CARUEL Bernard, Théophile

Par Alain Dalançon

Né le 11 mars 1899 à Douarnenez (Finistère), mort le 9 juin 1991 à Saint-Michel (Charente) ; instituteur, puis inspecteur de l’enseignement primaire ; militant syndicaliste de la FUE, du SNI dans le Finistère, adepte des techniques Freinet ; militant du PSU.

Son père, Théophile, Achille Caruel, était premier maître retraité, inspecteur des pêches à sa naissance ; sa mère, née Marie Gallard, n’avait pas de profession. Bernard Caruel était leur quatrième enfant. Il obtint un quart de bourse en 1912 pour suivre les cours de l’école primaire supérieure de garçons de Morlaix (Finistère) où il réussit le concours d’entrée à l’Ecole normale d’instituteurs de Quimper (Finistère).

Devenu instituteur, il s’engagea volontaire, le 3 janvier 1918, pour trois ans, au 2e Dépôt des équipages de la flotte à Brest, et fut renvoyé dans ses foyers, le 3 janvier 1921, au grade de second maître fourrier. Il se retira à l’école publique de filles de Henvic (Finistère). Il épousa le 1er août 1921 à Trégunc (Finistère), Jeanne Morvan, institutrice, née le 14 décembre 1899 à Châteaulin (Finistère). Ils eurent un enfant.
Le couple fut nommé dans différentes localités du Finistère (Elliant, Guillegomarc’h), avant d’être affecté en 1925 à Landrévarzec où ils demeurèrent jusqu’en 1935.
Bernard Caruel militait au Syndicat départemental de l’enseignement affilié à la Fédération unitaire de l’enseignement. En 1928, il succéda à Josette Cornec comme secrétaire de la section. Candidat du syndicat au conseil départemental de l’enseignement primaire, en avril 1929, il fut élu avec 484 voix sur 872 inscrits (avec Emmanuel Allot, Josette Cornec et Jeanne Kersalé).

Il soutint le mouvement de protestation des normaliens de Quimper au printemps 1929. Au grand quotidien Ouest-Eclair qui accusait les responsables syndicalistes d’être des instituteurs communistes ayant fomenté cette révolte, il exigea, avec Jean Cornec, un droit de réponse qui fut publié. Ils assuraient que ce « mouvement de protestation a été spontané, provoqué par des mesures inadmissibles, des brimades », que « ce magnifique mouvement a toujours été dirigé par les élèves-maîtres eux-mêmes » et qu’il était « soutenu par le syndicat unitaire, à l’appel unanime des normaliens ». Bernard Caruel était présenté par le commissaire spécial, en juillet 1929, comme un adepte du syndicalisme pur, mais non-membre du parti communiste. Pourtant dans sa commune et dans le département, beaucoup le considéraient comme tel. Certains Landrévarzecois se rappelaient en 2010 avoir entendu évoquer un dimanche de juin 1929, où après la messe, il était venu haranguer les paroissiens en les mettant en garde contre « le parti de l’obscurantisme ».

À la suite des sanctions à l’encontre de 14 normaliens de Quimper, s’ajoutant aux autres sanctions frappant des militants syndicalistes (Doron, [Calas-18404], Renaudet, Castrex, Baby…) les quatre élus au CD participèrent à la campagne de la Fédération unitaire contre le répression dans l’enseignement et démissionnèrent.

Par la suite, Bernard Caruel fut de ceux qui poussèrent à quitter la CGTU en 1932 et à rejoindre le Syndicat national. Après 1936, il exerça à Penhars, aujourd’hui quartier de Quimper.

Bernard Caruel était un instituteur qui militait sur le terrain pour la progression du français et de l’enseignement laïque. Dès 1924, alors qu’il enseignait à Guillegomarc’h à une cinquantaine de « marmots dont pas un ne parlait français », il avait lancé un appel dans Le Quotidien pour qu’on lui fasse don de livres pour la bibliothèque de son école, afin de concurrencer le patronage du curé. Il s’était intéressé à toutes les recherches pédagogiques du syndicat, au manuel d’histoire de la FUE, et avait reçu en 1928 un instituteur allemand dans le but d’étudier ce genre de manuels.

