AUCLAIR Émile [AUCLAIR Adrien, Émile]

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 2 juin 1895 à Paris (XIIe arr.), mort le 21 février 1948 à Montrouge (Seine, Hauts-de-Seine) ; permanent politique puis administrateur ; membre du comité directeur du Parti communiste en 1921 ; militant de l’Union socialiste communiste puis du Parti socialiste SFIO ; maire de Brétigny-sur-Orge de 1933 à 1944 (Seine-et-Oise).

Fils d’un employé de chemin de fer de la ligne Paris-Orléans, acquis aux idées socialistes, Émile Auclair fréquenta l’école Arago, puis adoptant les positions politiques de son père, il s’inscrivit aux Jeunesses socialistes dès 1912. Il adhéra au syndicat des employés en 1918.

Devançant l’appel, Émile Auclair s’engagea dans la Marine pour cinq ans, le 17 avril 1914 à Paris, et fut aussitôt envoyé au 5e dépôt des équipages de la flotte, à Toulon (Var). Il passa au grade de quartier maître fourrier le 1er juillet 1917. Il fut démobilisé en juin 1919, avec un certificat de bonne conduite.

Le nom d’Émile Auclair apparut pour la première fois à l’automne 1919 comme secrétaire adjoint de la 13e Entente des Jeunesses socialistes de Paris. Partisan de la IIIe Internationale, il se montra cependant hostile à l’autonomie des Jeunesses, préconisée à l’égard du vieux Parti socialiste par les éléments les plus radicaux de la gauche. Il était alors adhérent du Comité de la IIIe Internationale, dont le secrétaire était Fernand Loriot.
Dès l’année suivante, il se signala au plan national. Lors de la conférence nationale des Jeunesses socialistes, tenue à Troyes le 4 avril 1920, il joua en effet un rôle considérable ; leader d’une tendance qui regroupa un bon quart de mandats, Auclair combattit alors en faveur de l’adhésion à l’Internationale communiste des Jeunes. Le 25 juillet 1920, dans la conférence réunie par la minorité communiste des Jeunesses, on le retrouva membre de la commission du programme. Il fut cofondateur du Comité de l’Internationale communiste des jeunes, et participa à la rédaction de L’Avant-garde ouvrière et communiste. Engagé sans réserve dans la bataille décisive pour l’adhésion des Jeunesses socialistes à l’ICJ, Auclair fut l’un des principaux artisans de la nette victoire remportée par la tendance révolutionnaire au congrès de la Bellevilloise du 31 octobre 1920 ; la Fédération des Jeunesses socialistes-communistes fit alors de lui l’un des douze membres titulaires de son conseil national. Également militant de la 20e section socialiste, il fit partie de la commission des résolutions (comité de la IIIe Internationale) au congrès fédéral de Paris en novembre 1920, et signa la motion dite Cachin-Frossard. En 1921, Émile Auclair et Maurice Laporte furent désignés pour représenter au comité directeur du Parti communiste naissant la Fédération dite maintenant des Jeunesses communistes.
De tendance centriste, Émile Auclair fut élu membre suppléant du comité directeur par le congrès de Marseille (25-30 décembre 1921). Peu après, au deuxième congrès national de la Jeunesse communiste tenu à Montluçon (Allier) les 14 et 15 février 1922, il se prononça contre les militants de la gauche qui « considèrent comme anticommunistes, ceux qui ne sont pas toujours d’accord avec Moscou et prétendent discuter sa tactique ». Quittant la Jeunesse communiste, il devint permanent du Parti. Comme délégué à la propagande, Auclair sillonna une vingtaine de départements pendant les sept mois qui précédèrent le congrès de Paris (octobre 1922) et s’intéressa alors à la question paysanne. Ses articles irritèrent Trotsky* qui assimilant les positions de l’ancien dirigeant des Jeunesses communistes à celles de Renaud Jean*, affirma dans La Correspondance Internationale du 8 juin 1922 : « Le camarade Auclair a écrit que la France étant un pays agricole nous devions d’abord conquérir le paysan et que la lutte pour les améliorations quotidiennes a un caractère réformiste. Voilà un point de vue petit bourgeois contraire aux intérêts de la révolution ouvrière, Auclair est jeune, il est vrai ; mais il exprime simplement, parce qu’il est jeune, ce que pensent beaucoup d’autres ». Dans le grand débat de tendance qui s’engagea au cours de l’été 1922, on le retrouva signataire — comme militant du XXe arr. — de la motion Renoult-Dondicol. Il se prononça contre le Front unique avec les chefs socialistes, pour l’unité d’action à la base, ainsi que pour le respect de la discipline de l’Internationale communiste, ce qui le conduisit, lors du congrès préparatoire de la Seine, à s’exprimer en faveur de l’exclusion de Raoul Verfeuil*. Un rapport d’Humbert Droz de septembre 1922 souhaitait le voir quitter le comité directeur mais le CD le confirma le 24 octobre 1922 comme délégué à la propagande (IM Th., bobine 30). Toutefois, le tumultueux congrès de Paris ne le réélut pas au comité directeur. Le 22 décembre, il se retira avec Ferdinand Faure de la commission de propagande.

