ANTOURVILLE Louis-François [parfois désigné comme ANTOURVILLE F., ou ANTOURVILLE L.-F.]

Par Jean Maitron, Claude Pennetier, Julien Chuzeville

Né vers 1873 ; membre du syndicat des ouvriers confiseurs de Paris, depuis 1897, son délégué à l’Union des syndicats de la Seine ; secrétaire de la commission administrative de l’Union, à laquelle il appartenait encore en 1914 ; secrétaire général de la Fédération de l’Alimentation ; membre du Comité confédéral de la CGT ; militant pacifiste pendant la Première Guerre mondiale ; membre de l’opposition interne au sein de la CGTU.

Louis-François Antourville fut élu trésorier de la Fédération nationale des travailleurs de l’Alimentation à l’issue de son deuxième congrès tenu à Lyon en septembre 1903, puis remplacé à ce poste par Tillier en septembre 1906. Antourville participa au XIVe congrès national corporatif — 8e de la CGT — et conférence des Bourses du Travail tenu à Bourges du 12 au 20 septembre 1904. Il fut également délégué aux XVe, XVIIe et XVIIIe congrès tenus respectivement à Amiens en 1906, à Toulouse en 1910 et au Havre en 1912. Depuis 1909, il assistait Amédée Bousquet en remplissant les fonctions de secrétaire général de la Fédération de l’Alimentation, en remplacement d’Eugène Laval destitué pour avoir donné sa voix à Niel lors de son élection comme secrétaire confédéral. Il ne fut pas candidat, en 1910, au renouvellement de ce mandat. A la même époque il écrivit les paroles de chansons militantes, dont « La Normale » (pour les 8 heures), « La Confédérale », et « Salut à la pensée humaine ».

En 1905, il répondit dans Le Mouvement socialiste à une « enquête sur l’idée de patrie et la classe ouvrière », en défendant les idées syndicalistes révolutionnaires – dont la grève générale. Il écrivait que « le socialisme ne peut être qu’international : l’idée de patrie lui est essentiellement contraire ». Il ajoutait que « le prolétaire […] ne doit plus voir qu’un ennemi qui s’étend sur toutes les patries : le Capital. Contre cet ennemi seul il doit combattre ».
Au début de la Première Guerre mondiale, Louis-François Antourville fut secrétaire provisoire de la Fédération de l’Alimentation, puis fut remplacé par Pinglin. Dès le 20 juin 1915, il déclara que l’Union sacrée « vise à faire marcher le prolétariat en esclave ». Au comité général de l’Union des syndicats, en août 1915, il se prononça pour le refus de participer aux initiatives du Secours national ou à des œuvres de prisonnier de guerre d’origine bourgeoise (J.-.L. Robert, Les Ouvriers, p. 86). Il fut membre du Comité pour la reprise des relations internationales (CRRI), structure pacifiste relayant en France les orientations de la Conférence de Zimmerwald. En septembre 1916, il fut un des signataires d’une déclaration rendue publique, dénonçant « le mensonge de l’union sacrée » ainsi que la majorité confédérale et celle de l’Union des syndicats de la Seine qui s’en faisaient les défenseurs, déclaration qui accompagnait le premier appel lancé par le Comité de défense syndicaliste (CDS) qui venait de se constituer.

Antourville siégea à la commission administrative de la Bourse du Travail de Paris de 1914 à 1921. Minoritaire de 1919 à 1921, il s’opposa vivement à Auguste Savoie (« cet homme que l’on devrait tenir dans le silence et le mépris » déclara-t-il en septembre 1925), secrétaire de la Fédération de l’Alimentation. Il rallia à ses vues le Xe congrès national du syndicat de l’Alimentation tenu à Lille du 20 au 23 juillet 1921, en faisant voter une motion interdisant la réélection des secrétaires sortants permanents et rétribués après deux ans de fonctions accomplies, et imposant une interruption de deux ans avant une éventuelle reprise de cette charge. Son texte obtint cinquante-neuf voix contre cinquante-huit (un absent) à la demande de statu quo proposée par Savoie (qui ne recueillit que neuf voix sur environ cent dix votants lors de l’élection du bureau).

Antourville fut secrétaire du syndicat unitaire des ouvriers et ouvrières confiseurs et assimilés de la Seine en 1923-1924. Il fut délégué au congrès de la CGTU de novembre 1923. Il participa activement aux congrès syndicaux régionaux : lors du quatrième congrès de la Seine (24 février 1924), il appartint à la commission chargée d’établir avec les délégués de la Fédération des Jeunesses syndicalistes « une plate-forme de propagande et d’action » ; au cinquième congrès (premier de Seine et Seine-et-Oise, janvier-février 1925) il signa une déclaration affirmant : « Nous voulons bien œuvrer parallèlement, même parfois collaborer avec le PC, mais en toute indépendance ». Lors du congrès de la CGTU d’août 1925 il intervint en faveur de l’unité syndicale, du droit de tendance, de l’indépendance syndicale, et d’un syndicalisme de lutte de classe « où la volonté vient d’en bas ». En septembre 1929, il fut l’un des signataires d’un texte d’Henri Boville pour l’indépendance syndicale de la CGTU. En octobre 1929, il écrivit au Populaire que sa fédération venait « de sortir triomphante des griffes de l’emprise du parti communiste ». Il était toujours syndicaliste en 1938.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10426, notice ANTOURVILLE Louis-François [parfois désigné comme ANTOURVILLE F., ou ANTOURVILLE L.-F.] par Jean Maitron, Claude Pennetier, Julien Chuzeville, version mise en ligne le 12 janvier 2014, dernière modification le 21 juin 2020.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier, Julien Chuzeville

SOURCES : Arch. Nat. F7/13574, 13575 et 13617. — La CGT, op. cit. — A. Rosmer, Le Mouvement ouvrier pendant la Première Guerre mondiale, t. II. — Encyclopédie du Mouvement syndicaliste, Paris 1912. — Comptes rendus des congrès de la CGT. — Comptes rendus des congrès de la CGTU. — Comptes rendus des congrès de la Fédération de l’Alimentation. — Comptes rendus des congrès de l’Union des syndicats de la Seine. — Jean-Louis Robert, Les ouvriers, la Patrie et la Révolution. Paris 1914-1919, Annales littéraires de l’Université de Besançon, 1995. — Caroline Andréani, Du bon côté de la barrière, essai d’histoire de la Fédération nationale agroalimentaire et forestière CGT, Le Temps des cerises, 2002. — Le Mouvement socialiste, septembre 1905. — L’Action syndicale, organe des syndicalistes révolutionnaires de Toulouse, mai 1906. — Le Populaire du 6 octobre 1929.

ICONOGRAPHIE : Encyclopédie…, op. cit.

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