KEIM Léonard

Par Léon Strauss

Né le 23 août 1905 à Strasbourg (Basse-Alsace, Alsace-Lorraine) ; mort le 25 décembre 1983 à Strasbourg (Bas-Rhin) ; maître tailleur ; militant du Parti communiste à Strasbourg ; secrétaire de la section communiste de Strasbourg ; secrétaire régional à l’organisation(1936-1939) ; dirigeant de l’appareil illégal du PCF en Alsace (1941-1942) ; interné par la Gestapo en 1942, condamné à la réclusion à perpétuité, emprisonné en Allemagne (1943-1945) ; secrétaire de la fédération communiste du Bas-Rhin (1945) ; membre suppléant du comité central du PCF ; adjoint au maire de Strasbourg (1945-1947) ; conseiller municipal (1947-1953) ; exclu du parti en 1953.

Fils de Léonard K. et d’Emilie Gast, de confession protestante, Léonard Keim naquit à Strasbourg. Il épousa Yvonne Wennhack (morte à Strasbourg le 21 février1986), dont il eut un fils, Richard, et une fille, Suzanne Lucienne Keim-Ihle. Ouvrier tailleur, puis maître tailleur, il adhéra en 1924 aux Jeunesses communistes, puis en 1927 au Parti communiste SFIC. Comme la majorité des militants de la cellule du port du Rhin, il refusa de suivre Charles Hueber * dans sa scission en 1929. Il devint en 1935 (?) secrétaire de la section de Strasbourg. Il fut souvent candidat aux élections. Secrétaire à l’organisation de la région Alsace du Parti communiste français de 1936 à 1939, il fut mobilisé en 1939. Prisonnier de guerre libéré en sa qualité d’Alsacien, il rentra à Strasbourg en juillet 1940 et reprit son métier de tailleur pour les aviateurs allemands de la base d’Entzheim. Il participa à la reconstitution du parti communiste clandestin et serait devenu en 1941 l’adjoint de Georges Wodli * “interrégional” pour l’Alsace-Lorraine. Arrêté au printemps 1942, il fut interné pendant six mois dans le “Bunker” du camp de Schirmeck et torturé par la Gestapo. Il fut condamné à la réclusion à perpétuité, en même temps qu’Albert Erb *et Charles Ebel,* pour haute trahison communiste et intelligence avec l’ennemi par la Volksgerichtshof (Tribunal du Peuple) le 25 janvier 1943 à Strasbourg pour avoir rédigé et distribué des tracts et fut emprisonné à Ludwigsburg (Wurttemberg). Son fils Richard, à l’âge de dix-sept ans, avait été incorporé de force à l’automne de 1944 au RAD (service du travail), puis muté d’office dans la Waffen SS le 11 mars 1945, d’où il s’évada. Il fut repris et fusillé près de Fehredkazvor (Hongrie). Rapatrié à Strasbourg le 23 avril 1945, Léonard Keim fut nommé conseiller municipal de Strasbourg par le préfet et élu adjoint au maire (1945-1947).

À la suite de la conférence fédérale des 16-17 juin 1945, il remplaça Albert Kamper * comme secrétaire fédéral, alors que Rosenblatt * était secrétaire fédéral adjoint. Il fut élu au conseil municipal en octobre 1945 sur la liste d’union de la gauche, dite d’Union républicaine, démocratique et antifasciste et en octobre 1947 sur une liste ne regroupant que des communistes et sympathisants.

Léonard Keim avait été réélu secrétaire fédéral du PCF du Bas-Rhin à la conférence fédérale d’octobre 1945, mais sa désignation ne fut pas entérinée par le délégué du Comité central présent. Il fut cependant membre suppléant du comité central du parti de juillet 1945 à avril 1950. Il était aussi vice-président de la section du Bas-Rhin de la FNDIP constituée le 8 décembre 1945 pour faire suite à l’Association des internés et déportés politiques d’Alsace. Keim était troisième sur la liste communiste pour la première (octobre 1945) et la seconde Constituante (2 juin 1946). Il avait dû céder les premiers rôles à de jeunes militants, dont certains étaient de nouveaux venus au Parti. En 1949, il fut écarté de la direction de l’Imprimerie du Parti, SEDAL, en même temps qu’Albert Erb et Emile Fritsch . Ces anciens militants furent remplacés par Alphonse Boosz, Roesslin * et Bittler, sur l’injonction du permanent parisien Barry, qui considérait la fédération du Bas-Rhin comme retardataire et imprégnée par le modèle de la social-démocratie allemande.

