LEBLANC Paul, Hippolythe

Par Pierre Lévêque, Jean Belin

Né le 23 janvier 1884 à Saint-Seine-en-Bâche (Côte-d’Or), mort en déportation le 6 février 1945 en Allemagne ; dessinateur, agriculteur, puis employé de bureau ; syndicaliste CGT des employés et CGTU du livre de Côte-d’Or ; coopérateur ; président directeur de l’Imprimerie coopérative ouvrière de Dijon (Côte-d’Or) de 1926 à 1941 ; résistant au sein du Front national (FN) ; militant socialiste puis communiste.

Fils de Jacques Leblanc, garde Forestier, et de Catherine Gauthier, sans profession, aîné d’une fratrie de six enfants, la famille de Paul Leblanc vint s’installer rue Berbisey à Dijon où son père travailla comme cafetier. Après la fin de sa scolarité, il exerça le métier de géomètre, puis de dessinateur à Dijon avant de s’engager comme volontaire pour sept ans au 10e Régiment d’Infanterie de 1902 à 1909. Paul Leblanc se maria le 18 février 1907 à Dijon avec Maria Debeaumarché avec laquelle il eut un fils, Paul Roger né à Dijon la même année. Son épouse décéda en 1911. Il reprit son emploi de dessinateur et s’engagea à nouveau le 11 août 1914 au 27e RI à Dijon. Blessé au bras gauche le 8 mai 1915 au Bois d’Arcy (Région parisienne), il fut réformé en septembre 1916 avant de se retirer à Dijon pour ensuite s’installer à Is-sur-Tille en 1919 comme exploitant agricole pendant une dizaine d’années.
Ayant des parts/actions dans l’Imprimerie coopérative ouvrière (I.C.O.) de Dijon, Paul Leblanc siégeait au Conseil d’administration de l’ICO depuis 1925. N’étant pas un professionnel du livre, il fut désigné comme administrateur délégué de la coopérative ouvrière par le conseil d’administration en février 1926, en remplacement d’Henri Lustre, démissionnaire. Avec le concours d’Henri Silvestre, il contribua au redressement de la société coopérative qui était menacée de liquidation. En 1930, il obtenint les pleins pouvoirs du CA pour réorganiser la coopérative et la consolider. Il fut nommé directeur commercial et directeur technique. Henri Dardier assurait temporairement la direction technique jusqu’à ce que Paul Leblanc se libéra des activités agricoles de la ferme d’Is-sur-Tille. Installé avec sa famille au 55 rue de Tivoli à Dijon, Paul Leblanc fut reconduit dans ses fonctions de président-directeur de l’ICO jusqu’en 1941. Lors de la déclaration de guerre, il fut privé de nombre de ses compagnons de travail mobilisés. En homme avisé, il prit des dispositions pour doter la coopérative d’un important stock de papier qui va s’avérer utile quelques mois plus tard pour les besoins de la Résistance dans laquelle il s’engagea.
Militant socialiste et syndicaliste CGT dès avant 1914, Paul Leblanc fut membre du bureau du syndicat unitaire des travailleurs du livre papier de Dijon en janvier 1934, le secrétaire général étant Gaston Guerrin. En avril 1937, il était secrétaire général du syndicat CGT des employés de bureau et similaires de Dijon et de la Côte-d’Or. Le syndicat déclara 50 adhérents.
Adhérant à la Section française de l’internationale communiste (SFIC) en décembre 1920 et c’est lui qui, cette même année, évita àLucien Midol son arrestation en le conduisant en Suisse en automobile. Paul Leblanc quitta le Parti communiste en 1922, mais y revint par la suite et, le 15 mars 1925, présenta un rapport sur « Tactique et organisation » au congrès régional des comités paysans travailleurs de Bourgogne réunis à Chalon-sur-Saône sous la présidence de Renaud Jean*. En 1927, il contribua à fonder l’hebdomadaire régional le Travailleur de Bourgogne. Il se remaria le 15 février 1927 à Cuiserey (Côte-d’Or) avec Berthe Louise Roblot avec laquelle il eut deux filles, Jeannine et Paule nées en 1929 à Is-sur-Tille.
Par courrier en date du 28 décembre 1939, le préfet de Côte-d’Or recommanda au commissaire de police d’effectuer une perquisition au siège de l’ICO afin de rechercher du matériel de propagande communiste. Paul Leblanc présent lors de la fouille, ne fut pas inquiété ce jour-là. Il participa à la reconstruction du Parti communiste aux côtés de Jean Bouscand, Auguste Heinimann, Juliette Dubois et d’autres militants dès 1940 et procura l’essentiel des fournitures (papier, stencils…) pour l’impression des journaux et des tracts pour le Front national (F.N.). Sur recommandation de l’inspection générale des services de la police criminelle, Paul Leblanc fit l’objet d’une surveillance très étroite, considéré comme « l’animateur régional de la propagande communiste ». Arrêté le 22 juin 1941 au cours de l’Aktion Theoderich, au siège de l’imprimerie coopérative, 18 rue de la Manutention à Dijon, avec 23 autres militants communistes et syndicalistes CGT de Côte-d’Or, il fut écroué à la prison de Dijon Il fut conduit ensuite au camp de Royallieu à Compiègne (Oise-60), administré et gardé par la Wehrmacht. Il y passa plus d’un an comme otage. Il fut déporté le 24 janvier 1943 avec ses camarades Raymond Demerger, Marcel Suillerot, dans un convoi qui transporta 1528 hommes et 230 femmes au camp d’Oranienburg-Sachsenhausen, près de Berlin (Matricule 59 292). Le 31 août 1944, il retrouva son camarade et ami dijonnais Gabriel Lejard qui arrivait du camp d’Auschwitz. Paul Leblanc mourut le 6 février 1945.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article107743, notice LEBLANC Paul, Hippolythe par Pierre Lévêque, Jean Belin, version mise en ligne le 12 novembre 2010, dernière modification le 21 mai 2020.

Par Pierre Lévêque, Jean Belin

SOURCES : Le Populaire de Bourgogne, édition du 21 avril 1922. — Interviews par de Jean Gaumont, André Claudot et Marcel Caignol. — Arch. Départ. de Côte-d’Or, fiches de police sur les menées communistes, côte 1072W, de décembre 1939 à juin 1941, état civil, recensement de la population, fiche de recrutement militaire. — Résistance en Côte-d’Or, Gilles Hennequin, tome 1 édition 1987, tome 4 édition de 1997. — Les communistes dans la Résistance en Côte-d’Or, édition de 1996. — Arch. de l’imprimerie coopérative ouvrière (ICO), fonds d’Henri Silvestre, mémoire. — Arch. IHS CGT 21, 50e anniversaire de l’Imprimerie Coopérative Ouvrière, 1908 – Dijon – 1958, édité par l’ICO.

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