CORNETTE Albert, Paul

Par Jean-Michel Brabant, Jean Maitron

Né le 9 octobre 1905 à Halluin (Nord), mort le 26 janvier 1965 à Lille (Nord) ; militant syndicaliste CGTU ; communiste puis trotskyste.

Albert Cornette naquit d’une mère ménagère née en Belgique, dans une famille très liée au mouvement ouvrier. Son père, tisserand, né et domicilié à Halluin, ne savait signer. Il militait au Parti socialiste SFIO, était responsable du syndicat du Textile d’Halluin et adhéra à la IIIe Internationale après le congrès de Tours de 1920.

En 1924, Albert Cornette suivit les cours de l’École centrale du Parti communiste, École dite de Bobigny. Il devint cette même année permanent régional des Jeunesses communistes pour le Nord (voir Desmettre G.*) puis secrétaire général de l’Union locale d’Halluin de la CGTU et de la Bourse du Travail ; il le demeura de 1928 à 1932. En 1929, il organisa à Halluin une école du militant. Le 26 septembre de cette même année, il épousa à Halluin Germaine Serruys.
Selon sa famille Albert Cornette serait allé en URSS avec des camarades cadres communiste de de Bobigny en 1930, il en serait revenu désenchanté.

Fernand Grenier* raconta comment ce militant d’un grand rayonnement et excellent orateur passa à l’opposition trotskyste : « C’est l’ancien secrétaire des Jeunesses communistes du Nord, Albert Cornette, pour moi plus encore qu’un camarade, un "ami personnel." J’essaie patiemment de lui démontrer qu’il fait fausse route. Peine perdue ; Cornette essaie de gagner à ses conceptions les nombreux militants syndicaux avec lesquels il est en contact quotidien. Cette atteinte à l’unité du Parti est grave au moment où le mouvement ouvrier à Halluin se redresse lentement mais sûrement. Le comité de section décide d’en saisir l’ensemble des membres du Parti (...) Cornette exposera ses conceptions ; je les réfuterai ; les camarades feront connaître leur avis et ce n’est qu’à l’issue du débat qu’interviendra la sanction. Trois assemblées générales seront tenues. Aux thèses de Trotsky, j’oppose les conceptions de l’immense majorité du Parti communiste de l’URSS ». Selon Fernand Grenier*, il fut finalement exclu par 250 voix contre une vingtaine, en présence de Thorez selon les souveniers familiaux. Mais Grenier fut destitué de ses responsabilités pour avoir accepté le débat (« Souvenirs de militants », art. cit.). Cornette lui demanda en vain de le suivre à la Ligue communiste. Il signa l’appel de la Fédération unitaire de l’Enseignement lancé le 27 avril 1930 pour la mise en place d’une tendance oppositionnelle à l’intérieur de la CGTU. Dès lors, une procédure d’exclusion fut engagée contre lui par le PC. Un article des Cahiers du Bolchevisme de mai 1930 réclama, au nom du Bureau politique, son exclusion. Albert Cornette était alors secrétaire de la Bourse du Travail et du sous-rayon communiste d’Halluin. En juin, malgré une forte opposition — Desmettre, maire communiste d’Halluin ayant pris sa défense — le sous-rayon l’exclut. Plusieurs dizaines de militants quittèrent alors le PC en signe de protestation et Maurice Thorez vint l’attaquer personnellement au mois d’août. Albert Cornette perdit également ses responsabilités à l’Union locale CGTU.

Son rayonnement restait, cependant, important et se traduisit par la forte influence locale de l’Opposition unitaire à l’intérieur de la CGTU. Délégué à sa première conférence nationale, en décembre 1930, en tant que représentant du syndicat du Bois d’Halluin, il fut élu à son secrétariat national.

