CLAUDE Émile, Adolphe

Par Justinien Raymond, Jacques Girault

Né à Mostaganen (Algérie) le 7 juin 1861, mort à Toulon (Var), le 1er avril 1936 ; professeur ; maire socialiste SFIO de Toulon (1919-1929) ; conseiller général (1913-1931).

Émile Claude
Émile Claude
Encylopédie socialiste

Claude était le fils d’expatriés alsaciens : Pierre Hippolyte, son père, Catherine, Pétronille Dussaut sa mère. Professeur aux collèges de Condom (1883-1884), d’Oran (1884-1889), agrégé de mathématiques en 1891, professeur aux lycées de Foix (1891-1897) et de Toulon (1897-1924) où il enseignait dans la classe de Saint-Cyr puis de « Navale », il adhéra au groupe socialiste de cette dernière ville, d’abord lié au POF, puis, par l’intermédiaire d’une fédération départementale fondée en 1900, au PSF. Mais en 1902, la fédération ayant repris son autonomie, Émile Claude en devint le secrétaire général, Tureel, d’abord nommé, ayant quitté le département. Quelques groupes constituèrent une fédération adhérente du Parti socialiste de France, mais les rapports étaient bons entre les deux organisations : au quatrième et dernier congrès de cette fédération à La Seyne (24 août 1904), É. Claude représenta son organisation. Il fut un des agents de la fusion dans le Var, l’animateur des réunions préparatoires notamment à Toulon, le 14 mai 1905, et du congrès d’unité du 3 septembre. Il était conseiller municipal de Toulon depuis 1903.

Au lendemain de l’unité, un conflit déchira la section de Toulon et opposa les amis d’É. Claude et ceux de Marius Escartefigue. La section prononça l’exclusion de Claude pour avoir présenté à Toulon aux élections municipales de novembre 1905 une liste de candidats opposée à la liste élaborée par la section communale. É. Claude et ses amis disaient n’avoir pas été admis aux réunions de la section. Leur appel, rejeté par le congrès fédéral de Carnoules (4 mars 1906), fut porté devant le Conseil national de la SFIO où il resta pendant dix-huit mois. Alors la situation dans le Var évolua en faveur d’É. Claude. Bien que frappé d’exclusion, il se rendit avec ses amis de Toulon, le 25 février 1908, à la manifestation socialiste de Luc dirigée contre Clemenceau alors qu’Escartefigue, maire de Toulon, toujours membre de la SFIO s’abstint. Peu après, ce dernier suivit délibérément Clemenceau et refusa de signer la motion d’hostilité à son égard exigée par la fédération de ses élus : il se mit ainsi hors du Parti socialiste. Alors l’exclusion d’Émile Claude fut cassée comme ayant été prononcée par une section irrégulièrement constituée. É. Claude redevint l’animateur du socialisme toulonnais et le secrétaire de la section locale qui en octobre 1910 composait sa commission administrative de six « révolutionnaires » dont Claude, de quatre « insurrectionnels » et de trois « réformistes » (cf. Arch. Dép.).

Candidat socialiste SFIO aux élections législatives de 1914 dans la 2e circonscription de Toulon, É. Claude recueillit 923 voix sur 5 003 votants, un socialiste indépendant étant élu au second tour. Claude était alors conseiller général et fut élu en 1913 par le 3e canton de Toulon. Il fut délégué au conseil national de la SFIO à la fin de 1915. Indiqué comme « minoritaire » tout comme la section toulonnaise en mai 1917, une mention « Non » dans un rapport au préfet semble indiquer qu’il partagea pendant longtemps les analyses de la direction du Parti socialiste. Il vota même au début de 1918 un ordre du jour de confiance à la politique gouvernementale au conseil général. Critiqué par la section communale de Toulon en juillet 1918, il affirma être prêt à voter à nouveau dans le même sens.

Pourtant, Claude fut de ceux qui n’hésitèrent pas à Toulon à manifester en faveur des mutins de la Mer Noire en octobre 1919. Secrétaire général de la section SFIO, président de la Fédération de la Ligue des droits de l’Homme, sans être franc-maçon, il prit part à toutes les grandes réunions en 1919 à Toulon. Il participa notamment au meeting organisé par des syndicalistes dans la salle du Casino à Toulon, le 26 octobre 1919. Accusé d’avoir prononcé des propos favorables aux déserteurs, il les nia, dans un article du Petit Var, le 24 novembre 1919, affirmant notamment qu’il avait été très touché par la guerre dans sa proche famille.

