CHATTON Marcel, Jean, Maurice

Par Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

Né le 18 décembre 1919 à Reims (Marne), fusillé après condamnation à mort le 23 décembre 1941 à Châlons-sur-Marne (Châlons-en-Champagne) ; ouvrier-caviste domicilié à Reims ; syndicaliste ; militant communiste ; résistant ; Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France.

Marcel Chatton
Marcel Chatton
SOURCE : ANACR

Marcel Chatton était le fils de Jeanne Amélie Merreaux, journalière. Il a été reconnu par sa mère et Léon Paul Chatton le 17 mai 1922 à Reims (Marne), et a été adopté par la Nation en vertu d’un jugement du tribunal civil de Reims en date du 4 octobre 1932. Il exerçait la profession de caviste chez Heidsieck-Monopole, une maison de champagne de Reims.

Domicilié chez ses parents dans une maison isolée du quartier de la Cerisaie, ce jeune militant communiste imprimait des tracts et des numéros de la feuille communiste clandestine La Champagne ouvrière.
Au printemps 1941, la Police française signala au préfet Bousquet, très engagé dans la répression anti-communiste, la diffusion dans les maisons de champagne d’un tract ayant pour titre « Réintégrons nos syndicats », et signé « Les militants restés fidèles à l’esprit de 1936 ». L’enquête menée par des inspecteurs de la 12e Brigade de police judiciaire de Reims fit apparaître que ce tract avait été tapé sur la même machine à écrire que La Champagne ouvrière et elle remonta jusqu’à Chatton.
Le 19 septembre 1941, en vertu d’une réquisition du préfet Bousquet, le chef de la Sûreté du commissariat central de Reims, muni d’un mandat d’arrêt, procéda à une perquisition au domicile de Chatton. Au cours de cette perquisition furent découverts un tract intitulé « Brisons l’arme de l’antisémitisme », signé « Le Parti communiste français-SFIC », et une feuille vierge portant en entête la mention imprimée « Comité départemental du Front national de lutte pour l’indépendance de la France – Liste de souscription ».
Marcel Chatton fut immédiatement arrêté sur son lieu de travail dans les caves Heidsieck-Monopole, et inculpé d’activité communiste en vertu du décret-loi du 26 septembre 1939 et de complicité avec un autre caviste de la maison Heidsieck, André Crépin, en fuite. Le 27 septembre 1941, André Crépin fut arrêté par la police française à Troyes (Aube) et écroué à Reims pour détention et transport de tracts communistes.
Le 6 novembre 1941, deux autres camarades de travail de Chatton et Crépin, Georges Dardenne et Édouard Quentin furent arrêtés à leur tour à Reims. Ils avaient été dénoncés par André Denis, membre de la Ligue française, parti collaborationniste, qui les accusait d’avoir distribué sur leur lieu de travail des tracts se faisant l’écho d’un appel lancé par le général de Gaulle sur les ondes de la BBC fin octobre et appelant à un arrêt de travail de 5 minutes sur le tas le 11 novembre. André Denis, accompagné du chef départemental de la Ligue française, André Philibert, s’était rendu auprès de la police allemande, qui les avait renvoyés au commissariat central de Reims où Denis avait réitéré ses accusations. Alertée par Philibert venu dénoncer l’inertie de la police française sur cette affaire, la Police allemande se fit livrer Marcel Chatton, André Crépin, Georges Dardenne et Édouard Quentin qui furent déférés le 17 décembre 1941 devant le tribunal militaire FK 608 de Châlons-sur-Marne.
Marcel Chatton a été condamné à mort par le tribunal militaire de la FK 608 « pour distribution de tracts ». Il a été fusillé le 23 décembre 1941 dans la cour de la caserne Tirlet de Châlons-sur-Marne.

Son exécution a fait l’objet d’un jugement déclaratif de décès du tribunal de première instance de Châlons daté du 19 janvier 1942 et enregistré le 30 janvier 1942 sous le numéro 121 à l’état civil de cette ville.

Inhumé sur place, le corps de Marcel Chatton a été exhumé le 9 septembre 1944, ré-inhumé dans le cimetière de l’Est de Châlons, puis transféré le 22 novembre 1944 à Reims dans le cimetière du Sud où il repose dans la même sépulture que son camarade Édouard Quentin.

