AUDEGOND Marcel, André

Par Jacques Girault

Né le 19 février 1909 au Quesnoy (Nord), mort le 17 décembre 1963 à Béthune (Pas-de-Calais) ; professeur ; militant syndicaliste du SNES ; militant socialiste ; président de la FOL du Pas-de-Calais ; conseiller municipal de Béthune.

Issu d’une famille de fermiers de Bucquoy, Marcel Audegond, fils d’un fonctionnaire des contributions indirectes puis des douanes, reçut les premiers sacrements catholiques. Après une scolarité au collège de Dunkerque, il réussit à la première partie du baccalauréat en 1924, et l’année suivante, à la deuxième partie en série « philosophie ». Après une année en classe de rhétorique supérieure au lycée Faidherbe à Lille (Nord) où il eut comme professeur Jean Guéhenno, il obtint une licence (mars 1929) et un diplôme d’études supérieures de lettres classiques (décembre 1929) à la faculté des lettres de Lille où il milita dans l’Association générale des étudiants (Union nationale des étudiants de France). Réformé temporaire, nommé en novembre 1929, il débuta en février 1930 au lycée de garçons de Béthune comme délégué pour l’enseignement de la grammaire. Titularisé professeur licencié en 1932, il resta dans cet établissement. Il prononça dans la région des conférences sur Victor Hugo et Émile Zola. Il se maria, uniquement civilement, avec une étudiante devenue institutrice d’école maternelle, en avril 1934 à Béthune. Ils eurent une fille.

Membre des Jeunesses socialistes depuis 1925, Marcel Audegond fréquenta en faculté le groupe des étudiants socialistes (1926 ou 1927 selon les sources) puis adhéra à la section socialiste SFIO de Béthune à la fin de 1929. En 1930, il en devint le secrétaire, conserva cette responsabilité jusqu’à la guerre et siégea dans la commission exécutive de la fédération socialiste du Pas-de-Calais. Affilié au Grand-Orient de France, il devint conseiller municipal de Béthune en mai 1935 (commissions du personnel, de l’enseignement, des finances). Très actif lors de la campagne électorale victorieuse d’Henri Cadot en avril-mai 1936, pour soutenir le Front populaire, il fut le principal orateur d’un grand meeting socialiste organisé dans la ville, le 15 août 1936. Il participa à diverses initiatives municipales (organisation de la gymnastique dans les écoles, des camps de vacances, de la tasse de lait pour les jeunes enfants, de la surveillance des cantines scolaires).

En mars 1937, le député-maire de Bruay, Henri Cadot demanda au ministère de l’Éducation nationale que Marcel Audegond soit nommé représentant du ministère au sein du Comité de l’aéro-club (aviation populaire) de Béthune-Labuissière, proposition qui reçut un avis favorable. Syndiqué au Syndicat du personnel de l’enseignement secondaire, gréviste le 30 novembre 1938, il subit une retenue de huit jours de salaire. Cadot intervint pour demander une atténuation de la sanction.

Marcel Audegond fut élu, le 10 octobre 1937, pour représenter le canton de Béthune au conseil d’arrondissement. Non mobilisé au début de la guerre, en avril 1940, affecté au peloton préparatoire des élèves aspirants à Vincennes (Seine, Val-de-Marne), démobilisé en juillet 1940, pendant sa période de mobilisation, il se lia d’amitié avec Paul Estèbe. Sa révocation du conseil municipal intervint pendant l’été 1941.

Avec sa famille, il quitta la ville au printemps 1940. Sa femme et sa fille retournèrent peu après chez ses beaux-parents dans le Pas-de-Calais. Ses démarches pour revenir à Béthune se heurtèrent au refus du ministère. Il séjourna dans un centre de regroupement de Béziers (Hérault) et fut affecté au lycée de la ville où il n’exerça pas. À la fin juillet 1940, Paul Estèbe, devenu membre du comité directeur des Compagnons de France, le sollicita pour adhérer au mouvement et en devenir un des propagandistes. Selon son témoignage écrit, avec Estèbe, à partir d’août 1940, ils décidèrent « de le [le mouvement] maintenir dans une ligne antiallemande et anticollaborationniste ». Il rencontra le directeur de l’enseignement secondaire Châtelet qui accepta de le détacher et, en octobre 1940, le Ministère de l’Éducation nationale demanda qu’il soit mis à la disposition du Secrétariat d’Etat à la Présidence du Conseil (service de la jeunesse) après qu’une lettre du directeur de la Jeunesse, le 16 septembre 1940, eut estimé qu’il « serait très utile au mouvement des compagnons de France où il remplirait les fonctions de chef de région ». Le 15 janvier 1941, mis à la disposition de la présidence du Conseil pour cinq ans avec effet rétroactif depuis octobre 1940, il reçut une lettre de l’Inspecteur d’Académie de Clermont-Ferrand, en septembre 1941, l’invitant à demander un laissez-passer pour retourner dans l’académie de Lille, zone interdite pour reprendre son poste. Son adresse était alors « Hôtel du Palais, Vichy ».