Au lendemain de la guerre, Claude donnait un cours hebdomadaire à la Bourse du Travail de Toulon (géométrie descriptive, mécanique et algèbre). En outre, il présidait l’Amicale des professeurs du lycée de Toulon.

Son activité, déjà fort important, s’accrut pendant la période électorale. Secrétaire général du comité départemental électoral socialiste, il présida à Toulon toutes les réunions de son parti. La campagne pour les élections municipales fut ardente. Le maire Michollet, depuis longtemps malade, laissait en effet la place. Claude fut le principal animateur de la « liste du Bloc des gauches — Union des socialistes et des Républicains avancés » conduite par Ferrero. Le Petit Var vantait ses « travaux très appréciés » au conseil municipal sortant et son « esprit clair et lucide qui sait jongler avec les chiffres ». Une grande partie de sa liste fut élue. Lui-même arriva en troisième position avec 4 360 voix au premier tour et 5 333 voix le 7 décembre 1919 sur 23 847 inscrits. Ferrero annonça qu’il refusait toute responsabilité. Claude fut élu maire, le 10 décembre, par 28 voix contre 6 bulletins blancs.

Rapporteur général du budget au conseil général sortant, Claude fut réélu, sans concurrent, dans le troisième canton, le 14 décembre 1919 par 1 617 voix sur 9 401 inscrits.

Enfin, dernière étape de son activité électorale, Claude fit partie de la commission de la SFIO qui prépara l’élection sénatoriale en décembre 1919.

Claude prit une part active aux débats internes à la SFIO en 1920. Il partageait les appréciations de Renaudel et fut un des signataires de la lettre du 29 juillet à la Commission administrative permanente de la SFIO publiée dans La Vie socialiste du 7 août 1920. Ils concluaient : « Adhérer à la IIIe Internationale, ce serait accepter par avance les directives de la IIIe Internationale dominée tout entière par la personnalité des chefs du bolchevisme russe. En toute conscience nous ne le pouvons pas. » Par la suite, il n’intervint pas ouvertement en faveur des « Résistants ». Au début d’octobre 1920, pourtant, il devait présider la conférence de Cachin à Toulon, mais n’arriva qu’en fin de séance. Il était présent à la cérémonie du 11 novembre à Toulon alors que la section de la SFIO appelait à boycotter cette manifestation. Le 19 décembre 1920, il présida le congrès fédéral de la SFIO à Toulon. Se prononça-t-il comme la majorité de la section toulonnaise en faveur de la motion Longuet ? Lors d’une cérémonie anniversaire du 4 septembre, en 1921, il avait défini sa position : « Je suis moi-même communiste, mais je me rends compte que l’évolution est nécessairement lente, qu’il ne faut pas brûler les étapes [...]. Voilà pourquoi je reste à la SFIO. »

Pendant ce temps, Claude avait eu l’occasion d’affronter les difficiles problèmes des employés municipaux. Lors d’une assemblée du personnel, le 12 janvier 1921, devant cinq cents employés, il avait qualifié les promesses de la minorité du conseil municipal de démagogiques et avait rappelé les nécessités d’une saine gestion municipale. Il semble que cette fermeté ait été à l’origine de la réputation d’avarice qui le suivit pendant longtemps.

Président de la Fédération varoise de la Ligue des droits de l’Homme, Claude eut des différends avec la section toulonnaise et son principal animateur, le peintre Barbaroux* qui était considéré comme favorable à une action avec les communistes et les anarchistes. Un épisode caractéristique fut la rivalité pour la présidence d’une réunion organisée par la Ligue avec le général Sarrail le 20 mai. Finalement, bien que non président, il obtint de pouvoir prononcer un discours de clôture tout comme Barbaroux. Le 7 juillet 1922, Claude fut blâmé par 38 voix contre 12 par la section toulonnaise pour son attitude à l’égard de l’action de Barbaroux et le refus d’accorder la salle du Théâtre de la ville lors de la conférence Sarrail. Finalement, le 26 février 1923, le congrès fédéral de la Ligue, à Draguignan, le réélut président et régla le conflit au détriment de la section toulonnaise. Le 9 mai 1923, Claude obtint du Comité central de la Ligue la dissolution de cette dernière. Pendant toute cette période, une polémique très vive fut entretenue dans la presse locale.