Père de sept jeunes enfants, André Crépin fut acquitté, remis aux autorités françaises en vue d’un internement administratif, et finalement déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz d’où il n’est pas rentré.
Georges Dardenne et Édouard Quentin ont été condamnés aux travaux forcés à perpétuité, et finalement fusillés comme otages avec un autre Rémois, Marcel Mélin, le 13 janvier 1942 à la caserne Tirlet de Châlons-sur-Marne, à la suite d’un attentat commis contre un officier allemand à Dijon.

Dans une lettre datée du 23 décembre 1941, le préfet de la Marne, René Bousquet, écrivait au préfet délégué du ministère de l’Intérieur à Paris, qu’aussitôt informé de la condamnation à mort de Marcel Chatton, il était intervenu auprès du Feldkommandant « pour obtenir une mesure de clémence », que ce dernier, à sa demande, avait immédiatement transmis aux autorités supérieures « un recours en grâce fortement motivé et très pressant », et qu’il venait d’être avisé que « ce recours n’avait pu être accueilli favorablement ».

Le 27 avril 1945, le dénonciateur, André Denis, a été condamné à la peine de mort par la Cour de justice de la Marne, peine immédiatement commuée en travaux forcés à perpétuité, puis en 1949 en vingt ans de travaux forcés. Il a bénéficié ensuite de plusieurs remises de peine, et a été finalement amnistié en 1959.

Marcel Chatton a été reconnu « Mort pour la France » en 1948. Il a été homologué FFI et RIF.

Dans la Marne à Reims, une plaque commémorative a été apposée en 1947 par la municipalité au domicile de Marcel Chatton 20 rue de la Cerisaie. Après la destruction de la maison et la disparition de cette plaque, une plaque refaite à l’identique conserve son souvenir au Square des victimes de la Gestapo 18 rue Jeanne-d’Arc. Une rue du quartier Croix-Rouge porte son nom depuis 1971. Marcel Chatton figure sur la plaque apposée à la Bourse du Travail, aujourd’hui Maison régionale des syndicats, et sur le monument aux martyrs de la Résistance et de la Déportation.
Son nom est aussi inscrit sur la plaque commémorative érigée sur le site de la Butte des fusillés à L’Épine.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article105241, notice CHATTON Marcel, Jean, Maurice par Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson, version mise en ligne le 4 novembre 2010, dernière modification le 25 mai 2021.

Par Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

Marcel Chatton
Marcel Chatton
SOURCE : ANACR
Tract saisi au domicile de Marcel Chatton
Tract saisi au domicile de Marcel Chatton
SOURCE : 
Archives départementales de la Marne
Sur la plaque commémorative</br>de la Butte des fusillés à L'Épine
Sur la plaque commémorative
de la Butte des fusillés à L’Épine
Dans le cimetière du Sud à Reims
Dans le cimetière du Sud à Reims
Square des victimes de la Gestapo à Reims
Square des victimes de la Gestapo à Reims
Dans le quartier Croix-Rouge à Reims
Dans le quartier Croix-Rouge à Reims
Maison régionale des syndicats à Reims
Maison régionale des syndicats à Reims
Sur le monument</br>aux martyrs de la Résistance de Reims
Sur le monument
aux martyrs de la Résistance de Reims
SOURCE : 
Photos Jean-Pierre et Jocelyne Husson

SOURCES : SHD, Vincennes, GR 16 P 123742. – Arch. CH2GM-Marne, Direction de l’état civil et des recherches, dossier De Brinon B7/171, n° 004602 et 004605. – Arch. Dép. Marne, M 7463, exécutions par les Allemands 1941-1944 ; M 1366, M 3104, M 3104, M 4721, M 4774, MM 2081, MM 3091, 7 U 56 no 209 et 7 U 62 no 20. – Arch. FN/FTPF/ANACR-51. – Maurice Pelthier, Les tribunaux allemands à Reims et à Châlons-sur-Marne, monographie dactylographiée, sans date. – L’Union, 17 au 18 novembre 1945. – Pierre Gillet, « Châlons sous la botte. Souvenirs de la Résistance à Châlons-sur-Marne et dans l’arrondissement (1940-1945) », Cahiers châlonnais, no 3, Châlons-sur-Marne, 1983, réédité en 1998. – Jean-Pierre Husson, La Marne et les Marnais à l’épreuve de la Seconde Guerre mondiale, Presses universitaires de Reims, 2 tomes, 2e édition, 1998. – Jean-Pierre et Jocelyne Husson, La Résistance dans la Marne, dvd-rom, AERI-Département de la Fondation de la Résistance et CRDP de Champagne-Ardenne, Reims, 2013. – État civil, Reims (acte de naissance) ; Châlons-en-Champagne (jugement déclaratif de décès).

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