CRASTE Marcel, Basile dit, Marcel LIBERT

Par Madeleine Rebérioux et Claude Pennetier

Né le 8 juin 1880 à Tarascon-sur-Ariège (Ariège), mort pendant l’Occupation sans qu’on en sache plus, présenté comme "fusillé" ; employé des postes ; militant syndicaliste ; socialiste ; puis communiste en Indre-et-Loire, enfin en Haute-Garonne.

En 1945, son nom est valorisé par le parti communiste qui se présente comme le parti des fusillés.

Fils d’un artisan ébéniste-menuisier (François Craste) et d’une mère petite commerçante (Marie Menijoul ou Migoul) déclarée ménagère sur l’acte de naissance, commis des PTT et militant syndicaliste, Marcel Craste commença à militer en 1899 à Tours (Indre-et-Loire) aux Jeunesses socialistes révolutionnaires (blanquistes-vaillantistes). In écrivit dans son autobiographie de 1938 : « En vérité, je n’avais aucune idée des diverses « écoles socialistes » existant à cette époque. Orienté vers le socialisme par les grands révolutionnaires du midi (grèves de Carmaux) et par les articles de Jaurès dans La Dépêche, j’avais résolu d’appartenir à une organisation socialiste dès que je le pourrais. Il n’en existait pas dans ma commune et département d’origine », « N’ayant, à l’origine, aucune éducation marxiste j’évoluais par la suite vers le guesdisme ». En 1900 après le Ministère Waldeck-Rousseau-millerand-gallifet j’adhérais « sentimentalement au manifeste Guesde-Vaillant contre cette participation ministérielle d’un socialiste à côté du bourreau de la Commune ». Il entra ensuite avec son groupe au Parti socialiste de France (unité révolutionnaire) qui réunissait les guesdo-blanquistes tandis que le PSF (unité fédérative) groupait les réformistes jauressistes.

En 1905, il était déjà assez connu pour devenir, au lendemain de l’unité, secrétaire fédéral d’Indre-et-Loire.
Il se maria le 30 janvier 1906 à) Tours, avec Églantine Bonnin. Il avait été exempté de service militaire en 1901 pour tuberculose pous reconnu apte en 1911. Il fut mobilisé de 1917 à 1919 mais la plupart du temps dans le service postal..

Nommé à Toulouse en avril 1907, il se fit aussitôt remarquer pour son activité et son sens de l’organisation. Au congrès national du Parti socialiste SFIO tenu à Toulouse du 15 au 18 octobre 1908, il représenta encore l’Indre-et-Loire. Candidat aux élections municipales de 1908, il fut battu comme presque toute la liste socialiste, mais, en 1912, il entra au Capitole et y siégea jusqu’en 1919. Il continuait ses activités syndicales : le 16 avril 1910 devant plus de cinq cents fonctionnaires de l’Etat réunis pour discuter du statut des fonctionnaires, il s’y opposait avec vigueur au nom de la vieille méfiance devant l’Etat : « On prétend nous donner plus de sécurité, plus de garanties, plus de justice, mais c’est pour mieux nous enchaîner. Nous devons à l’Etat-Patron nos heures de travail, mais, en dehors des ateliers et des bureaux, nous sommes des citoyens libres de penser et d’agir comme les autres » (Arch. Dép. Haute-Garonne, 4 M 114).

Secrétaire de la section toulousaine du syndicat CGT des PTT, il était populaire également auprès des jeunes. Invité le 28 septembre 1912 par la Jeunesse socialiste révolutionnaire à un meeting organisé à l’occasion du départ de la classe, il refusait cependant de prendre position au sujet des conseils de désertion donnés aux jeunes gens visés par la loi Berry-Millerand et il déclarait que le socialiste véritable est patriote parce que la patrie est une conquête de la civilisation sur l’individualisme.

Il signalait en 1938 : « J’ai appartenu à la franc-maçonnerie de 1901 à 1904. Erreur de jeunesse à une époque (au sortir de l’affaire Dreyfus) où la Franc-maçonnerie apparaissait comme une organisation de lutte contre la réaction. Je n’y ai eu ni grade, ni fonction et j’ai démissionné, refusant la ’mise en sommeil’ parce que je m’étais rendu compte que je perdais mon temps dans ce millieu. »