En souvenir de son fils, Keim accepta de témoigner en faveur des douze Alsaciens accusés d’avoir participé au massacre d’Oradour lors du procès de Bordeaux, mais son parti le contraignit à renoncer à ce projet. Au cours de l’audience du 31 janvier 1953 où il fut défaillant, à la demande de l’avocat Schreckenberger, le sénateur RPF Radius évoqua le « cas Keim » Ce dernier fit pourtant une déclaration à la presse, dans laquelle il se désolidarisait de la position du Parti communiste, dictée par Paris. Il participa, ceint de l’écharpe tricolore de conseiller municipal, le 16 février, à la cérémonie devant le monument aux morts que la fraction communiste avait décidé de boycotter. Ce fut la raison véritable de sa chute. Le 18 février, il dut donner sa démission du conseil municipal. Il fut exclu du parti en mars 1953, en même temps qu’Albert Erb. Le motif officiellement avancé pour son élimination, ne fut pas son attitude concernant les incorporés de force, qui correspondait aux sentiments d’une bonne partie des communistes alsaciens, mais son attitude lors de son arrestation en 1942.

On lui reprocha d’avoir donné des noms à la Gestapo, en particulier ceux de Xavier Sieffert *et de Philippe Heiligenstein *. Il se défendit en avançant qu’il n’avait dénoncé que des camarades déjà arrêtés ou cachés.
Keim se présenta aux élections municipales d’avril 1953, en deuxième position sur la liste d’Union des indépendants menée par Robert Bailliard , président de l’Association des déserteurs, évadés et incorporés de force, mais ne fut pas réélu.

Sous la municipalité de Pierre Pflimlin, il présida l’Office public d’habitation à loyer modéré de Strasbourg (1964-1980), la Caisse d’épargne de Strasbourg (1963-1973), puis la Caisse d’épargne fédérée du Bas-Rhin (1973-1980).

Officier de la Légion d’Honneur et de l’Ordre national du Mérite (1967). Croix de guerre. Médaille de la Résistance. Officier du Mérite Social. Il mourut le 25 décembre 1983 à Strasbourg, terrassé par un infarctus du myocarde. Ses obsèques religieuses à l’église protestante Saint-Guillaume furent celles d’un notable strasbourgeois classique.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article107713, notice KEIM Léonard par Léon Strauss, version mise en ligne le 10 novembre 2010, dernière modification le 15 février 2021.

Par Léon Strauss

Sources : Arch. Dép. du Bas-Rhin, 544 D 3, 5 - Sa déposition au procès du Gauleiter Wagner, L’Alsace, Mulhouse, du 30 avril 1946. — “Souvenirs de six mois de Bunker à Schirmeck”, L’Humanité d’Alsace et de Lorraine , Strasbourg, des 15-16 septembre 1946 - Sa déclaration sur le procès d’Oradour, Procès verbaux du Conseil municipal de Strasbourg, séance du 29.12.1952. — Strassburger Neueste Nachrichten, 28 janvier 1943. — Humanité d’Alsace et de Lorraine, 3 juillet 1945. — La Presse libre, 6 janvier 1946. — DNA, 31 janvier 1953. — L’Alsace, 1-2 février 1953. — Le Nouveau Rhin français, Colmar, du 1er février 1953. — Robert Heitz, Souvenirs de jadis et de naguère, Strasbourg, 1963, p. 229. — B. Reimeringer, “Un communisme régionaliste ? Le communisme alsacien”, in G. Livet et C. Gras (dir.), Régions et régionalismes en France (...), Paris, 1977 ; G. Livet et F. Rapp (dir.), Histoire de Strasbourg, t. IV, p. 564, 567, 571, 572. — Dernières Nouvelles d’Alsace, Strasbourg, 22-23 octobre 1967 (photo), 28. et 31 décembre 1983. — L. Adam, Histoire du parti communiste en Alsace de la Libération à 1958, maîtrise, Strasbourg-II, 1981. — B. Vogler, in 150e anniversaire de la Caisse d’épargne de Strasbourg, s.l., 1985, p.48, 55. — Léon Strauss, « L’Alsace-Lorraine », in Jean-Pierre Rioux, et alii (dir.), Les communistes français de Munich à Châteaubriant (1938-1941), Paris, 1987, pp. 369, 372, 377, 382, 383, 387 — Christine Frantz, Parti communiste, Encyclopédie de l’Alsace, t. 10, p.5859-5866. — Roger Faligot, Rémi Kauffer, Les résistants, Fayard, Paris, 1989, p. 221. — Nouveau Dictionnaire de Biographie alsacienne, 20, p. 1911. — DBMOF.

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