Depuis l’été 1940, s’organisait, autour de l’inspecteur des finances Henri Dhavernas, un mouvement de jeunesse, les Compagnons de France pour encadrer les jeunes adolescents et pour aider les jeunes voulant participer au redressement du pays. Encouragé par le gouvernement, le premier camp fonctionna à Randan (Allier) en août 1940, regroupant des militants des mouvements laïques, parmi lesquels Audegond, et confessionnels. Une charte fut rédigée et le mouvement se développa sous une forme rappelant certains aspects militaires, dans le cadre d’une idéologie de régénération nationale qui s’inscrivait bien dans les intentions gouvernementales mais qui amena les Allemands à l’interdire dans la zone occupée. Leurs actions s’exerçaient surtout dans le domaine social et culturel, dans la recherche d’assistance. Marcel Audegond exerça à partir de janvier 1941 les fonctions d’attaché à la propagande des Compagnons dans le midi de la France. Dans son témoignage écrit, il indiquait que ses responsabilités de « chef » lui laissaient une grande liberté de parole et d’action qu’il utilisa pour développer une propagande anticollaborationniste. Aussi Gringoire l’attaqua-t-il à plusieurs reprises. Il joignit à son témoignage écrit les articles de Philippe Henriot dans Gringoire (12 décembre 1940, « Homonymie » et 15 janvier 1941). Le mouvement se développa, mais fut très critiqué par les milieux les plus conservateurs et collaborationnistes. De même, les catholiques prirent de grandes distances. Les changements dans les responsables qui intervinrent rapidement reflétaient la volonté de contrôler cette organisation. Dans son témoignage écrit, Audegond indiquait qu’il avait été un des initiateurs du « gaullisme » dont fut accusé le mouvement dissous en janvier 1944.

À la Libération, considéré comme le successeur du député Henri Cadot, Marcel Audegond fut critiqué par les communistes. Ses camarades socialistes adoptèrent une attitude un peu réservée à son égard. Quand se discuta en juin 1945 la question de son éventuelle candidature pour les élections cantonales, la commission fédérale des conflits le sanctionna d’une interdiction de candidature. Un des dirigeants socialistes, Émile Vanrullen demanda sa comparution devant la commission nationale des conflits. il contre-attaqua et suggéra à la commission de lever la sanction fédérale. Pour cela, il écrivit un témoignage de sept pages dactylographiées. Il s’efforçait de démontrer qu’il avait appartenu, aux côtés de Paul Estèbe et de Georges Lamarque, à la fraction des Compagnons de France qui n’hésitait pas à affronter ceux qui prônaient la collaboration et une fidélité excessive envers le maréchal Pétain. Alors qu’il séjournait à Nice au début de 1941, il reçut un télégramme d’Estèbe le rappelant à Vichy. Ils décidèrent de combattre les nouvelles orientations de Henri Dhavernas, le fondateur, qui préconisait un rapprochement avec les Jeunesses hitlériennes. Il affirma notamment avoir porté « la plus dure attaque » contre Dhavernas (qui démissionna peu après) lors d’une réunion de la direction du mouvement en février 1941 à Lyon. Peu après, Audegond commença à se désengager de l’action militante dans le mouvement. Après l’arrivée de Pierre Pucheu au ministère de l’Intérieur en juillet 1941, il se sentit moins protégé, quitta Vichy, y revint à plusieurs reprises pour rencontrer Estèbe et, en accord avec ce dernier, il regagna Béthune en novembre 1941. En plus de témoignage écrit, il avait réuni des correspondances et des attestations, notamment du groupe « Les résistants clandestins de la mairie du XVIIIe arrondissement ». Il démissionna un temps du Parti socialiste pour mieux se défendre publiquement.

Marcel Audegond reprit son poste d’enseignant à la fin de 1941 après avoir rempli un engagement de non-appartenance à la franc-maçonnerie. Après son inspection, le 7 mars 1942, dans son rapport, le proviseur du lycée de Béthune indiquait que, « rentré en zone interdite depuis trois mois », il « cherche apparemment à faire oublier son passé de militant SFIO ». Le recteur renchérissait, le 20 mai 1942, en écrivant : « il est souhaitable que Audegond fasse entièrement peau neuve. À suivre et à surveiller ». Ce dernier affirma dans son témoignage n’avoir assisté à aucune cérémonie officielle.

Après la guerre, Marcel Audegond redevint conseiller municipal socialiste SFIO de Béthune en 1945. Non réélu en 1947, il retrouva son siège en 1953 et le conserva jusqu’en 1963, siégeant notamment à la commission de l’enseignement. Il était en outre administrateur de la maison d’arrêt. Il assurait le secrétariat de la section socialiste, ainsi que du comité cantonal, et siégeait à la commission exécutive fédérale (1948-1958). Il conduisit la liste de « la démocratie socialiste » pour la désignation des délégués sénatoriaux dans le canton, le 24 novembre 1946. Il fut aussi le candidat « de la démocratie républicaine et socialiste » lors de l’élection pour le Conseil général, le 20 mars 1949, dans le canton de Saint-Pol.

