COUSIN Lucien

Par Jean Maitron et R. Martin

Né le 7 septembre 1881 à Paris ; ouvrier imprimeur lithographe ; marié ; secrétaire de la Fédération des syndicats ouvriers des Vosges.

Lucien Cousin habitait en 1904 Épinal où il fréquentait le groupe du « Sillon » catholique tout en travaillant dans une imprimerie. Il était en 1911 ouvrier imprimeur lithographe chez Klein et Cie, et sa femme tenait alors le kiosque de journaux du quai des Bons-Enfants.

Affilié à un groupe libertaire, il fut inscrit au Carnet B le 20 février 1912. Secrétaire du syndicat des imprimeurs typographes et lithographes, il participa à la longue grève des lithos de l’imprimerie Kahn, Klein et Cie (cf. Mémorial des Vosges, 31 janvier 1911). Bien qu’il appartînt au comité fédéral socialiste, il était alors de tendances nettement anarchistes, comme son ami Victor Loquier et son camarade Tachet.

Un rapport du commissaire spécial d’Épinal en date du 19 janvier 1911 donne à son sujet les précisions suivantes : « C’est à Cousin que l’on doit la formation du syndicat des ouvriers imprimeurs et du syndicat des textiles, ce dernier organisé de concert avec les Sillonistes d’Épinal [...] Est connu ici comme le correspondant attitré des révolutionnaires de la CGT en relations directes avec le citoyen Niel, secrétaire administratif des Cheminots du réseau de l’Est, conseiller intime du camarade Dieudonné, révoqué de la Compagnie. C’est encore à Cousin que l’on doit la création toute récente de la permanence des Syndicats installés rue des Minimes, chez Dieudonné. En résumé, individu très dangereux au point de vue de l’agitation syndicaliste révolutionnaire et cégétéiste ».

Ce rapport est confirmé à la lecture de La Vrille, organe anarchiste auquel il collabora et qui était dirigé par Victor Loquier. En mai 1910, nous le voyons faire une causerie au syndicat en formation des ouvriers du Bâtiment, à la suite de quoi fut votée l’adhésion à la CGT. Il assura de nombreuses conférences et devint en 1913 secrétaire de la Fédération des syndicats ouvriers des Vosges.

Bien que de tendances libertaires encore très nettes à la veille de 1914, il avait adhéré au Parti socialiste SFIO et il appartenait au comité fédéral des Vosges.

Mobilisé en 1914, blessé dès le 25 août près de Rambervillers (Vosges), évacué, il écrivait le 27 janvier 1915 à P. Monatte de Salin-de-Giraud (Bouches-du-Rhône) et dénonçait la « folie meurtrière » de la guerre.

En 1919, Cousin était toujours secrétaire général de l’Union départementale des syndicats vosgiens et fut gérant du Réveil ouvrier (1920-1922). Il multipliait les conférences, constituait des syndicats, celui du Textile à Nomexy en juin, celui des fileurs à Charmes en juillet, soutenait les grèves...

À cette époque, suivant l’évolution de Loquier, Tachet et autres libertaires, Cousin voyait dans la Révolution russe l’aube d’une ère nouvelle. Il s’inscrivit au Parti communiste et dans le n° du 19 février 1921 de l’hebdomadaire communiste L’Étincelle, il donna les raisons de son adhésion au Parti. Il devint actif collaborateur du journal et mena campagne contre le réformisme. Il fut en même temps l’âme de la grande grève du textile d’août-septembre 1921.

Au Comité général de l’Union départementale des syndicats, le 20 février 1921, il avait refusé d’être permanent et dit son désir de « rester dans le rang ». Mais la confiance de tous le fit désigner néanmoins par 48 voix contre 32 à Seux et 42 à Baetz. À plusieurs reprises, en avril 1920, en mai 1921, en janvier 1922, il se démit de ses fonctions de secrétaire de l’UD en signe de désapprobation de l’action confédérale. En décembre 1921, il cosigna avec Maurice Chambelland un texte opposé à la scission de la CGT.
Il demeura finalement secrétaire de l’UD unitaire jusqu’en 1929 semble-t-il ; c’est vers cette époque qu’il cessa d’appartenir au PC.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article107276, notice COUSIN Lucien par Jean Maitron et R. Martin, version mise en ligne le 4 novembre 2010, dernière modification le 22 novembre 2020.

Par Jean Maitron et R. Martin

SOURCES : Arch. Dép. Vosges, 8 M 64, 8 M 74, 8 M 93, 8 M 95, 8 M 98, 8 M 102. — Les Archives Monatte, op. cit., pp. 51-54. — Collection de La Vrille. — Le Réveil ouvrier, février 1921.

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