AUMONT Michèle

Par Michèle Rault

Née le 7 septembre 1922 à Haïphong (Tonkin, Indochine), morte le 22 mars 2019 à Crozon (Finistère) ; professeur de philosophie, ouvrière en usine, cadre à la Direction des relations du travail de la Snecma, conseiller de synthèse, écrivain ; célibataire.

Fille de Maurice Aumont, directeur d’établissement d’une société d’import-export à Bordeaux puis en Indochine, et d’Anne-Marie Serizay, secrétaire dans ce même établissement, Michèle Aumont, quatrième enfant d’une famille chrétienne qui en compta six, vécut à Haïphong et à Hanoi puis, à partir de 1933, à Bordeaux lorsque ses parents décidèrent d’y revenir. Après ses études secondaires, elle s’inscrivit en classe d’hypo-khagne, mais le déménagement de sa famille à Alger en septembre 1941 l’empêcha d’achever sa khagne et de préparer le concours d’entrée à l’École normale supérieure de Sèvres. Elle s’inscrivit en licence de philosophie à Alger, passa son Diplôme d’Études supérieures avec le professeur Pierre Mesnard puis en 1943 enseigna au lycée de garçons d’Alger où elle remplaça Roger Garaudy. Elle se passionnait alors pour les œuvres de Pierre Teilhard de Chardin qui circulaient en ronéotés. Simultanément, par l’intermédiaire du P. Letellier, des Pères Blancs, elle commença à découvrir l’Islam et la condition des femmes algériennes.
En 1946, de retour en France, elle prépara l’agrégation de philosophie à Paris tout en enseignant dans des cours privés. Se sentant peu armée dans ce pays dont elle méconnaissait la situation sociale, elle décida de fréquenter les jésuites de l’Action populaire, d’assister aux conférences du Collège libre en sciences sociales et aux séminaires d’Économie et Humanisme. À l’issue d’une session d’Économie et Humanisme consacrée au communisme avec les Pères Lebret, Loew et le sociologue Henri Desroches, elle prit conscience de la nécessité de « pénétrer davantage les réalités ouvrières ». Durant les vacances de l’été 1947, avec pour bagage la lecture de son livre En Mission prolétarienne, elle rejoignit Jacques Loew et son équipe de la paroisse de La Cabucelle à Marseille, qui l’engagea à chercher du travail. Elle trouva un emploi de manœuvre dans une usine de fabrication de boîtes de dattes à Marseille-le-Rouet. Elle y découvrit les conditions de travail des femmes, participa à une première grève et comprit la nécessité de l’action syndicale. Ce premier stage en usine, dont le récit qu’elle en fit fut publié par la revue Jeune Patron en mai 1948, l’incita à s’éloigner de la carrière d’enseignante qu’elle avait envisagé de poursuivre pour choisir de partager la vie ouvrière afin d’être « une présence chrétienne au monde ouvrier ».
En novembre 1947, cherchant un travail d’OS ou de manœuvre, elle fut embauchée durant quelques semaines dans une usine de fabrication de tubes à Montrouge puis travailla pendant un peu plus de deux ans aux établissements Lumière de Joinville-le-Pont (Seine, Val-de-Marne), au montage d’appareils photos. Dans cette usine, elle se syndiqua à la CGT et fut élue déléguée du personnel et membre du comité d’entreprise. Pour assumer ces fonctions et s’initier aux problèmes économiques, elle suivit des cours à Sciences-Po. Elle chercha à travailler dans une grande usine automobile et trouva de l’embauche, à la fin de l’année 1949, chez Citroën où elle resta jusqu’à ce qu’elle fût licenciée à cause de son activité syndicale, fin 1951. Au cours de cette période, elle noua des relations avec les dirigeants de la CGT et participa au lancement de la Commission féminine de l’Union des métaux (USTM). De 1951 à 1956, elle fit des ménages et travailla dans plusieurs petits ateliers de Paris et de sa banlieue. Elle témoigna des conditions de travail, de sécurité et de rémunération découvertes au cours de cette expérience en publiant en 1953 un premier livre, Femmes en usines, consacré aux ouvrières de la métallurgie parisienne, et conclut en s’opposant à la lutte des classes et au communisme qu’elle jugea incompatible avec sa foi chrétienne. Estimant que les prêtres catholiques avaient une vocation universelle, elle fut souvent en désaccord avec les prêtres-ouvriers et l’exprima dans « Une lettre à un prêtre-ouvrier » publiée dans son second livre, Les Dialogues de la vie ouvrière (1954).
Liée aux jésuites de l’Action Populaire par des réunions, sessions et conférences, et en particulier à Pierre Bigo, elle écrivit à sa demande entre 1953 et 1958 dans La revue de l’Action populaire. Elle eut notamment la charge de la rubrique « le mois social », chronique mensuelle qui mettait en parallèle faits et opinions, et celle intitulée « Carnets d’usine » où elle publia en avant-première des extraits de son livre Monde ouvrier méconnu-Carnets d’usine (1956). Dans cet ouvrage puis plus tard dans En usine pourquoi ? (1962) préfacé par Daniel-Rops, elle dénonça le manque de formation des femmes dans la métallurgie, ce qui la conduisit à prendre des contacts au ministère du Travail pour ouvrir et adapter en ce sens les Centres de formation et de promotion.
En 1956, Michèle Aumont intégra les ateliers de la Snecma, entreprise d’aéronautique du XIIIe arrondissement de Paris, travailla comme OS, suivit en 1960 une formation de tourneur lui permettant de devenir OP1 puis OP2, seule femme dans l’atelier de Mécanique générale. La même année, elle accepta d’intégrer la Direction des relations du travail de la Snecma pour « découvrir le volet patronal de la vie d’entreprise », poste qui allait la conduire en 1963, à choisir la profession de conseiller de synthèse et à intervenir dans les entreprises sous la forme de diagnostic des évolutions et de conseil.
Son activité professionnelle alla de pair avec la publication d’ouvrages. Dans La Chance d’être femme (1959) puis Jeune fille, lève-toi (1960), elle prit position contre les thèses féministes de Simone de Beauvoir, développa l’idée d’une complémentarité homme/femme et celle de la spécificité de la féminité et des valeurs qui lui sont inhérentes. En 1962, à l’invitation du cardinal Feltin, elle participa au concile Vatican II. Elle y rencontra le cardinal Léon-Étienne Duval qui lui demanda, ainsi qu’au docteur André Gros, fondateur de la société des conseillers de synthèse, de faire une intervention devant les évêques d’Afrique. Cette expérience amena Michèle Aumont à quitter l’analyse des problèmes industriels pour mener des enquêtes à l’échelle internationale, à intervenir auprès des Evêchés, de monastères, de congrégations religieuses et d’hommes politiques et à créer la revue Notes de synthèse sociopolitique, diffusée en France et à l’étranger jusqu’en 1989. Depuis, elle s’est consacrée à l’étude de « problèmes fondamentaux » et à l’œuvre du jésuite Gaston Fessard.
Michèle Aumont était célibataire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10488, notice AUMONT Michèle par Michèle Rault, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 26 juin 2021.

