CROISÉ Louis, Désiré, Armand

Par Justinien Raymond, René Lemarquis, Éliane Laurent, Michaël Boudard

Né le 20 août 1874 à Alençon (Orne), mort le 5 avril 1953 à Sailly-sur-la Lys (Pas-de-Calais) ; sabotier ; militant socialiste de l’Aube, de la Haute-Marne et de la Nièvre.

Fils de François Croisé, sabotier, et de Virginie Onfray, sans profession, Louis Croisé se maria à Patis (Aube), le 11 février 1905 avec Honorine Michel. Il était établi fabricant de sabots et de galoches à Palis (Aube) et y employait cinq ouvriers. Au recensement de 1906, il apparaît comme patron sabotier-galochier avec sa femme, (née en 1879 à Chamoy) et deux ouvriers sabotiers.
Membre du groupe socialiste de cette ville « Le Réveil social », il en fut longtemps le secrétaire. Son action s’étendit à tout le département et parfois le déborda.

Il fut le principal agent recruteur du POF dans la région de Palis. Le 6 mars 1895, à Aix-en-Othe, il s’éleva contre l’utilisation de la troupe pour le maintien de l’ordre. Le 8 septembre, il fut un des responsables d’une réunion tenue à Troyes au profit des verriers de Carmaux. Le 3 août 1896, il tint une réunion de propagande à Palis. Avec son ami Étienne Pédron, il organisa le premier congrès de l’agglomération socialiste cantonale à Saint-Lupien (Aube), le 21 septembre 1895 et il participa, la même année, au congrès départemental à Troyes et au congrès national à Romilly. Il organisa lui-même à Palis le VIIe congrès de la Fédération socialiste révolutionnaire de l’Aube tenu les 18 et 19 avril 1897. Il y défendit l’idée de la journée de travail de huit heures et du taux minimum de salaires. Le 11 février 1911, avec deux orateurs de la Fédération des Métaux et avec Marcel Cachin, délégué permanent du Parti socialiste, il participa à l’inauguration de la Bourse du Travail de Saint-Dizier. Le 26 mars suivant, il porta la contradiction dans une réunion de la ligue d’Action française à Troyes et y exposa les doctrines socialistes. Son action fut très suivie à Troyes au cours de l’année 1911. Le 1er Mai il traita dans une réunion publique et contradictoire des retraites dont il fit repousser le principe, il réprouva l’action menée au Maroc et réclama l’amnistie pour faits de grève. Le 6 septembre, dans une réunion semblable, il s’éleva contre la cherté des vivres. Le 18 novembre, critiquant sur tous les plans la politique gouvernementale, il préconisa la révolution sociale, déclarant : « Il faut que le prolétariat fasse son 89 comme les bourgeois ont fait le leur. » À Troyes, le 18 novembre 1912, dans un meeting pacifiste à la Bourse du Travail, Louis Croisé rejeta sur le régime capitaliste et la bourgeoisie la responsabilité du danger de guerre. Dans le même lieu, le 18 janvier 1914, il dénonça toutes les tentatives faites pour masquer les antagonismes de classes. À maintes reprises, Croisé alla soutenir les socialistes guesdistes de l’Yonne. À Villeneuve-l’Archevêque, il porta la contradiction dans une conférence de Gustave Hervé sur l’idée de Patrie. Il prêta main-forte aux militants de la Fédération socialiste autonome qui voulaient l’entraîner vers le PS de France. Le 16 août 1903 à Sens, en compagnie de Léon Osmin, il mena contre Fergan et Duparc, tenants de l’autonomie, un débat contradictoire qui marqua l’essor de la Fédération d’Unité socialiste révolutionnaire de l’Yonne.

En outre, Louis Croisé mena quelques campagnes électorales qui furent autant d’occasions de propagande. En 1904, il fut élu conseiller municipal de Palis. À trois reprises, il se présenta aux élections législatives dans l’arr. de Wassy (Haute-Marne). En 1902, il recueillit 1 600 voix. En 1906, 1 788, soit 10 % des suffrages exprimés. En 1910, il obtint 1 743 voix sur 17 753 votants, ce qui attestait une certaine stagnation du mouvement socialiste dans une contrée où une activité industrielle pouvait le soutenir. Les groupes socialistes retirèrent purement et simplement sa candidature pour le scrutin de ballottage. Secrétaire de rédaction de l’organe syndical des ouvriers sabotiers, Le Réveil des Sabotiers, Croisé fut élu, en mai 1912, conseiller municipal socialiste de Troyes.

