MAILLOULAS Jean-Pierre

Par Jean-Claude Lahaxe, Antoine Olivesi

Né le 14 mai 1904 à Béziers (Hérault), mort le 20 février 1965 à La Ciotat (Bouches-du-Rhône) ; métallurgiste ; maire communiste de La Ciotat, secrétaire de l’Union locale CGT de cette ville.

Fils d’un charretier (ou ferblantier selon d’autres sources), et d’une repasseuse, Jean Mailloulas devint orphelin de mère, morte en couches, à l’âge de six ans. Son père le confia à la famille Bézias de Millau (Aveyron) avec laquelle il était apparenté. Dans cette famille très pratiquant, il fut élevé dans la foi catholique et servit comme enfant de chœur. Son père refusa cependant qu’il intègre le Petit séminaire comme l’aurait voulu sa famille d’accueil. Il dira l’avoir regretté car ainsi il aurait pu se cultiver alors que, passionné de savoir, il dut s’instruire par lui-même. Au sortir de l’école communale, il travailla donc dans l’exploitation agricole de sa famille d’accueil. Il s’engagea en 1922 au 2 chasseurs d’Afrique et partit en Tunisie. Il devint clairon en 1923. Libéré en 1926, il fut embauché chez Fouga à Béziers. Syndicaliste, il fut licencié en 1929 et retourna au travail agricole.
Marié à La Ciotat le 30 juin 1932 avec Rose-Marie Pavaillard, Jean Mailloulas devint riveur chanfreineur aux Chantiers navals de La Ciotat (Bouches-du-Rhône) en 1931. Militant communiste depuis 1931, ayant suivi les écoles du PC, il fut candidat aux élections municipales du 5 mai 1935 dans cette commune. Secrétaire général du syndicat ouvrier des constructions navales, il participa à la création de l’Union locale. Il fut l’un des animateurs de la grève sur le tas qui débuta le 4 juin 1936 et dura onze jours. Il fut, avec Curnier , l’un des négociateurs de la convention collective signée le 14 juin. Les négociateurs furent reçu en triomphe à La Ciotat. Membre du comité d’aide à l’Espagne, il accompagna le premier convoi à Barcelone. En 1938, il était secrétaire adjoint de la cellule communiste de La Ciotat, toujours secrétaire général du syndicat CGT des constructions navales et secrétaire de l’Union local locale. Jean Mailloulas anima la grève du 30 novembre 1938 et fut victime de la répression et du lock-out qui en résultèrent les jours suivants. Comme sept de ses camarades, dont Curnier, il ne fut pas réembauché le 12 décembre lors de la reprise du travail. Il représenta son syndicat lors du congrès confédéral de novembre 1938 de la CGT. En juin 1940, Jean Mailloulas fut mobilisé à Carcassonne. En 1942, la police locale n’avait rien à signaler à son sujet. Il participa pourtant à la Résistance avec les FTP comme « récupérateur d’armes ». Avec Octave comme alias et 13 600 comme matricule, il passa dans la clandestinité en avril 1943 et fut affecté à la région lyonnaise. Portant deux valises de tracts, il échappa à une arrestation à la gare de Vienne (Isère) en juillet 1943. Il devint en mars 1944 recruteur régional dans la Loire. Il fut arrêté par les Allemands à Saint-Étienne (Loire) le 24 juillet 1944. Tentant de s’échapper, il fut blessé par balle. Emprisonné à Lyon (Rhône), à Saint-Paul, il put s’échapper au moment de la Libération alors que des miliciens supposés (vraisemblablement plutôt des auxiliaires français de la police allemande) étaient venus chercher les prisonniers. Il fut décoré de la Croix de guerre.
De retour à La Ciotat, il fit partie de la délégation municipale. Tête de liste de l’union constitué par le PCF sous l’étiquette Rassemblement démocratique et républicaine antifasciste aux élections municipales d’avril-mai 1945, il devint maire de La Ciotat. La période était aux « équipes de choc » et aux « dimanches communistes » qui contribuèrent à aménager le Centre laïque pour des activités sportives et festives à la Campagne Masse, à réparer et goudronner les rues, à construire un radeau plongeoir. Une nouvelle Poste fut construite. C’est en tant que maire et secrétaire de l’Union locale CGT que Mailloulas intervint le 4 avril 1946 pour empêcher une grève aux chantiers navals. Il inaugura le 24 août 1947 le monument aux maquisards, érigé dans le cimetière de la commune. Les élections municipales d’octobre 1947 furent marquées par la constitution d’une coalition anticommuniste. Le 22 octobre, lors de la séance d’installation du nouveau conseil, Jean Mailloulas fut battu le socialiste Louis Pecout.
Jean Mailloulas avait figuré en septième position sur la liste d’Union Républicaine et Résistante présentée par le PCF dans la 1re circonscription des Bouches-du-Rhône à l’occasion des élections législatives du 2 juin 1946. Il y était indiqué comme « métallurgiste, ex-interné politique, maire de La Ciotat ».
Jean Mailoulas reprit son travail aux chantiers navals, refusant d’être nommé chef d’atelier. Il reprit le militantisme syndical. Il fut jugé le 19 novembre 1952 pour « outrage à agents » lors de la manifestation du 28 mai 1952. Le 3 décembre suivant, il fut condamné par la Ve chambre à 3 000 francs d’amende pour distribution illégale de tracts. Toujours secrétaire général de l’UL CGT, il fut licencié à l’issue de la grève des chantiers de La Ciotat de février 1953, comme tous les délégués du personnel. Mis à l’index, il travailla comme journalier à des travaux divers (terrassement, etc.) avant d’accepter de devenir diffuseur permanent de la presse communiste.
Jean Mailloulas décéda à La Ciotat le 20 février 1965. Ses obsèques, deux jours après, furent célébrées en grande pompe par le PCF, François Billoux en tête qui participa à une garde d’honneur avec le futur maire de La Ciotat, Louis Perrimond, les syndicalistes Ange Colombi et Louis Calisti. Le 3 juin de la même année, le conseil municipal décida que son nom serait ultérieurement attribué à une nouvelle artère de la ville.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article107719, notice MAILLOULAS Jean-Pierre par Jean-Claude Lahaxe, Antoine Olivesi, version mise en ligne le 10 novembre 2010, dernière modification le 12 avril 2021.

Par Jean-Claude Lahaxe, Antoine Olivesi

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, M2 III/1 ; V M2/283 ; M6/11 246, rapport du 6 juin 1940 ; XIV M 25/133, rapport du 12 décembre 1938 (anciennes cotes), 148 W 302 et 365, rapport du 2 mai 1953, 76 W 68. — Site internet Mémoire des hommes SHD Vincennes GR 16 P 385070 (nc). — Christian Bocconi, Jean Mailloulas ‘’maire courage’’ 1944-1947, La Ciotat, Cercle de la Renaissance-Culture et Loisirs, 2012. — La Marseillaise, 18 novembre, 4 décembre 1952, 14 février 1953. — Rouge-Midi, 4 mars 1938 (photo).— Compte rendu du congrès confédéral CGT de 1938. — La Ciotat… notre ville, 50ème anniversaire de sa Libération, recueil de souvenirs de Carmagnolle Joseph, journal La Marseillaise, 1994. — notes de Louis Botella et de Jean-Marie Guillon. — Etat civil.

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