Craste collabora pendant la guerre au Midi socialiste sous le pseudonyme de Marcel Libert. Selon la Voix des Travailleurs du 18 avril 1936, il se prononça contre l’Union sacrée et évolua vers les positions de la IIIe Internationale. Postier « révoqué par Clemenceau pour crime de socialisme » (à quelle date ?) il siégea au conseil municipal de Toulouse jusqu’en novembre 1919. La Fédération socialiste de Haute-Garonne le présenta aux élections législatives du 16 novembre 1919. Son autobiographie de 1938 présente ainsi son évolution : « je me rangeais dans la minorité qui s’opposait à l’Union sacrée et demandait la réunion de l’Internationale. Je me rattachais au manifeste de la Haute-vienne que je défendis au sein de la Fédération de Haute-garonne contradictoirement avec Bedouce, Vincent Auriol, Ellen Prévot. Ignorant encore le léninisme je n’adhérais pas immédiatement au mouvement Zimmervald-Kienthal. Délégué à plusieurs conseils nationaux du PS je m’efforçais de travailler à la cohésion de tous les éléments « minoritaires ». Je collaborais au Populaire hebdomadaire et au Midi-Socialiste sous le pseudonyme de Marcel Libert [...] La Révolution d’Octobre et la prise du pouvoir par les Soviets en 1917 m’orienta vers la connaissance du léninisme. D’abord « reconstructeur » je devins l’un des fondateurs du groupe des « amis de la III° Interntionale » de Toulouse. Je n’assistai pas au Congrès de Tours par suite d’un empêchement matériel, mais j’avais participé dans mon départ à toute la campagne en faveur de l’adhésion à la III° Inte. Je fus immédiatement désigné comme secrétaire de la Fédération départementale communiste (qui s’appelait encore socialiste SFIC) et d’une interfédération régionale groupant la Haute-Garonne, l’Ariège, le Tarn, l’Aude, l’Hérault, les Pyrénnées-Orientales pour l’édition à Toulouse d’un journal commun et pour unir nos moyens de propagande. Je pris part, en cette qualité, à l’inoubliable réception d’André Marty à Perpignan ».

Une minorité de militants socialistes rallièrent le Parti communiste et élirent Craste secrétaire fédéral, puis en octobre 1921 secrétaire de l’interfédération communiste (Ariège, Aude, Hérault, Pyrénées-Orientales, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Tarn, Tarn-et-Garonne). En décembre 1922, la Fédération départementale comptait cinq cents adhérents réunis dans les sections de Toulouse (201 membres), Muret, Blagnac, Saint-Gaudens, Saint-Martory, Grenade, Cazères, Montréjeau, Montjoire, Castelginest, Saint-Béat. Au congrès fédéral du 1er octobre 1922, Craste fit adopter par 44 mandats contre 3 la motion Frossard-Souvarine sur la politique générale et à l’unanimité cette même motion sur le Front unique. Délégué au congrès national il soutint le Front unique mais, selon un rapport de police du 5 décembre 1922 « étala l’écœurement que lui occasionna « la cuisine » Frossard-Souvarine (Arch. Nat. F7/12986).

Marcel Craste eut des fonctions moins en vue entre 1924 et 1935. Il fut responsable de l’Agit-prop pour la Région Garonne et trésorier adjoint en 1927, secrétaire du syndicat unitaire des PTT de Toulouse en 1928 et se présenta à de nombreuses élections. Candidat aux élections législatives d’avril 1928 dans la première circonscription de Toulouse, il recueillit 2 136 voix sur 27 762 inscrits (7,6 %) au premier tour et 976 au second (3,5 %). Le Parti communiste le représenta en mai 1932 (1 176 voix) et avril 1936. Il participa aux élections cantonales d’octobre 1928 dans le canton de Toulouse-Ouest, d’octobre 1934 à Toulouse-Centre, et à celles d’octobre 1937 à Toulouse-Sud.
En 1928 et en 1935, il habitait 9 rue Jonas à Toulouse.

A la retraite, Craste put se consacrer entièrement à ses activités militantes. Devenu secrétaire général de la Région Garonne (Haute-Garonne et Ariège) en 1935, il profita du Front populaire pour assurer la croissance des effectifs qui atteignaient près de deux mille adhérents en janvier 1937. Il laissa alors la direction à un jeune militant, Léon Balussou* mais accepta la présidence de la Région et la direction de La Voix du Midi. Balussou ayant été victime d’un grave accident en juin 1939, Craste reprit le secrétariat régional et fit approuver le Pacte germano-soviétique par la plupart des militants.

Il avait participé à de nombreux congrès communistes nationaux, en particulier à celui de Villeurbanne (22-25 janvier 1936) où il prit la parole.

Marcel Craste mourut sous l’Occupation. Mais on ignore tout des conditions de son décès.
En 1945, son nom est valorisé par le parti communiste qui se présente comme le "parti des fusillés". Il est cité avec Lombard, Salles, Langer, Montané, Clouet, Delacourtie, Igon.
Des vieux militants toulousains ont gardé le souvenir de "Craste fusillé" sans qu’on en sache plus.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article107383, notice CRASTE Marcel, Basile dit, Marcel LIBERT par Madeleine Rebérioux et Claude Pennetier, version mise en ligne le 4 novembre 2010, dernière modification le 7 janvier 2021.

Par Madeleine Rebérioux et Claude Pennetier

En 1945, son nom est valorisé par le parti communiste qui se présente comme le parti des fusillés.

SOURCES : RGASPI, Moscou, 495 270 6033, autobiographie, Toulouse le 8 oct 1938 (consulté par Bernard Pudal). — Arch. Nat. F7/12499 (Indre-et-Loire), F7/12986, F7/13109, F7/13113. — Arch. Dép. Haute-Garonne, 4 M 112 et 114. — Arch. Dép. Ariège, 4E4012. — Midi socialiste, 1908-1919. — L’Ordre nouveau, 1921. — L’Ordre communiste, 1922. — La Voix des Travailleurs, 1926-1936. — La Voix du Midi, 1937-1939. — Compte rendu du VIIIe congrès du Parti communiste français, Villeurbanne, 22-25 janvier 1936. — La Dépèche, 2 juin 1935. — Notes d’André Arnal. — Pas de dossier au SHD Vincennes ; ne figure pas sur le site Mémoire des hommes.

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