LEBON André, Émile, Alphonse

Par Didier Bigorgne, Jacques Girault, Gilles Morin

Né le 16 juillet 1910 à Nouzon (Ardennes), mort le 21 mai 1994 à Charleville-Mézières (Ardennes) ; instituteur, puis intendant de lycée ; militant syndicaliste ; militant socialiste ; trésorier (1944-1959), puis secrétaire du Parti socialiste SFIO des Ardennes (1959-1970) ; maire de Charleville puis de Charleville-Mézières (1959-1977) ; conseiller général (1964-1976) et conseiller régional de Champagne-Ardennes (1973-1978) ; député des Ardennes (1967-1978).

Fils d’Alcide Lebon, peintre qui devint artisan, d’opinions radicales-socialistes, et d’Alice Dury, sans profession, André Lebon était l’aîné de deux garçons. Après avoir réussi le certificat d’études primaires à l’âge de onze ans, il entra au cours complémentaire de Nouzon. Il y effectua des études brillantes, puis le concours d’entrée à l’École normale d’instituteurs de Charleville en 1926. Titulaire du brevet supérieur, le 30 septembre 1929, il fut nommé instituteur stagiaire à Rethel où il enseigna trois semaines avant d’occuper un poste à Nouzonville jusqu’au 14 octobre 1930. À la rentrée scolaire suivante, il devint instituteur titulaire à l’école primaire de la rue du Petit Bois à Charleville.

André Lebon ne reprit pas sa classe en 1931. Incorporé le 22 octobre, il effectua son service militaire au 153e régiment d’infanterie de Bitche (Moselle). Promu caporal, il épousa Lucienne Delmont, institutrice, le 24 septembre1932, à Braux (Ardennes) ; de cette union naquirent un garçon et une fille. A son retour à la vie civile à la rentrée d’octobre 1932, il retrouva son poste d’instituteur qu’il occupa jusqu’au 7 novembre 1936. A cette date, il fut détaché à l’École pratique de commerce et d’industrie de Charleville pour prendre en charge la section artisanale.

Dès son entrée dans la vie d’enseignant, André Lebon adhéra au Syndicat national (CGT). Il occupa rapidement des responsabilités importantes dans la section des Ardennes. Élu membre du comité syndical en 1932, il devint responsable du Bulletin syndical en 1933 avant d’accéder à la fonction de secrétaire général adjoint le 28 juin 1934. Il quitta ce poste le 31 juillet 1936, mais il continua à être secrétaire du bulletin, à présider les commissions de propagande (recrutement, Sudel et Terre Libre) et de réformes, à représenter son syndicat à la Fédération des fonctionnaires et au Cartel des services publics. Il participa aux congrès nationaux du Syndicat national des instituteurs à Lille (1936), à Paris (1937) et à Tours (1938). Son épouse, Lucienne Lebon fut aussi membre du bureau de la section départementale du syndicat de 1934 à 1936 : elle présidait la commission de la Caisse de secours. Elle fut déléguée au congrès de Lille.

Dans le même temps, André Lebon s’engagea dans le combat laïque. En 1934, il fonda le Centre laïque des auberges de jeunesse avant d’être élu secrétaire du comité des Ardennes. Après avoir participé à la reconstitution de la Fédération nationale de défense et d’action laïque à Paris en 1935, il créa le comité départemental des Ardennes dont il devint le trésorier en 1936. Enfin, il fut secrétaire départemental de la Ligue de l’Enseignement et membre du conseil général national en 1937. Au titre de la Ligue de l’Enseignement, il devint, le 13 juin 1938, membre de la commission départementale paritaire de conciliation des conflits du travail placée sous la présidence du préfet des Ardennes.

André Lebon appartint aussi à la franc-maçonnerie. Il fut initié à la loge « La Fraternité de Charleville (Grand Orient de France) en février 1937. Devenu Maître en 1939, il fut Vénérable de 1961 à 1968.

Parallèlement, André Lebon adhéra au Parti socialiste SFIO en 1932 ou en janvier 1933 selon son témoignage. D’abord secrétaire de la section de Charleville à partir de 1935, il fut élu membre de la commission exécutive, trésorier fédéral en 1937 et gérant du journal Le Socialiste Ardennais le 28 mai 1938. Dans le parti, il partageait les analyses de Léon Blum, en admettant le principe de la non-intervention pendant la guerre d’Espagne. Rangé dans le camp des pacifistes, il était aussi influencé par les idées de Léon Émery lorsqu’il approuva les accords de Munich en 1938.

