AUGER Henri, Max

Par Jacques Girault

Né le 8 juillet 1926 à Rochefort (Charente-Inférieure/Maritime), mort le 9 septembre 2009 à Lons-le-Saunier (Jura) ; professeur ; militant syndicaliste du SNES, secrétaire de la section départementale du Jura de la Fédération de l’Education nationale (1964-1967) ; conseiller général ; maire communiste de Lons-le-Saulnier de 1977 à 1989.

Les parents d’Henri Auger, instituteurs, très attachés à leur métier et à l’idéal laïque, bien que non engagés politiquement, lisaient l’Humanité. Sa mère, veuve de guerre depuis 1917, ne le fit pas baptiser, lui transmit la haine de la guerre et adhéra à l’Union des femmes françaises après la Deuxième Guerre mondiale.

Henri Auger, entra en hypokhâgne au lycée Henri IV à Paris en octobre 1944 et échoua au concours de l’École normale supérieure en 1946. Adhèrent du Front national universitaire (novembre 1943) et aux Jeunesses communistes (février 1944), Henri Auger participa aux activités des étudiants communistes au lycée Henri IV, et adhéra au Parti communiste français en avril 1945.

Lecteur de Français dans la zone française d’occupation en Allemagne à la Volkshochschule (Université populaire) de Fribourg et d’Offenbourg de 1946 à 1949, il maintint le contact avec le Parti. il épousa en mai 1947 à Offenburg, une étudiante, devenue documentaliste au lycée de Poitiers (Vienne), fille d’un courtier maritime à Brest (Finistère).

Il obtint la licence d’allemand et le diplôme d’études supérieures à la faculté des lettres de Nancy. Il réussit au CAPES d’allemand en 1950. Dispensé du service militaire, il exerça comme adjoint d’enseignement au lycée de Rochefort (1949-1950), puis professeur certifié aux lycées de Poitiers (1950-1957), enfin de Lons-le-Saulnier où il prit sa retraite en 1985.

Henri Auger milita au PCF dans ses différentes affectations, entant que membre des comités des sections communistes de Rochefort (1949-1950), de Poitiers (1950-1958), et fit partie du comité de la fédération communiste de la Vienne (1952-1958). Puis il participa au comité de section de Lons-le-Saulnier (1961-1986), au secrétariat de la section (1966-1972), au comité de la fédération du Jura (1959-1982), à son bureau (1961-1977), responsable des élus à partir de 1974, et à son secrétariat (1971-1974), responsable de la propagande. Il ne fut pas réélu au comité fédéral en 1982 à sa demande pour « se consacrer plus à ses mandats d’élus ».

Henri Auger milita surtout dans le Mouvement de la paix (secrétaire départemental dans la Vienne 1951-1958, membre du conseil national en 1953), s’intéressant tout particulièrement aux questions internationales, luttant contre la guerre d’Algérie. Dans le Jura, il assura le secrétariat départemental (1961-1966) du Mouvement de la paix et du comité de paix de Lons-le-Saulnier (1961-1964).

Divorcé, remarié en décembre 1957 à Lyon, avec Andrée Guignot, professeur d’Allemand, originaire de la région lyonnaise, militante de l’Union des femmes françaises, Henri Auger, militant « Unité et Action » du Syndicat national de l’enseignement secondaire, fut secrétaire de la section départementale du Jura de la Fédération de l’éducation nationale (1964-1967). Par la suite, il siégeait au bureau départemental (1968-1971) puis de sa commission administrative.

Aux élections législatives de 1967, il fut candidat dans la première circonscription du Jura (Lons-le-Saulnier), obtint sur 53 742 suffrages exprimés, 8 469 voix et 13 259 voix au deuxième tour. En 1973, il obtint sur 73 291 inscrits, 8 684 voix et il se désista pour le candidat de la FGDS, situation qui se reproduisait en 1978 où il obtenait 11 692 voix sur 81 561 inscrits.

En septembre 1973, aux élections départementales, dans le nouveau canton de Lons-le-Saulnier-Sud, il arriva en tête au premier tour avec 985 voix et fut élu au deuxième tour, dans une triangulaire, avec 2 111 voix. Seul communiste du conseil général, il fut réélu en 1976 (1 737 voix, deuxième position, élu au deuxième tour avec 3 133 voix). Un autre communiste avait été élu à Dole et les rapports avec les élus de gauche furent constructifs. Mais il perdit son siège au renouvellement de 1982, au bénéfice d’un socialiste, arrivant lui-même troisième avec 1 622 voix.