Par Michèle Rault

ŒUVRE : Femmes en usine, les ouvrières de la métallurgie parisienne, Éditions Spes, 1953, 159 p. — Les Dialogues de la vie ouvrière, Éditions Spes, 1954, 176 p. — Monde ouvrier méconnu, carnets d’usine, Éditions Spes, 1956, 424 p. — En usine, pourquoi ?, Fayard, 1958, 192 p. — La Chance d’être femme, Fayard, 1960, 285 p. — Jeune fille, lève-toi !, Fayard, 1962, 189 p. — Construire l’entreprise, Fayard, 1963, 381 p. — L’Église écoute, réflexion de laïc, Fayard, 1967, 308 p. — Le Prêtre, homme du sacré, Desclée, 1969, 182 p. — Le secret d’une vie, Crozon Edigraphic, 1990, 147 p. — L’Aventure hommes-femmes à la croisée des chemins, Mame, 1992, 193 p. — Homme et Femme dans le dessein de Dieu. Deux sacerdoces en un, Éditions Edigraphic, 1994, 167 p. — Le Monde est ma maison. Chemin de vie, Éditions Anne Sigier, 1996, 201 p. — Dieu hors frontières, Fribourg, Parole et Silence, Le Cerf, 1999, 143 p. — Philosophie sociopolitique de Gaston Fessard, s.j., « Pax Nostra », Le Cerf, 2004, 528 p. — Que l’homme puisse créer. L’humanisme de Gaston Fessard, s.j., Le Cerf, 2004, 336 p.

SOURCE : Ouvrages cités ; Le Télégramme de Brest, 25 mars 2019.

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