Mobilisé dans un régiment d’infanterie en septembre 1939 dans les Ardennes, avec le grade d’adjudant, André Lebon combattit les Allemands en Moselle. Il fut fait prisonnier le 22 juin 1940 à La Salle (Vosges) puis détenu au Stalag 210 à Strasbourg à partir du 23 juin. Hospitalisé pendant trois mois, il fut libéré le 7 octobre 1940. De retour à Charleville, il reprit son poste d’instituteur. Suspendu en février 1941 en raison de ses engagements politiques et syndicaux, il fut réintégré en octobre 1943. Il assura l’enseignement et le service général à l’EPCI de nouveau ouverte sous le nom de collège technique.

En 1948, André Lebon obtint le certificat d’aptitude à l’économat des écoles nationales de l’enseignement technique. Il poursuivit sa carrière professionnelle au collège technique de Charleville où il se révéla un administrateur de qualité. Promu intendant en 1959, il resta fidèle à son établissement appelé désormais lycée technique d’État « François Bazin » jusqu’à son départ à la retraite le 19 septembre 1966. Pendant toutes ces années, il assura le secrétariat académique du syndicat de l’Intendance universitaire de la Fédération de l’Éducation nationale.

Dans le même temps, André Lebon occupa une place centrale dans la galaxie laïque des Ardennes. Il était toujours président départemental de la Ligue de l’Enseignement en 1967. Il présida la Fédération des œuvres laïques des Ardennes de 1958 à 1970 ; il était président d’honneur des Auberges de jeunesse, trésorier départemental de la Jeunesse en plein air et président de la délégation cantonale de l’Enseignement en 1967.

À la Libération, André Lebon, secrétaire de la section socialiste SFIO de Charleville en 1945, participa à la reconstruction de la Fédération socialiste SFIO des Ardennes. Le 4 octobre 1944, il retrouva son poste de trésorier fédéral qu’il occupa jusqu’en 1959, avec une parenthèse à la fonction de secrétaire fédéral du 15 novembre1955 au 14 décembre 1957. Il fut donc membre du bureau du Conseil national du parti en décembre 1957. Avec la fracture de la guerre d’Algérie marquée par les départs d’Andrée Viénot* et de Guy Desson* du Parti socialiste SFIO des Ardennes pour le Parti socialiste autonome, il fut avec Camille Titeux* le principal responsable socialiste des Ardennes. Le 24 octobre 1959, il devenait secrétaire fédéral et directeur politique du Réveil Ardennais. Il conserva la première fonction jusqu’en 1970, la seconde jusqu’en 1978. De 1946 à 1969, fidèle de Guy Mollet*, il approuva la Communauté européenne de défense au congrès national extraordinaire de Puteaux (30 mai 1954). Il défendit la motion Commin* pour la poursuite de la politique de la guerre et l’emploi de la force en Algérie au 48ème congrès national de Lille (28 juin 1956). Il participait régulièrement aux réunions nationales du parti et fut membre du bureau de la réunion du Conseil national socialiste SFIO de décembre 1957. A partir d’octobre 1966, il présida la Fédération de la gauche démocrate socialiste dans les Ardennes.

La mort dans l’âme, André Lebon vécut la disparition du Parti socialiste SFIO. Avec la préparation du congrès d’Épinay (11-13 juin 1971), il s’aligna sur la position d’Éric Hintermann*, secrétaire général du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, refusant l’alignement sur le Parti communiste français qu’il croyait discerner dans la stratégie de François Mitterrand*. Au congrès départemental d’unité qui se tint le 5 juin 1971 à Charleville, il resta en retrait. Il n’intervint pas dans le débat, mais il fut désigné membre de la commission exécutive provisoire. Confirmé dans sa fonction le 9 janvier 1972, il siégea à la commission exécutive fédérale jusqu’en juin 1977.

André Lebon occupa une place grandissante dans le département en raison du cumul des mandats électifs. Conseiller municipal socialiste de Charleville depuis le 26 avril 1953, il conduisit à la victoire une liste d’entente (Parti socialiste SFIO, Parti radical et MRP) le 8 mars 1959. Il devint maire de Charleville, fonction qu’il occupa jusqu’au 1er octobre 1966. Il dirigea la ville dans les années 1960, avec une minorité de socialistes (15 sur 35 en 1965-1971) en s’appuyant sur d’anciens MRP et quelques indépendants de gauche et de droite. Artisan de la création de la ville de Charleville-Mézières née de la fusion de cinq communes (Charleville, Mézières, Mohon, Etion et Montcy-Saint-Pierre), André Lebon fut maire du nouveau chef-lieu du département (55 330 habitants) de 1966 à 1977. Pendant les dix-huit années passées à l’hôtel de ville, il présida l’Association des maires des Ardennes. Dès 1967, il était secrétaire général -trésorier de la fédération des élus socialistes municipaux et cantonaux de France.