Aux élections municipales de Lons-le-Saunier, Auger figurait en 1965 en troisième position de la liste « union démocratique » présentée par le PCF. En 1971, il était tête de liste « d’union pour une gestion municipale sociale, moderne et démocratique ». La municipalité de centre-droit semblait discréditée en raison d’oppositions internes. L’idée de la « stabilité de l’exécutif municipal », d’une « définition précise du service public au niveau local » au service d’un urbanisme rénové, rassembla les forces politiques locales de gauche dans une stratégie d’union qui ne s’inspirait pas du programme commun. La direction du Parti communiste et son représentant Émile Clet acceptèrent cette situation. Auger conduisait la liste d’ « Union de la gauche pour une gestion humaine, sociale et démocratique » qui obtint, le 13 mars 1977, 3 061 voix sur 11 496 inscrits et 8 689 suffrages exprimés. Pour le deuxième tour, deux candidats de la liste « centriste » qui avait obtenu 1 265 voix furent intégrés sur sa liste qui eut 21 élus (4 725 voix sur 9 066 exprimés). Le Monde alors indiquait qu’il s’agissait d’une « grosse surprise ». Il devint maire de la ville et mena « une politique d’urbanisme volontariste (constructions d’HLM, zones d’aménagement concerté, amélioration de l’habitat) ».

Avec la création du Juraparc et du Carcom, il s’engagea dans le jumelage avec Offenbourg. Aux élections de 1983, la liste qu’il conduisait, se réclamant de la majorité présidentielle, inspirée par les principes de l’accord de 1977, « Unis, poursuivons », obtint le 6 mars, 4 172 voix sur 12 428 inscrits et 9 285 suffrages exprimés mais était devancée par la liste de droite par 61 voix. Elle l’emporta au deuxième tour avec 4 870 voix sur 9 890 exprimés et 89 voix. Le recours fut rejeté par le Tribunal administratif. En 1989, les socialistes souhaitèrent des primaires au nom de la représentativité. Au premier tour, leur liste n’obtenait que 18 % des suffrages exprimés alors que celle dite « A Lons, on continue » conduite par Auger (qui n’était plus membre du Parti qui lui avait pourtant demandé de la diriger) recueillait 1 883 voix sur 8 522 suffrages exprimés. La liste de droite arrivait largement en tête. Elle bénéficiait du retrait de la liste du Front national et du maintien de la liste « Lons Écologie » et l’emportait avec plus de 700 voix d’avance, la liste réunifiée entre communistes et socialistes « Progrès et développement » n’obtenant que 3 889 voix. Conseiller municipal minoritaire, il ne se représenta pas en 1995.

Henri Auger avait participé à la traduction de l’ouvrage de Marx-Engels, L’idéologie allemande, sous la direction de Gilbert Badia, aux Éditions sociales.

Henri Auger, qui ne s’était pas engagé dans les différents courants contestataires qui traversaient alors le PCF, le quitta en 1986. Il expliquait, le 19 juin, dans une lettre au secrétaire de la section communiste, son départ en raison du « décalage entre les orientations et les objectifs affirmés par le Parti et la pratique (locale notamment) » provenant, selon lui, de « la difficulté, voire l’impossibilité d’organiser, à l’intérieur du Parti, un débat scientifique ». Toutefois, quand Robert Hue publia en 1997 Communisme : la mutation, il rédigea un long texte critique, non public, où il déplorait le manque de « rigueur dans les idées » du secrétaire du PCF. Il proposait notamment deux axes principaux, la réflexion sérieuse sur l’Histoire et un militantisme patient pour « élever le niveau de connaissances et de conscience » par le dialogue afin d’« entendre et se faire entendre ». Resté proche du Parti, abonné à Futurs, le périodique du courant refondateur, ne trouvant pas toujours dans les réunions du cercle Condorcet de la Ligue de l’enseignement l’espoir d’une alternative qu’il espérait, il continuait à lire de façon régulière l’Humanité.

Entré depuis peu en maison de retraite, Auger eut des obsèques civiles. Une semaine après, une cérémonie d’adieu fut l’occasion de nombreux hommages.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10461, notice AUGER Henri, Max par Jacques Girault, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 9 octobre 2021.

Par Jacques Girault

ŒUVRE : Participation à la traduction de Marx (Karl), Engels (Friedrich), L’idéologie allemande. Critique de la philosophie allemande la plus récente dans la personne de ses représentants Feuerbach, B. Bauer et Stirner, et du socialisme allemand dans celle de ses différents prophètes, Éditions sociales, 1968, 632 p.

SOURCES : Arch. Parti communiste. — L’Enseignement public. — Renseignements fournis par l’intéressé et par son épouse.

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