Comme son beau-frère (marié à sa belle-sœur Amande Morvan), René Daniel, instituteur à Saint-Philibert de Trégunc, il fut un précurseur des techniques Freinet qu’il employait activement dans sa classe à Landrévarzec, notamment l’imprimerie à l’école. Il participa au film réalisé en juillet 1927 par René Daniel, Scènes familiales à Morlaix. Cependant Freinet lui reprochait en 1929 d’avoir voulu imposer dans La Gerbe, co-revue d’enfants, « des centres d’intérêts un peu trop systématiques », « jugulant ainsi la vie de l’enfant » qui risquait de travailler à contre-cœur. Il publiait aussi un bimensuel de son école dont, en 1931, plusieurs numéros consacrés à Histoires des bêtes et Les aventures de Rouget le renard.
Quelques années plus tard, en 1937, il eut maille à partir avec Freinet. Le Journal des Instituteurs annonçait un « Centre d’échanges scolaires » dont il était le protagoniste dans le Finistère, n’hésitant pas à affirmer que « rien n’existait encore de ce genre ». Cela provoqua un tollé chez les militants de l’ICEM et Caruel fut amené à faire une mise au point : rien n’existait encore « pour la masse des instituteurs » précisa-t-il, mais il n’oubliait pas les réalisations fécondes de l’Imprimerie à l’École. Freinet contesta que le simple échange suffise à transformer la pédagogie.

Bernard Caruel ne fut pas mobilisé en 1939, ayant été réformé en 1938 pour bronchite chronique. Après la Libération, il était à l’école de garçons de Redon (Ille-et-Vilaine).

Il termina sa carrière comme inspecteur de l’enseignement primaire : il écrivait des articles dans L’École et la Vie, L’École libératrice, et publia avec un collègue inspecteur, un manuel de lecture aux éditions Hatier en 1960. En septembre de cette année, il habitait à Pommerit-le-Vicomte (Côtes-du-Nord) et était le secrétaire de la section locale du PSU.

Retraité à Angoulême (Charente), il y écrivit deux ouvrages.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article104024, notice CARUEL Bernard, Théophile par Alain Dalançon, version mise en ligne le 4 novembre 2010, dernière modification le 17 janvier 2021.

Par Alain Dalançon

ŒUVRE : Avec Jean Michaud, Jacques et Jacqueline (cours élémentaire 1ère année, classe de 10e des lycées et collèges), Hatier, 1960 ; La lyre à quatre sous, Angoulême, Association départementale des pupilles de l’école publique, 1973 ; Des Lumières, des soleils et des ombres, Angoulême, 1985.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13749, Quimper, 19 avril et 10 juillet 1929 ; AN 581AP/119. — Arch. Dép. Finistère, état civil, registre matricule. — Geneafrance, Insee. — JO, décrets et lois, 23 février 1912.— Presse : Le Quotidien, 10 janvier 1924 ; Ouest-Eclair, 6 juillet 1929 ; l’Ecole et la Vie, 6 mars 1954, L’Ecole libératrice, 28 septembre 1956. — L’imprimerie à l’école, bulletin mensuel de la Coopérative d’entr’aide, avril 1928. — Elise Freinet, Naissance d’une pédagogie populaire, historique de l’École moderne, (Techniques Freinet) ; Michel Barret, Célestin Freinet, un éducateur pour notre temps 1896-1936, les années fondatrices, PEMF, 1996. — Bulletin municipal de Landrévarzec, juin 2010. — Le syndicalisme dans l’enseignement, Histoire de la Fédération de l’enseignement des origines à l’unification en 1935, tome III. sd, IEP Grenoble. — Notes de Jacques Girault

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