La carrière politique départementale d’André Lebon décolla tardivement. D’abord candidat malheureux aux élections pour le conseil général à Raucourt le 20 mars 1949 (255 voix sur 2 793 inscrits et 2 188 votants), il échoua dans le canton de Charleville en étant éliminé au premier tour du 20 avril 1958 avec 1 962 voix sur 20 898 inscrits et 12 930 votants. Il fut de nouveau candidat aux élections des 8 et 15 mars 1964 : arrivé en tête au premier tour avec 3 083 voix sur 22 189 votants et 12 027 votants, après le désistement des candidats communiste et socialiste unifié, il fut élu conseiller général au deuxième tour en réunissant 6 617 suffrages sur 12 580 votants. Il fut réélu aux élections cantonales des 8 et 15 mars 1970 en améliorant ses scores, (4 471 voix au premier tour, puis 7749 voix au scrutin de ballottage). Au conseil général des Ardennes, il fut membre de la commission de l’Éducation nationale. Il siégea aussi à la CODER Champagne-Ardenne (1966-1967), et au conseil régional de 1973 à 1978 en sa qualité de parlementaire. Comme élu, il assurait aussi la fonction de vice-président de l’Union hospitalière des Ardennes.

André Lebon fut élu député FGDS des Ardennes dans la deuxième circonscription de Charleville-Rocroi, le 12 mars 1967. Placé en deuxième position au premier tour avec 14 117 voix sur 60 305 inscrits et 48 971 votants, il battit le député sortant UNR en réunissant 27 447 suffrages sur 49 562 votants au deuxième tour. Il fut réélu plus difficilement le 30 juin 1968 (24 074 suffrages contre 23 623 à son adversaire de droite au scrutin de ballottage). En revanche, sa réélection fut plus aisée au scrutin des 4 et 11 mars 1973 : il arriva en tête au premier tour avec 13 921 voix sur 60146 inscrits et 48 143 votants, il rassembla 27 378 suffrages sur 49509 votants au deuxième tour. A l’Assemblée nationale, il siégea dans la commission de la production (1968-1978), dans celle des Affaires étrangères (1973-1978). Il était vice-président du groupe des députés-maires en 1973. À la fin de son mandat, il ne se représenta pas, s’appliquant à lui-même la décision qu’il avait fait adopter par le Parti socialiste des Ardennes, de ne plus solliciter de mandat électif après l’âge de soixante-cinq ans.

Retiré dans sa maison d’Aiglemont (Ardennes) depuis la retraite, André Lebon continua de présider le centre culturel Arthur Rimbaud qu’il avait créé en 1968, et de militer au Parti socialiste. Veuf depuis 1951, il épousa en secondes noces Denise Ravenel, sans profession, le 7 juin 1968 à Paris (VIIe arr.) À sa mort, il fut incinéré à Châlons-sur-Marne après un hommage solennel rendu par la population carolomacérienne. Aujourd’hui, l’espace culturel de Charleville-Mézières porte le nom d’André Lebon.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article107746, notice LEBON André, Émile, Alphonse par Didier Bigorgne, Jacques Girault, Gilles Morin, version mise en ligne le 12 novembre 2010, dernière modification le 6 septembre 2011.

Par Didier Bigorgne, Jacques Girault, Gilles Morin

SOURCES : Arch. Nat., F/1cII/201, 287, 306 ; CAC, 1977359/18, 19780654/59 , 19830172/101. — Arch. dép. des Ardennes 3 M 5, 7, 8 et 9. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — Arch. OURS, fédération des Ardennes. — Assemblée nationale, dossier biographique. — Archives D. Mayer, 3 MA 28. — Bulletin de la section ardennaise du Syndicat national des instituteurs, 1932 à 1938. — Le Socialiste Ardennais, 1935 à 1938. — Le Réveil Ardennais, 1944 à 1978. — L’Action laïque, n° 66, juin 1939.— DBMOF, notice par Jacques Girault. — Didier Bigorgne, « André Lebon. Une fidélité socialiste », in Terres Ardennaises, n° 97, décembre 2006. — Presse syndicale et nationale. — Renseignements fournis par l’intéressé à J. Girault. — Renseignements et documents communiqués par Denise Lebon, épouse de l’intéressé.

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