COLLOT Pierre, dit Pétrus

Par Jean-Michel Steiner

Né le 12 août 1876 à Saint-Étienne, mort à Saint-Étienne le 25 décembre 1963 ; ouvrier mineur, délégué mineur ; syndicaliste CGTU ; militant communiste.

Son père André, né vers 1843, était mineur à la Croix de l’Orme. Sa mère, Françoise Borie, née en 1847, était fille d’un forgeur. Pierre Collot a grandi dans le quartier de la Croix de l’Orme, à cheval sur les communes de Saint-Étienne et de La Ricamarie, marqué par les emprises de la compagnie des Mines de Montrambert, avec notamment les puits Saint-Dominique et Dyèvre. La plupart des hommes travaillaient pour la Compagnie. Les filles, dans leurs jeunes années étaient clapeuses ou ouvrières du textile. La famille de Pierre Collot habita alternativement sur l’une ou l’autre des communes.

S’il est probablement descendu au fond dès 14 ou 15 ans, Pierre Collot se déclara en tout cas mineur quand il se présenta devant les autorités militaires. Il habitait alors à La Ricamarie. Il fut affecté au 36° Régiment d’Artillerie, puis au 36° Régiment d’Infanterie en mars 1897, comme conducteur d’équipage. Rappelé par l’ordre de mobilisation générale le 13 août 1914, il fut envoyé en premières lignes jusqu’au 20 décembre 1915. Il fut ensuite affecté spécial comme ouvrier mineur à Saint-Étienne jusqu’à la fin de la guerre.

Le 25 mai 1904, il épousa à La Ricamarie Marie Poinas, fille d’un ancien mineur. Le couple habita tout d’abord à La Ricamarie où naquirent leurs deux premiers enfants : André, le 11 décembre 1901, puis Bénédicte, le 14 décembre 1905. Au début des années 1910, ils s’installèrent aux Brunandières, dans l’ouest stéphanois, occupant une maison de la Compagnie des Mines de la Loire où est née, le 17 juillet 1913, leur fille Antoinette. Au recensement de 1921, l’aîné des enfants André, se déclara mineur. Il avait dû rejoindre son père au fond depuis quelques années déjà.

Pierre Collot fut élu délégué mineur au puits Couriot (circonscription de Chatelus, de la Cie des Mines de la Loire) et intervint activement pour le renforcement de la sécurité dans les mines. Le 14 mars 1926, il réclama l’augmentation du nombre des délégués mineurs, notamment au fond des puits. Collot fut aussi actif dans l’organisation de la résistance à la mise en place de l’impôt sur les salaires que la CGT dénonçait depuis 1918. En 1923, condamné à la saisie de ses biens pour non paiement, il fit appel à ses voisins de la cité pour empêcher l’opération. Le 28 janvier 1923, Le Peuple de la Loire consacra un article à cette manifestation intitulé “Bravo Collot !” : « Les mineurs et toutes les organisations syndicales et le si dévoué délégué mineur de Châtelus, ont fait reculer le fisc et ses recors qui ont dû renoncer à la saisie, [leur] attitude énergique a suffi pour mettre toute la séquelle en déroute »). Lors de la séance du conseil municipal de Saint-Étienne du 7 mai 1923, Urbain Malot fit voter à l’unanimité un vœu de soutien à Collot : « Le Conseil municipal, ému des poursuites exercées contre le délégué mineur Collot, émet le vœu que les Pouvoirs publics, loin de traquer les délégués mineurs, assurent la pleine indépendance de l’exercice de leurs fonctions ».

Militant syndicaliste, membre du syndicat unitaire des mineurs, délégué à l’Union régionale unitaire (URU), il présenta le rapport sur la « stratégie des grèves et la solidarité » en septembre 1926.

En mai 1926, il avait été élu avec Renoux à la caisse de secours des mineurs de Beaubrun au titre du syndicat unitaire. Après la catastrophe du puits des Combes qui tua 48 mineurs le 30 juin 1928 à Roche-la-Molière, il dénonça dans un long article de l’hebdomadaire communiste Le Cri du Peuple, tous les manquements à la sécurité. Cette catastrophe provoqua une intense polémique à l’intérieur du Parti communiste dont Collot était militant. La direction reprocha aux communistes qui avaient des responsabilités au sein du syndicat unitaire de manquer d’ardeur dans la dénonciation de la Compagnie et prit des sanctions : après l’exclusion de Maurice Chovet le 11 avril 1929, avant celle de Pierre Arnaud en août 1929, Collot fut exclu le 30 mai 1929.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article106369, notice COLLOT Pierre, dit Pétrus par Jean-Michel Steiner, version mise en ligne le 4 novembre 2010, dernière modification le 9 janvier 2021.

Par Jean-Michel Steiner

SOURCES : Arch. Dép. Loire : État-civil La Ricamarie, 3 E 184_6 (naissances, 1879-1880), 3 E 184_19 (mariages, 1900-1901), 3 E 184_11 (naissances, 1901-1902), 3 E 184_11 (naissances, 1905-1906) - 1 R 1402, circ. Saint-Étienne, classe 1896, matricule n° 745 – 6 M 513 La Ricamarie (recensement 1906) - Arch. Mun. Saint-Étienne : Liste électorale 1 K 9 (1919), 1 K 10 (1925) – État-civil, naissances, 2 E 55 (1847), 2 E 88 (1876), 2 E 156 (juillet - décembre 1913) - 1 F 40, recensement, canton sud-ouest, 1921/. — Le Peuple de la Loire, 28 janvier 1923 « Bravo Collot » - 9 C 2 44. — Bulletin du Conseil municipal (1923). — Le Cri du Peuple, 28 février, 14 mars, 13 juin, 16 septembre 1926 et 7 juillet 1928. — Notes de G. Raffaëlli,

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