En décembre 1919, Louis Croisé fut, au premier tour, seul élu de la liste socialiste qui l’emporta en entier au second tour aux élections municipales de Troyes ; il avait obtenu 4 484 suffrages. Il fut alors désigné comme premier adjoint au maire Clévy. Le 20 décembre suivant il fut élu, au premier tour également, conseiller général de Troyes.

Délégué au congrès national de Strasbourg du PS, il polémiqua, bien que favorable à l’adhésion à la IIIe Internationale, sur les conditions de celle-ci qui risquaient selon lui, de diviser le Parti. Il signa la motion du Comité pour la reconstruction de l’Internationale avant le congrès de Tours. Élu à la CE du jeune PC au congrès fédéral du 30 janvier 1921, il publia dans La Dépêche de l’Aube une série d’écrits théoriques sur « l’anarchie capitaliste ». Réélu à la CE fédérale du PC en 1922 et 1923 il gagna encore les élections cantonales dans le 1er canton de Troyes en mai 1922, devançant au premier tour le candidat socialiste Loisy.

En avril 1923 Croisé fut exclu du PC en même temps qu’Émile Clévy. Le 18 mai un article de la section auboise du Parti déclarait : « il est de notoriété publique que Croisé n’était plus communiste depuis longtemps... La Fédération a péché à son égard en lui permettant de conquérir un mandat de conseiller général en son nom ». Revenu au Parti socialiste, il fut candidat SFIO aux législatives de mai 1924 où le communiste C. Philbois le devança nettement. Il démissionna alors du conseil général car les électeurs du 1er canton l’avaient désavoué ; il ne se représenta pas.

En mai 1925 il fut réélu, au second tour, conseiller municipal sur la liste du Cartel des gauches. Les communistes l’attaquèrent vivement, se moquant de ses « prétentions théoriques », ainsi que le syndicat unitaire des ouvriers galochiers-sabotiers qui critiquait le fabricant de sabots. Il riposta brutalement, allant jusqu’à déclarer dans Le Petit Troyen du 19 avril 1927 à l’adresse de ses adversaires « on ne doit pas faire de quartier avec eux, pour mon compte je ferai de même que Madame Caillaux ». La Dépêche de l’Aube dénonça dans ces paroles une provocation à l’assassinat.

Louis Croisé ne fut pas réélu conseiller municipal en mai 1929.

Est-ce cet échec ou des raisons professionnelles qui lui firent quitte l’Aube au profit de la Nièvre en 1932.

Membre du Parti SFIO, Louis Croisé fut candidat aux élections de conseiller d’arrondissement d’octobre 1934 dans le canton de Saint-Pierre-le-Moutier (Nièvre) et obtint exactement le même nombre de voix que le candidat communiste Louis Fassier ; 365 sur 1 986 votants.

En 1936 il était secrétaire de la section de Nevers des Amis de l’URSS. Cette même année il rédigea "La Nivernaise", chanson-marche prolétarienne qu’il dédia au maire Michel Gaulier et à la municipalité de Front populaire de Nevers. Il avait bénéficié, dans l’Aube, de l’influence du chansonnier Étienne Pédron.

Maître-sabotier, il fit faillite en 1935 et sollicita le secours financier de Jean Locquin et de Michel Gaulier. Cette aide fut semble-t-il insuffisante pour le tirer d’affaire et une querelle s’ensuivit : il dénonça dans une lettre ouverte du 15 juin 1937 adressée à Jean Locquin, les sous-entendus calomnieux et les brimades dont, selon lui, il avait été l’objet à la section socialiste de Nevers.
On perd ensuite de vue ce militant au riche itinéraire, jusqu’à sa mort mort le 5 avril 1953 à Sailly-sur-la Lys (Pas-de-Calais).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article107476, notice CROISÉ Louis, Désiré, Armand par Justinien Raymond, René Lemarquis, Éliane Laurent, Michaël Boudard, version mise en ligne le 4 novembre 2010, dernière modification le 10 mai 2020.

Par Justinien Raymond, René Lemarquis, Éliane Laurent, Michaël Boudard

SOURCES : Arch. Dép. Haute-Marne, 27 M. 46 et 70 M. 15. — Le Petit Champenois, 24 et 30 avril 1910. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes II, op. cit., pp. 390-391 et III, pp. 107, 109, 110. — La Défense des travailleurs 1919. — Le Travailleur, octobre 1919-novembre 1920. — La Dépêche de l’Aube, 1920-1929. — Le Petit Troyen, 1927. — L’Humanité, 22 mai 1922. — Arch. de la Bibliothèque de Nevers, 3 N-3373. — L’Émancipateur, 1934-1936. — Site Filae.

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