CERNESSON Joseph

Par Jean Gaumont

Né le 10 novembre 1852 à Génelard (Saône-et-Loire), mort le 28 novembre 1942 à Paris ; professeur agrégé de mathématiques ; militant coopérateur ; historien du mouvement coopératif.

Joseph Cernesson
Joseph Cernesson

Descendant d’une très vieille famille de paysans bourguignons, J. Cernesson naquit à Génelard, où son père, d’abord instituteur, avait été, en 1851, nommé receveur du bureau de poste de cette petite localité. Un oncle, directeur du séminaire d’Auxerre, fut après le père, son premier maître. Puis Joseph suivit son père dans un déplacement administratif à Semur-en-Auxois (Côte-d’Or) et continua ses études au collège de cette ville jusqu’à son baccalauréat ès sciences. Licencié ès sciences et professeur de mathématiques en 1869 à dix-sept ans, il fut reçu à l’agrégation et nommé professeur au lycée de Saint-Étienne après avoir enseigné à Domfront (Orne) en 1871-1872. Mêlé à la vie des travailleurs, il fut élu par eux au conseil municipal et devint adjoint au maire pour l’instruction publique en 1889. Pourtant, bien qu’il existât déjà à Saint-Étienne plusieurs coopératives de consommation parmi lesquelles — et depuis une dizaine d’années — « l’Union des Travailleurs » qui possédait plusieurs succursales et une boulangerie, il n’en fit pas partie. Mais, ayant été déplacé en 1890 pour être envoyé plus près de sa Bourgogne natale, il vint résider dans l’Yonne, à Sens. Tout de suite, il fut sollicité de prendre la présidence de la coopérative « l’Économe », fondée par des fonctionnaires de la Ville de Paris, occupés au canal d’amenée des eaux vers Paris, et qui recrutaient des adhérents dans le milieu des fonctionnaires. Il accepta ce rôle qui le passionna vite, à la fois comme administrateur et comme éducateur.

Délégué par sa jeune société au congrès national de Paris, en 1891, il y prononça comme « président d’honneur » un discours-programme d’ouverture ; il y marquait sa préoccupation de ne pas limiter l’action de la coopération à des questions étroitement économiques et matérielles, mais de lui donner un caractère largement social et humain. Ce plaidoyer pour la formule de l’École de Nîmes fit de Cernesson un des plus marquants parmi les leaders de cette école, aux côtés de Charles Gide et d’Édouard de Boyve.

Élu membre du Comité central de « l’Union coopérative », il eut la part la plus importante dans l’activité générale de la coopération en notre pays, participant à tous les congrès, sauf à celui de 1896 où il ne put obtenir du ministre le congé qu’il avait sollicité. En 1899, ce fut lui qui, sur l’invitation de Salas Anton le leader coopérateur catalan, représenta les coopératives de consommation françaises au premier congrès des coopératives de Catalogne, à Barcelone. En mai de la même année, il avait été chargé de la rédaction du journal central l’Union coopérative. Mais il entra en conflit avec certains éléments du secrétariat de l’Union et il démissionna de son poste de rédacteur à la fin de 1900 après avoir vainement tenté d’éviter la rupture qui se produisit cette année-là avec les coopérateurs « socialistes ». En 1903, il fit un voyage d’études coopératives en Angleterre et en rapporta son livre sur les Sociétés coopératives anglaises qui lui valut d’obtenir le prix Blaise (des Vosges) de l’Académie des Sciences morales et politiques, et qui, publié en 1905, fit connaître aux coopérateurs français le mouvement britannique et eut, de ce fait, une grosse influence dans notre pays.

À Sens, il avait été en butte à l’hostilité de commerçants locaux. En 1903, il fut déplacé d’office pour s’être associé à une protestation en faveur de Gustave Hervé, condamné pour ses opinions politiques. Cernesson fut envoyé à Lons-le-Saunier (Jura).

Il dut donc abandonner la direction de la coopérative « l’Économe » dont il était le président depuis douze ans et qui, sous sa direction, avait réuni 3 000 familles et atteint un chiffre d’affaires de un million de francs (or).

Il ne fut d’abord dans le Jura qu’un adhérent de la petite coopérative locale « l’Aurore lédonienne » récemment fondée en face de la coopérative fermée des employés de chemin de fer PLM. Mais il continua ses études sur les coopératives et publia plusieurs ouvrages et d’importants articles. Il y donnait des conseils pratiques sur l’administration et la gestion des sociétés, en se référant aux meilleures méthodes appliquées à l’étranger.

En 1918, malgré son âge, il fondait encore, dans la ville où il était professeur, une coopérative de consommation « l’Universelle » au sein de laquelle il réunit près d’un millier de familles et dont il fut encore le président pendant plusieurs années.

On le trouve en 1921 au nombre des signataires du manifeste-programme dit « des universitaires » rédigé par Charles Gide et où la coopération est représentée comme le meilleur instrument de reconstitution et de pacification du monde dévasté par la guerre, et dans lequel s’inscrit toute la philosophie sociale du mouvement coopératif.

Dans les dernières années de sa vie, sans renoncer à ses convictions sociales, il fut davantage préoccupé par des soucis religieux et retrouva les sentiments de sa jeunesse.

Au physique, Cernesson était un homme de taille moyenne, mince, de visage sévère et d’abord assez froid où se reflétait un caractère difficile. Sportif, actif, aimant les voyages, il possédait, bien que professeur de mathématiques, une tournure d’esprit et des intérêts très littéraires.

Congédié par son propriétaire à Lons-le-Saunier en 1932, il vint s’installer à Paris, aux Lions Saint-Paul.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article104536, notice CERNESSON Joseph par Jean Gaumont, version mise en ligne le 4 novembre 2010, dernière modification le 4 janvier 2013.

Par Jean Gaumont

Joseph Cernesson
Joseph Cernesson

ŒUVRE : « L’Économe » société coopérative... Sens, 1896. — Les Sociétés coopératives anglaises, Paris, 1905. — Les Associations ouvrières de production, 34 p., 1911.
Articles de revues parmi lesquels une monographie de « l’Union » de Lille, un article important « Les Sociétés coopératives de consommation », Revue des Deux-Mondes (15 octobre 1908). Il collabora également à la Grande Revue où il publia des articles sur des sujets coopératifs et sociaux. Il fut aussi un collaborateur assidu de l’Union, journal du mouvement coopératif de l’École de Nîmes, ainsi que des Almanachs de cette École.
Il faut également citer le discours prononcé par lui le 13 septembre 1891 comme président d’honneur du Congrès national de l’Union coopérative qui constitue un document important dans l’histoire de la doctrine coopérative.

SOURCES : Correspondance personnelle avec Jean Gaumont. — Le Coopérateur de France, 6 novembre 1937. — Le Coopérateur suisse, 31 janvier 1945. — Le Travailleur, 19 juin 1935. — Note de François Mairey, arrière-petit-fils de Joseph Cernesson

ICONOGRAPHIE : Fichier Centre d’Histoire du Syndicalisme, Sorbonne. — Jean Gaumont, Histoire de la coopération, op. cit., t. II.

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