Dans les semaines qui suivirent, Émile Auclair fut de ceux qui n’acceptèrent pas l’arbitrage du IVe congrès mondial de l’IC. En conséquence il se sépara de Daniel Renoult* et participa au comité de résistance fondé par les protestataires. Dès le 3 janvier 1923, Louis Sellier* annonça au comité exécutif de l’IC la préparation d’un « texte de rébellion contre l’ensemble des décisions du IVe congrès mondial » signé par Auclair, Henry Torrès*, Victor Méric*, Henri-Paul Gassier*, Georges Pioch*, Lafond, Félix Faure*, Justin Oudin*, Émile Cordon*, Jules Blanc*, Alexandre Bachelet* (Archives H. Droz, p. 413). Il fut exclu du Parti communiste en janvier 1923. Il aurait rejoint l’Union socialiste communiste de Paul Louis, Pierre Brizon*, Henri Sellier* et Verfeuil, mais on ne trouve pas son nom parmi ceux des anciens dirigeants communistes qui donnèrent leur appui à cette organisation en avril 1923. L’Egalité du 11 juillet 1923 le présentait comme secrétaire du comité central de l’USC.

Émile Auclair rejoignit le Parti socialiste SFIO à une date inconnue. Contrairement à une affirmation fréquemment reproduite, il n’abandonna pas l’action politique. L’Humanité du 14 avril 1928 le signalait dans l’Allier où il soutenait la campagne législative des candidats socialistes. Habitant Courbevoie (Seine), Auclair dirigea la liste socialiste SFIO lors des élections municipales du 5 mai 1929. Il recueillit 853 voix sur environ 17 000 suffrages exprimés, et ses colistiers 825 voix de moyenne. Les socialistes se retirèrent au second tour ; leurs suffrages profitèrent surtout à la liste communiste de Pierre Dadot* qui passa de 2 305 voix de moyenne à 2 850 voix. Le 26 mai suivant, Auclair se présenta aux élections du conseil général, et obtint 521 voix sur 6 695 suffrages exprimés.

Émile Auclair s’installa à Brétigny-sur-Orge (Seine-et-Oise) en 1930. Sa vie personnelle, professionnelle et politique se modifia alors. Il se maria le 16 décembre 1932 à Courbevoie mais n’ayant pas d’enfant il adopta un neveu quelques années plus tard. Le 1er janvier 1931, le quotidien Le Journal l’engagea comme chef de vente. Il poursuivit son activité journalistique, menée de 1921 à 1928 dans la Vie communale de Henri Sellier et dans la Revue socialiste (dont il était administrateur), par une collaboration à divers journaux de gauche, à L’Indépendant de Brétigny et des environs et, à partir de 1937, au Quotidien et au Moniteur agricole. Créateur de la section socialiste SFIO de Brétigny, il se présenta sans succès au conseil d’arrondissement, en octobre 1931, dans le canton d’Arpajon (681 voix). La Fédération socialiste de Seine-et-Oise l’investit pour les élections législatives de mai 1932 dans la première circonscription de Corbeil. Il entra au conseil municipal de Brétigny à l’occasion d’une élection complémentaire en août 1932 et l’assemblée municipale le désigna comme deuxième adjoint le 10 décembre, par dix voix contre quatre, puis comme maire en mars 1933. Sa liste triompha le 5 mai 1935 : Auclair fut élu maire à l’unanimité des votants. Après une candidature infructueuse aux élections législatives d’avril 1936, il se consacra à la gestion municipale. La vie du conseil fut marquée par le conflit entre Auclair et Antonin Forestier*, co-fondateur de la section socialiste SFIO, qui avait, selon les témoins, un caractère « aussi entier que celui de Auclair ».