Redevenu franc-maçon au Grand Orient, Marcel Audegond milita aussi dans le syndicalisme. Il rapporta sur les structures de la Fédération générale de l’enseignement et les relations avec la Fédération générale des Fonctionnaires ainsi que sur la carte scolaire au congrès académique du Syndicat national de l’enseignement secondaire, le 21 février 1946, préparatoire aux congrès du SNES et de la FGE. Après le passage du SNES à l’autonomie, élu sur la liste des "autonomes" à la commission exécutive de la section départementale (S2) du Nord en 1948, il fut désigné par sa tendance au congrès départemental de la Fédération de l’Education nationale pour participer aux congrès nationaux de 1953 et de 1954. Il faisait partie en 1954 de la commission administrative de la section départementale de la FEN au titre du SNES. Membre du conseil d’administration du lycée de Béthune, candidat à la commission administrative du SNES dans la catégorie des certifiés entre 1949 et 1954 sur les listes A ("autonomes"), il fut élu en 1949-1950 comme titulaire, puis à nouveau entre 1950 et 1952 comme suppléant. La presse le présentait alors comme un des responsables départementaux de la Fédération de l’Éducation nationale, ce qui déformait un peu la réalité.

Marcel Audegond militait dans les milieux laïques et surtout dans la Ligue de l’enseignement. Vice-président depuis 1946 de l’Union des amicales laïques de Béthune, il recréa puis présida l’Amicale Paul Bert à laquelle il avait adhéré en 1929. Rendant compte à plusieurs reprises des succès de sa fille lors des distributions des prix ou des jeux radiophoniques, la presse concluait "telle fille, tel père". Délégué fédéral de Béthune III depuis 1953, il devint un des deux secrétaires généraux de la Fédération des œuvres laïques dans le Pas-de-Calais en 1954. Il était un des fondateurs du journal Le Réveil laïque et participait régulièrement aux rassemblements des secrétaires généraux de la FOL à Marly. Il présida la Fédération départementale en 1956 ou en 1957 (selon les sources) et encadrait des stages d’éducation permanente. Il participa à la création d’une maison de la FOL à Blenderques où, en plus des séjours de colonies de vacances, se déroulaient des stages de formation de cadres de colonies de vacances et de maisons de jeunes. À Béthune, il lança en 1953 le cinéma scolaire du jeudi, initiative présentée par la presse comme « une belle réalisation laïque ». Quand se constitua le Comité départemental d’action laïque, il en devint le président et présida un grand rassemblement républicain à Lens, le 30 mai 1958. Il s’adressa alors aux manifestants depuis le balcon de la mairie. Il anima le rassemblement laïque contre la loi Debré (Lens, 22 novembre 1959) et de la campagne de signatures de la pétition qui réunit plus quatre cent mille paraphes dans le département.
Marcel Audegond figura sur la liste présentée par le Parti socialiste SFIO aux élections législatives de janvier 1956. Candidat suppléant à la députation en 1958, il fut l’animateur du comité de vigilance créé lors du putsch des généraux à Alger (avril 1961).

En raison de son mauvais état de santé, victime de deux crises de rhumatismes articulaires en 1961 et en 1962, à demi paralysé, Audegond se déplaçait avec une puis des cannes. Aussi fut-il, le 18 février 1963, affecté au Centre national de télé-enseignement.

Toujours secrétaire de la section socialiste de Béthune, toujours président départemental de la FOL, du CDAL, il animait le comité de vigilance et d’action pour la protection de l’enfance malheureuse depuis sa création. Vice-président de la fédération départementale des conseils de parents d’élèves des écoles publiques, il était aussi le secrétaire général du cartel des fonctionnaires. Selon le faire-part annonçant le décès du secrétaire de l’union des amicales laïques de Béthune, il présidait toujours l’Amicale Paul Bert. L’un de ses dernières actions fut l’organisation par la FOL de la solidarité avec les mineurs en grève en 1963 et l’envoi de 1 343 enfants de grévistes en vacances lors des congés de Pâques.

Ses obsèques civiles, « après une longue et douloureuse maladie » donnèrent lieu à une imposante manifestation, sous la neige, où toutes les forces de la gauche politique et laïque se rassemblèrent en présence du sous-préfet et de l’inspecteur d’Académie. Selon un article de Nord-Matin, annonçant son décès, « Dès son travail terminé, il n’avait qu’un souci : militer ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10405, notice AUDEGOND Marcel, André par Jacques Girault, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 28 avril 2022.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat. : F/1cII/279. F/1cII/314. — F 17/28 239. — Archives de l’IRHSES (élections, S3 de Lille, L’Université syndicaliste). — Arch. OURS, AGM 119. — Rapports des congrès de la fédération SFIO du Pas-de-Calais, 1945-1967. — Profession de foi, élections législatives 1958. — J. Derville, La Fédération socialiste SFIO du Pas-de-Calais, 1944-1969, thèse d’études politiques, Paris, FNSP, 1970. — Renseignements fournis par la famille de l’intéressé. — Notes d’Alain Dalançon et de Gilles Morin. — Sources orales.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément