AZUELOS Mardochée [Dictionnaire Algérie]

Par Jean-Louis Planche

Né le 2 septembre 1902 à Oran (Algérie), mort en août 1984 à l’hôpital d’Allauch (Bouches-du-Rhône) ; une des principales figures du communisme à Oran.

Né dans une famille israélite, Mardochée Azuelos a une parfaite connaissance de l’arabe ; très respecté en milieu musulman, il fait la liaison entre les communistes et l’association des Oulémas. Il est d’abord membre du Secours rouge international et adhère au PC après 1931.

Peu après, selon son témoignage, il est élève de l’école d’Orient à Moscou et reste en relations avec l’IC après son retour à Oran. Le magasin de nouveautés féminines qu’il tient au centre d’Oran est une excellente couverture pour cet aimable et souriant commerçant. Suzanne Golubieva, rattachée à la section des Kominterniens de Paris dirigée par Fried, très au courant des problèmes de l’Afrique du Nord française, lui rendra ainsi visite discrètement plusieurs fois. En apparence, Mardochée Azuelos est un simple adhérent de base du Parti communiste en Algérie, en 1936 trésorier adjoint de la section communiste de l’Hôtel de Ville à Oran, très actif dans l’organisation du Congrès musulman (1936-1937).

Il ne relève en fait aucunement du PCF ni du PCA (Parti comuniste algérien), ainsi qu’il le rappellera à Nicolas Zannettacci*, ancien secrétaire de la région d’Oran, sur son lit de mort. Le PCF se borne à lui faire obtenir passeport et visa lorsqu’il en a besoin. Ainsi en août 1936 part-il en mission pour le Rif espagnol d’où Franco vient de lancer son pronunciamiento contre la République. Son but est de s’enquérir des conditions auxquelles les tribus rifaines, qui ont fourni à celui-ci ses meilleures troupes, seraient prêtes à se retourner contre lui. Ni les autorités espagnoles, ni la Résidence de France à Rabat informée de la mission mais qui recherche un Européen, ne prêteront attention à ce paysan rifain en burnous de retour au pays. En réponse, les Rifains demandent des armes et l’assurance que le gouvernement républicain espagnol soutiendra leur revendication de l’indépendance. Mardochée Azuelos est porté en 1938 au comité central du PCA. Il est interné en avril 1940 au camp de Djenien-Bou-Rezg dans le sud algérien. Nous ignorons encore tout de ce que fut son action après-guerre, et notamment dans la mise en exécution par le PCA du départ « clandestin » de Juifs du Sahara pour Israël en 1949, à bord de cargos moutonniers.

Début juillet 1962, Mardochée Azuelos entend bien rester à Oran à son poste. La mort de son frère qui agonise devant lui lors du massacre du 5 juillet 1962, provoque son départ. Il vit à Marseille, dans le quartier de la Plaine, milite au PCF en retraité, et meurt à l’hôpital d’Allauch, en banlieue marseillaise, début août 1984. « Je sais tout et ne dirai rien. J’ai prêté serment, et les hommes qui pourraient m’en délier ne sont plus de ce monde » seront ses dernières paroles.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10606, notice AZUELOS Mardochée [Dictionnaire Algérie] par Jean-Louis Planche, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 13 février 2014.

Par Jean-Louis Planche

SOURCES : Arch. Wilaya d’Oran. — Interview de N. Zannettacci en 1976-1977 par J.-L. Planche — Entretien de J.-L. Planche et N. Zannettaci avec Mardochée Azuelos, Allauch août 1984.

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