Dans le même temps, il devint membre de la commission exécutive de la Ligue communiste, janvier 1931, et fut réélu en octobre. Son rôle dans la mise en place de l’Opposition unitaire le rendit sensible aux thèses défendues par le groupe de la Gauche communiste formé de dissidents de la Ligue, qui avançaient la perspective d’une tendance syndicale large. Il proposa, pendant l’été 1931, de suspendre la publication de l’organe des dissidents pour résorber les divergences, mais cette solution n’empêcha pas la scission définitive. Sans suivre le nouveau groupe, Albert Cornette se détacha, apparemment, du noyau actif de la Ligue à la fin de 1931.

Continuant à militer sur le plan syndical, il fut délégué des employés d’Halluin au congrès de la première Union régionale unitaire des 9 et 10 septembre 1933. Ses contacts avec les militants communistes s’améliorèrent et, en décembre 1933, Desmettre, maire d’Halluin, prit sa défense dans un article de L’Enchaîné, organe régional du Parti communiste.
Trosky lui dédicaça L’histoire de la révolution russe le 30 juin 1933,
Après avoir écrit un article, le 9 mars 1934, dans La Vérité, organe de la Ligue, et avoir participé, en mai, à un meeting avec Salengro, tenu à Lille, en faveur de Trotsky, Albert Cornette cessa de faire parler de lui dans le mouvement trotskyste.

Cependant il devait déclarer, en janvier 1936, au journal La Commune, organe trotskyste : « Je prétends que toutes les tentatives en vue d’un nouveau Parti sont vouées à un échec certain ». Albert Cornette se détacha peu à peu du trotskysme lui reprochant son abstraction. Il continua son activité syndicale et devint secrétaire du syndicat de la Batellerie.

Pendant la Seconde Guerre guerre, Cornette fut permanent de l’Union des prisonniers qui appliquait la politique du gouvernement de Vichy. Maurice Déglise était directeur de "la Maison du Prisonnier d’Arras". et Albert Cornette permanent au nom de l’Union des prisonniers vichyssoise.
Il fut interdit d’action syndicale par la commission d’épuration après la guerre..

Toujours syndicaliste de la batellerie, il fut une des première recrues d’Irwing Brown, le représentant de la Fédération américaine du travail, chargé de lutté contre l’influence communiste dans les syndicats français..

Un membre de sa famille écrit "« on » dit chez moi que pendant ses 20 dernières années de vie, il fréquentait des « barbouzes ». il dormait avec un pistolet sous l’oreiller. Ses funérailles ont rassemblé toute une faune de gaullistes de l’ombre".

Il mourut à Lille (Nord) le 26 janvier 1965.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article106769, notice CORNETTE Albert, Paul par Jean-Michel Brabant, Jean Maitron, version mise en ligne le 4 novembre 2010, dernière modification le 4 octobre 2019.

Par Jean-Michel Brabant, Jean Maitron

SOURCES : Arch. Nat. F7/13122, rapp. du 21 juin 1930. — Arch. Dép. Nord, série M 154/190 A, 154/191, 154/195 B. — Photocopie de l’acte de naissance, n° 435. — Arch. Trotsky, Harvard, documents d’exil (I. L.Th.). — RGASPI, Moscou, son nom n’apparait pas dans l’inventaire des dossiers biographique du Komintern. — La Vérité, 1930 à 1934. — La Commune, 31 janvier 1936. — Ch. Gras, Alfred Rosmer*..., op. cit. — C. Lefebvre — Houte et E. Leveugle, Biographies des militants ouvriers de Lille-Roubaix-Tourcoing entre les deux guerres, Mémoire de Maîtrise, Lille III, 1972. — R. Hirsch, Le Mouvement trotskyste en France de 1929 à 1933, Mémoire, Paris I, 1974. — Cl. Wanquet, DES, Lille, 1960, op. cit. — F. Grenier, « Souvenirs de militants », Cahiers de l’Institut Maurice Thorez, n° 1, avril 1966. — Annie Lacroix-Riz, Autour d’Irving Brown : L’AFL, le Free Trade Union Commitee, le département d’État et la scission syndicale française (1944-1947), Le mouvement social, avril 1990, p. 79-118. — Témoignage de L. Danno recueilli en 1975. — Note d’Alain Cornette, novembre 2018.

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