemand et les guerres coloniales.
Raymond Aubert représenta le Parti communiste aux élections législatives (1951, 1956- en deuxième position sur la liste, partisan d’une liste d’union avec Pierre Dreyfus-Schmidt à Belfort -, 1958 comme suppléant, 1962) et cantonales (1948, 1951, 1955, 1958 - cette année-là, sur 11 500 inscrits, il arrivait en quatrième position avec 869 voix -, 1964) en raison de son impact personnel. Par exemple, candidat dans la première circonscription, le 23 novembre 1958, il obtenait 1 986 voix (7,8 % des suffrages exprimés) et le 18 novembre 1962, il réunissait 2 848 voix (12,8 % des suffrages exprimés, quatrième position).
Conseiller municipal de Belfort (1953-1959), Aubert fit adopter le statut des moniteurs municipaux d’éducation physique et proposa l’introduction de l’enseignement musical dans les écoles primaires. Aux élections municipales de 1965, il conduisait la liste communiste.
Raymond Aubert, président de la section de Belfort des prisonniers de guerre depuis 1945, fut membre de son comité directeur national. Membre du comité départemental des FFI, de la commission d’homologation des grades FFI, il avait siégé à la commission permanente de l’office des anciens combattants et victimes de la guerre.
Son épouse Lucienne Aubert, directrice en retraite d’école maternelle, "ancienne résistante" (selon la profession de foi), le remplaça, puisqu’il était malade, comme candidate aux élections municipales de 1971.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10361, notice AUBERT Raymond, Georges, Louis par Jacques Girault, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 30 mai 2021.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Renseignements fournis par la Fédération communiste du Territoire de Belfort et par René Grillon. — Presse locale. — L’Alsace, 27 mai 1978. — Bruno Kern, Pierre Dreyfus-Schmidt, député de Belfort, DEA, Paris, 1983. — Dictionnaire biographique du Territoire de Belfort, Société belfortaine d’émulation, 2001. — Témoignages pour ne pas oublier 1940-1945. Des communistes dans la Résistance, 1966, Brochure réalisée par la Fédération du Parti communiste du Territoire de Belfort. — Notes de Francis Péroz et de Claude Pennetier.

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