L’activité de la municipalité à direction socialiste fut importante tant l’équipement social de la ville laissait à désirer. Le sous-préfet de Toulon notait à propos du maire : « très personnel. Prend souvent des décisions à l’insu de ses adjoints et du conseil municipal ».

Claude devait être à l’initiative du rassemblement des gauches dans le département en vue de l’élection législative de 1924. Il participa, en effet, au rassemblement de Saint-Raphaël, le 13 mai 1923, où furent prises les principales décisions. Membre de la commission exécutive du Comité général varois pour l’élection rouge, puis, désigné comme éventuel candidat, le 6 février 1924, il ne fut pas retenu, mais prit part à toute la campagne qui vit le triomphe de la liste conduite par Renaudel.

Claude, maintenant retraité, dirigea avec succès la liste du « Comité du Cartel des gauches » aux élections municipales de 1925. Il rassembla 6 346 voix au premier tour et 7 619 voix, le 10 mai 1925 sur 21 843 inscrits. Son mandat de maire lui fut renouvelé, le 16 mai 1925, par 33 voix sur 34 votants.

Claude fut réélu conseiller général du troisième canton, le 26 juillet 1925, sous l’étiquette « Cartel des gauches » avec 1 269 voix sur 8 479 inscrits. Le dimanche précédent, il obtenait la majorité absolue (1 179 voix) mais il n’atteignait pas le quart exigé.

Son activité au conseil général ne fut pas de premier plan. Ses interventions portaient surtout sur les questions toulonnaises. En septembre 1918 par exemple, il avait proposé la construction d’une usine hydroélectrique sur le Verdon. Mais en fait il s’agissait dans son esprit d’alimenter en électricité la cité toulonnaise. Il le rappela en mai 1920 quand la question des tramways se posa. En août 1920, il était le vice-président de l’assemblée. Par la suite, son activité s’étendit. Par exemple en 1925, il était membre de la commission départementale et le demeura les trois années suivantes. Membre de la Première commission (finances), il était le rapporteur général du budget et participait aussi à la commission des transports. À partir de 1929, il ne faisait plus partie de la commission départementale et était rapporteur — adjoint du budget.

La majorité du conseil municipal de Toulon émit le voeu qu’il soit candidat au Sénat ; le 25 novembre 1926, la section socialiste de la ville le désigna par 67 voix contre 29 à Ferrero. Cette candidature fut ratifiée par le congrès fédéral, le 12 décembre. Mais le préfet jugeait que la liste présentée par la SFIO pour ces élections n’était qu’« une liste de façade » ; la majorité des socialistes varois, selon lui, était hostile à la tactique nationale et préférait une entente immédiate avec les radicaux (voir Fourment*). Le 9 janvier 1927, il arriva en sixième position avec 151 voix sur 490 inscrits. Plus tard, Claude critiqua la tactique suivie par Renaudel avec qui, jusqu’alors, il était en bons termes. L’Avenir du Var, journal conservateur, le 15 octobre 1927, notait même qu’il s’était abstenu volontairement de se rendre au congrès fédéral de La Seyne. D’autre part, des dissentiments étaient apparus à l’occasion de cette élection dans son conseil municipal ; sa tâche n’en fut que plus complexe.

La municipalité continua l’oeuvre engagée mais se heurta de plus en plus aux attaques orchestrées par Le Petit Var, dont le principal éditorialiste était maintenant son ancien adversaire d’avant-guerre Chainas, et l’ancien maire Escartefigue, redevenu porte-parole de l’opposition à l’équipe municipale. Les travaux engagés étaient importants ; construction d’écoles, de dispensaires, des halles, d’HBM (Claude présidait l’office départemental d’HBM), destruction des remparts, etc.

Claude eut aussi une activité nationale. À l’issue du premier congrès des oeuvres officielles des sauvetages de l’enfance à Lyon, ville dont le maire Herriot était son ami, il fut élu vice-président du comité permanent, le 5 juin 1927. D’autre part, il participa au congrès de fondation de la Fédération nationale des conseillers municipaux et cantonaux socialistes en octobre 1925.

Claude, membre du comité fédéral de la SFIO, ne partageait pas les analyses de Renaudel sur la situation toulonnaise. En effet, ce dernier, pour conserver un électorat modéré, appuyait ouvertement Victor Brémond* et sacrifiait la section SFIO de la ville qui se trouvait en opposition avec cette politique et le manifestait dans les grands débats internes au Parti. L’amère défaite de l’adjoint au maire Risterucci* aux élections législatives de 1928, le refus de ce dernier de mener campagne au deuxième tour pour Brémond, furent les signes les plus évidents de cette tension. Le principal adversaire de la municipalité Escartefigue était maintenant député après avoir conduit pendant plusieurs années une agitation (élections partielles suivies de démissions, tactique qui avait été celle de Claude avant la guerre).

