AUDEBERT Pierre

Par Philippe Branger

Né le 26 septembre 1919 à Orbigny (Indre-et-Loire), mort le 20 janvier 1998 à Tours ; responsable de magasin libre service de coopérative populaire ; militant de la JOC, du MPF, responsable CGT, secrétaire des fédérations de l’UGS, puis du PSU d’Indre-et-Loire.

Pierre Audebert était issu d’une vieille famille d’Orbigny de cinq enfants où son père exerçait le métier de facteur. Bien que catholiques les Audebert n’étaient pas pratiquants. Après une enfance plutôt malheureuse et l’obtention de son certificat d’étude, sa rencontre avec la JOC à dix ans (1936) fut une découverte, une réponse à ses interrogations et détermina son engagement et sa foi.
Durant la Seconde Guerre mondiale, il participa à la Résistance, étant membre d’un réseau sur Montrésor (Indre-et-Loire). Après guerre il rejoignit l’Action catholique ouvrière et le Mouvement populaire des familles dominé en Touraine par la personnalité de Louis Guéry. Entre 1945 et 1949, le MPF évolua d’une tradition de patronage, d’évangélisme à une dimension politique se transformant en 1951 en Mouvement de Libération du Peuple.
Après le congrès de Villeurbanne, en 1949, Jean Haméon, Martial Houtin*, Pierre Audebert et Robert Cailletaux formèrent l’ossature du MPF en Touraine, Louis Guèry* devenant directeur de Monde ouvrier,
À la suite d’une grève chez Gounin (fabriquant de chaussures et maire d’Amboise) en 1951, Pierre Audebert délaissa la CFTC pour la CGT, dont il devint responsable local, départemental et membre de la Commission exécutive Nationale des Cuirs et Peaux. Il refusa cependant une place de permanent national, D’après son fils Jacques il en conçut plus tard des regrets ou tout du moins des interrogations comme en témoigne son texte inédit sur la grève à Amboise en 1951. Il considérait d’ailleurs cette grève, qui s’étendit aux sept plus importantes usines de la ville, comme son « engagement dans le monde ouvrier ». Il distribuait déjà pourtant des tracts avec les militants communistes pour le mouvement de la paix.
Pierre Audebert fut le secrétaire local du MLP et son trésorier départemental, cette section était la plus importante du département. En 1957, il devint secrétaire fédéral du MLP après le départ de Louis Guéry sur Paris et le refus de Jean Haméon d’assumer cette responsabilité. En 1958 il fut le premier secrétaire fédéral de l’UGS. Candidat de l’Union des Forces Démocratiques avec Charles Ballon*, président local de la Ligue des Droits de l’Homme, aux sénatoriales d’avril 1959, il n’obtint que dix voix.
En 1960, à la création du PSU, il occupa la fonction de premier secrétaire fédéral pour l’Indre-et-Loire. D’après Olivier Carlat, le PSU dans ce département était surtout constitué d’anciens membres du MLP, soixante-dix sur une centaine d’adhérents, ce qui en faisait l’une des sept fédérations les plus ouvrières de France du nouveau parti. Pierre Audebert devait représenter le PSU aux cantonales du 4 juin 1961, se présentant sur le canton de Tours-Nord. À cette occasion, il reçut le soutien de Jean Poperen* (ancien de Tribune du communisme) qui vint dîner dans la famille à Amboise.
Licencié de chez Gounin, il s’orienta vers le monde de la coopération : il travailla pour la Coopérative Ouvrière puis comme chauffeur-livreur. Du 1er septembre 1961 au 31 janvier 1964, il fut responsable du centre d’accueil hommes de l’Entr’Aide Ouvrière (EPO), association luttant contre la pauvreté fondée en 1947 par l’Abbé Pineau. Ils se connaissaient déjà et Pierre Audebert avait même participé comme bénévole au début de l’Entr’Aide. Cependant, si le Père Pineau avait eu de la sympathie pour le MLP, se montrant partisan d’une « promotion collective « et admettant le militantisme politique, il refusait qu’un permanent de l’Entraide occupe des fonctions politiques ou soit candidat à une élection. Ce fut l’objet d’une longue discussion au conseil d’administration du 15 juin 1961. Il s’agissait de ne pas créer de confusions et de compromettre l’EAO, ni d’entraîner des dissensions au sein même de l’association. Cela peut expliquer que Pierre Audebert fut remplacé au poste de secrétaire fédéral du PSU en 1962 par le docteur Gérard Delize.
Pierre Audebert demeurait cependant plus un militant politique qu’associatif, de plus il se plaignait de son salaire et de ses conditions de logement avec sa famille, il aurait souhaité plus d’intimité vis-à-vis des hommes accueillis. Il ne comprenait pas le sens de l’engagement à l’Entr’Aide et la rupture fut douloureuse pour le Père Pineau car Pierre Audebert plaçait le débat dans le cadre salarié-employeur.
Après cette parenthèse il se retrouva à nouveau candidat à Tours sur la liste « d’Union Travailliste « (gauche non communiste) conduite par le socialiste Henri Tersac, Pierre Audebert étant le premier représentant du PSU il retourna à la Coopérative Ouvrière tenant un magasin au centre commercial du Sanitas, quartier d’HLM construit à cette époque, puis un autre dans le quartier de Montjoyeux.
De son union avec Jeanne Bouard, il avait eu trois fils, Guy, Jacques et Jean. Sans profession Jeanne Audebert fut bénévole à l’aide aux familles ainsi qu’à la banque alimentaire. Pierre Audebert, s’il était encore membre de la Commission exécutive fédérale du PSU en 1967, s’éloigna de l’action politique au début des années soixante-dix, le quittant en 1974, d’après son fils Jean, au moment de l’adhésion de Michel Rocard* au Parti Socialiste. Déçu sans doute par l’échec du PSU, il conserva toujours une méfiance particulière pour le Parti socialiste et François Mitterrand*. Il appartint aussi au conseil d’administration de l’Association syndicale des familles et au bureau du Conseil d’Administration de la Sécurité Sociale. Il quitta la CGT lors de l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS en 1979.
Lors de sa retraite, il s’occupa du syndic de Montjoyeux où il était propriétaire, du club de troisième âge ou encore du terrain de boules... Il conservait néanmoins une grande curiosité intellectuelle, grand lecteur notamment de livres d’histoire du mouvement ouvrier ou de réflexion politique. Blum ou Jaurès figuraient dans sa bibliothèque. Humble, très engagé contre la Guerre d’Algérie, ce qui lui valut des problèmes avec la police, catholique pratiquant mais homme de doute, il était finalement assez fragile et anxieux, conséquence peut-être de son enfance, ce qui ne l’empêcha pas d’avoir été un militant important du mouvement ouvrier en Indre-et-Loire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10404, notice AUDEBERT Pierre par Philippe Branger, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 10 octobre 2008.

Par Philippe Branger

SOURCES : Pierre Audebert, Témoignages personnels. Histoire d’une grève à Amboise en 1951 (inédit). — Entretiens avec Mme Audebert (10 mai 2001), avec Robert Cailletaux (11 mai 2001), avec Raymond Piot (23 septembre 2004), avec Jean et Jacques Audebert (29 septembre 2004), avec Guy Audebert (10 octobre 2004). — Archives de l’EAO.. — Olivier Carlat, Nouvelles Gauches et Clubs politiques en Indre-et-Loire 1946-1969, mémoire de maîtrise. — Recherche de Gilles Morin. — Pierre Audebert a aussi laissé deux cahiers de mémoires inédites.

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