AUBERTIN Marie, Mathilde, Adèle, Victoire [épouse MONTUCLARD]

Par Thierry Keck

Née le 24 février 1916 à Lyon IIe arr. (Rhône) ; co-animatrice jusqu’en 1953 du mouvement Jeunesse de l’Église, avec le dominicain Maurice Montuclard* (qu’elle épousa en 1956).

Marie Aubertin est née dans une famille de la moyenne bourgeoisie lyonnaise. Son père, modeste tanneur ayant quitté Metz en 1870, était devenu bijoutier. Sa mère était issue d’une famille assez aisée de notaires ardéchois. Troisième de six enfants, elle suivit de solides études qui la conduisirent aux facultés catholiques de Lyon, où elle obtint une licence de philosophie.
C’est dans le groupe jéciste de cette université qu’elle fit en 1936 la connaissance du père Maurice Montuclard*, alors aumônier de divers groupes étudiants. Celui-ci venait de lancer une expérience communautaire originale qui cherchait à construire une alternative à la stratégie de conquête des mouvements d’Action catholique spécialisée et n’hésitait pas à mêler clercs et laïcs, familles et célibataires. Marie Aubertin s’agrégea rapidement à cette équipe qui avait pris tout simplement le nom de « Communauté ». C’est des réflexions menées par le groupe que naquirent les Cahiers de Jeunesse de l’Église. Ils rencontrèrent dès la publication du premier numéro, en 1942, un accueil favorable. Fort de signatures illustres glanées parmi les milieux intellectuels chrétiens alors repliés en zone sud (Gabriel Marcel, Emmanuel Mounier*, Hubert Beuve-Méry, François Perroux...), Jeunesse de l’Église trouvait un écho parmi les militants chrétiens brusquement projetés dans l’action par les événements et cherchant une ligne de conduite. Dès lors, JE se fit remarquer par l’originalité de ses positions. Elle prônait une présence au monde qui ne fût pas prosélyte et l’acceptation des valeurs du monde moderne, jugées positives. À propos de la stratégie missionnaire en monde ouvrier, elle s’inscrivait en faux par rapport aux conclusions du livre-choc de Godin et Daniel, La France, pays de mission ? en préconisant la reconnaissance pleine et entière du rôle de l’idéologie communiste dans la classe ouvrière.
Marie Aubertin, qui partageait désormais la vie de Maurice Montuclard, fut un acteur essentiel de l’aventure de Jeunesse de l’Église. Seule femme au sein de l’équipe dirigeante après que le mouvement se fut installé à Petit-Clamart, près de Paris, en 1945, elle joua un rôle essentiel dans l’histoire du mouvement, tant par sa prise en charge des aspects matériels, déployant pour cela des trésors d’énergie et d’ingéniosité, que par sa contribution à la recherche théorique : elle écrivit en effet plusieurs articles d’exégèse biblique dans les Cahiers et s’était vue confier la rédaction d’un numéro entier qui, finalement, ne parut pas : La Bible, livre du pauvre. Son rôle dans l’élaboration des programmes de réflexion de JE et ses inlassables déplacements à la rencontre des groupes de province contribuaient également à lui conférer une place essentielle dans la vie du mouvement. Ainsi, elle connut les années exaltantes de la Libération, lorsque les recherches audacieuses de JE ne rencontraient pas encore l’opposition de la hiérarchie. Elle a vécu aussi les menaces de dissolution, la censure, l’âpreté des discussions avec les évêques quand les engagements radicaux du mouvement furent ressentis comme une menace au sein de l’Église, par son appel à la collaboration avec les communistes et par son influence supposée sur de nombreux militants et, surtout, sur les prêtres-ouvriers.
Marie Aubertin avait signé l’appel de Stockholm en 1950, ainsi que le texte de solidarité avec les prêtres-ouvriers du 6 février 1954. Après la condamnation de JE en 1953 par la hiérarchie catholique pour « déviation doctrinale et imprégnation marxiste », condamnation suivie de sa dissolution, elle adhéra au Parti communiste, qu’elle quitta lors de l’affaire Prenant en 1956. Ayant épousé le 20 décembre 1956, à Paris, Maurice Montuclard qui avait quitté l’habit trois ans plus tôt, elle l’assista dans sa carrière universitaire de sociologue du travail. Après la mort de son mari en 1988, Marie Montuclard s’est consacrée à l’amélioration du sort des personnes âgées dépendantes au sein de diverses associations de la Drôme provençale où elle s’est retirée.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10369, notice AUBERTIN Marie, Mathilde, Adèle, Victoire [épouse MONTUCLARD] par Thierry Keck, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 10 novembre 2008.

Par Thierry Keck

SOURCES : T. Keck, Aux sources de la crise progressiste en France : le mouvement « Jeunesse de l’Église » (1936-1955), thèse d’histoire, Université Lyon 2-Lumière, 2002. — Notes d’A. Caudron.

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