Le 13 décembre 1927, Claude avait été victime d’un attentat commis par une femme qu’il recevait à l’Hôtel de ville et qui lui porta trois légers coups de couteau. La campagne de dénigrements collectifs et personnels continuait. Sa gestion et son « avarice » légendaires étaient critiquées. Quand il voyageait pour le compte de la ville, il prenait le wagon de troisième classe ; ses amis reconnaîtront plus tard qu’il « gérait les affaires de la ville comme les siennes ! ». Plus tard, Jacques Toesca écrivait qu’il « administrait la ville en bon père de famille, scrupuleux et économe » (Un militant de province, p. 146).

Renaudel refusant certaines alliances avec des éléments rassemblés par Gozzi*, l’ancien sous-préfet de Toulon, Claude et son équipe affrontèrent les élections municipales avec une « liste socialiste et d’Union des gauches » (vingt sièges à la SFIO et seize à des alliés, mais de V. Brémond, cercles rouges, etc.). Le 5 mai 1929, Claude, avec 5 842 voix connut un succès d’estime puisqu’il arrivait en tête de sa liste ; mais le dimanche suivant, avec 7 430 voix sur 25 500 inscrits, il fut battu avec ses amis.

Claude fut définitivement éliminé de la vie politique active en perdant son siège de conseiller général. Le 18 octobre 1931, il obtint 1 985 voix et le dimanche suivant, avec 2 330 voix sur 9 665 inscrits, était distancé par le nouvel adjoint au maire Boyer de plus de 300 voix.

Dès lors, Claude rentra dans le rang. Ayant toujours joué un rôle effacé dans les congrès socialistes, en dépit de son bagage théorique important, ayant voté avec la majorité de la section de Toulon qui s’opposait à l’orientation donnée par Renaudel à la Fédération socialiste varoise, il se détacha de ces orientations par la suite pour se rapprocher de Renaudel qui était resté son ami. Il le suivit au Parti socialiste de France en 1933.

À sa mort, en avril 1936, la presse quotidienne varoise unanime lui rendit hommage et évoqua l’administrateur intègre qu’il avait été. Dans un court article, le 11 avril 1936, Le Populaire du Var, hebdomadaire de la Fédération socialiste SFIO, parlait de « notre regretté camarade qui fut ici de toutes les batailles contre les adversaires du Socialisme ».

Claude, qui fut inhumé à Solliès-Pont, est parfaitement représentatif d’un socialisme toulonnais qui, divisé dès le début, parvint difficilement à s’unifier et à se maintenir à la tête de la cité.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article105926, notice CLAUDE Émile, Adolphe par Justinien Raymond, Jacques Girault, version mise en ligne le 4 novembre 2010, dernière modification le 6 août 2015.

Par Justinien Raymond, Jacques Girault

Émile Claude
Émile Claude
Encylopédie socialiste

SOURCES : Arch. Nat. F7/12948 ; 13021 ; 13085 ; 13253. — Arch. Dép. Var, 2 M 3 46 I ; 2 M 4 12 ; 2 M 5 200 ; 2 M 5 212 ; 2 M 5 236 ; 2 M 5 2 4 0 ; 2 M 5 2 6 7 ; 2 M 7 2 4 3 ; 2 M 7 2 5 1 ; 2 M 7 2 6 I ; 2 M 7 28 4 ; 2 M 7 30 3 ; 2 M 7 32 3 ; 4 M 41 ; 4 M 43 ; 4 M 44 ; 4 M 45 ; 4 M 52 ; 4 M 53, 3 Z 2 3 ; 3 Z 2 5 ; 3 Z 2 10 ; 3 Z 2 12 ; 3 Z 2 19 ; 3 Z 4 4 ; 3 Z 4 21. — Arch. Mun. Toulon, état civil et registre des délibérations du conseil municipal. — Archives privées : Fonds Claude aimablement communiqué par P. Soumille. — Fédération du Var... 1925. — J. Toesca, Un militant de province, Toulon, 1951. — Presse locale et nationale. — Renseignements fournis par J. Masse et Y. Rinaudo. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes III, op. cit., p. 34 à 47, passim.

ICONOGRAPHIE : Les Fédérations socialistes III, p. 35.

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