En juin 1940, peu après l’arrivée des troupes allemandes, Émile Auclair partit pour la Creuse. Antonin Forestier* assura l’intérim à la mairie. De retour à la mi-juillet, il aurait été convoqué d’urgence à Paris le 23 juillet 1940 par le capitaine Pichon, chef du réseau spécial NNB, près des services du ministère de la Guerre. Il aurait reçu l’étonnante mission comme officier de réserve, « de centraliser tous les rapports des autorités militaires allemandes d’Occupation, ainsi que ceux de l’administration préfectorale pour l’ensemble des communes de Brétigny », et de la région. Auclair resta-t-il maire de Brétigny par accord avec la politique du gouvernement de Vichy ou en raison de sa « mission » ? Au conseil comme dans les réunions publiques il déclara nécessaire la soumission au vainqueur et affirma son « entière solidarité avec la politique préconisée à l’entretien, désormais historique de Montoire » (registre de délibération du conseil municipal, 14 juin 1941). Cependant, il ne combattit pas les activités de résistance de Forestier et d’autres habitants de sa commune, et, cacha lui-même entre mars et avril 1944 un résistant nommé Dutoit (il s’agissait en fait de Duchanel, ancien maire du Perreux-sur-Marne). Les FFI l’arrêtèrent à la Libération. Sur intervention de Duchanel, un commandant américain fit procéder au transfert d’Auclair aux autorités françaises. Le préfet de Seine-et-Oise conclut le 2 août 1945 : « À la suite des enquêtes faites, il n’a point cependant paru qu’il convenait de donner à cette affaire une suite administrative ou judiciaire particulière. Si elles ont en effet permis de relever contre lui des violences de langage inadmissibles, elles n’ont, par contre, relevé de la part du sieur Auclair aucun acte de collaboration positif ni aucune dénonciation aux autorités allemandes. D’autre part et surtout, le directeur général des Services spéciaux du ministère de la Guerre, a fait connaître qu’il avait travaillé de façon active pour nos réseaux de renseignements et a demandé expressément sa relaxe ». Émile Auclair reprit du service et termina la guerre sous l’uniforme. Il fit partie de l’équipe de rédaction du journal Tel quel jusqu’à sa mort.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10400, notice AUCLAIR Émile [AUCLAIR Adrien, Émile] par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 17 février 2020.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Dép. Seine, Versement 10451/76/1. I.M. Th., bobine 30 (Jacques Girault). — Arch. de Paris, registres matricules (D4R1 1863). — Archives de Jules Humbert-Droz I : origines et débuts des partis communistes des pays latins, 1919-1923, Amsterdam, 1970. — L’Humanité, 17 octobre 1919, 13 octobre 18 octobre, 22 octobre 1922. — Bulletin communiste, 9 novembre 1922 (article de Auclair sur « La propagande agraire ».) — L’Égalité, 11 juillet 1929. — Le Républicain de Levallois-Neuilly, mai 1929. — Le Populaire, 18 et 25 octobre 1931. — Rapport du secrétaire général (Frossard) au premier congrès de Marseille du Parti communiste, p. 8. — Jacques Varin, Jeunes comme J.C., tome 1, p. 51, 53, 56, 58, 59, 60, 81. — Maurice Laporte, Les mystères du Kremlin. — F. Castaing, « Aux origines des Jeunesses communistes », Le Mouvement social, n° 74, janvier-mars 1971. — Témoignage écrit de S.-J. Cavallo, 49 p. Patricia Biscarrat, Les lotissements de l’entre-deux-guerres à Brétigny-sur-Orge, Mémoire de Maîtrise, CRHMSS, Paris I, 1998. — Notes de Julien Chuzeville.

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