LEFEUVRE Henri, François, Pierre

Par Alain Dalançon, Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 22 mars 1882 à Marolles-les-Braults (Sarthe), mort en déportation en Allemagne en avril 1945 ; instituteur, directeur d’école ; maire socialiste du Mans (Sarthe) (1938-1941) ; résistant.

Fils d’un couple de cafetiers, Alphonse Lefeuvre et Anne, Henriette Milcent, Henri Lefeuvre, orphelin de sa mère puis de son père à l’âge de deux ans, fut confié à l’Assistance publique. Plus tard, devenu conseiller général, il prit la défense des familles d’accueil des pupilles de l’Assistance.

Très bon élève, il entra à l’École normale d’instituteurs du Mans à 15 ans et devint trois ans plus tard instituteur. Après son service militaire effectué en 1903-1904, bénéficiant de l’engagement décennal, il épousa Mirabelle Langlais, le 10 octobre 1906 à Bouloire où il enseignait. En 1908, il fut muté au Mans où il devint directeur d’école.

Mobilisé le 3 août 1914 au 117e régiment d’infanterie comme sergent, il fut blessé gravement à la main dès le 26 août sur le front de la Somme, ce qui lui valut une citation et la Croix de guerre. Renvoyé dans ses foyers en octobre 1916, il fut réaffecté dans les services auxiliaires en février 1918 et démobilisé le 3 avril 1919.

Henri Lefeuvre fut pendant quinze ans, représentant du personnel au Conseil départemental de l’enseignement primaire. Il siégeait au bureau départemental du syndicat des instituteurs. Il se préoccupait beaucoup de la préorientation professionnelle des élèves des écoles primaires, sujet sur lequel il écrivit une brochure avec le directeur du l’office départemental de placement de la Sarthe en 1928. Il s’intéressait aussi à l’éduction sportive des jeunes, ayant pratiqué lui-même le cross-country et le manifesta plus tard quand il devint maire du Mans, en soutenant l’Union sportive mancelle.

Membre du Parti socialiste, il fut élu en février 1927 conseiller général du troisième canton du Mans (avec 2934 voix sur 5573 exprimés, pour 7703 inscrits). En désaccord avec la ligne politique de son parti, il rompit avec la SFIO et participa à la fondation en février 1928 d’un Parti socialiste autonome. C’est sous l’étiquette « socialiste autonome » qu’il se présenta aux élections législatives du 22 avril 1928 dans la première circonscription du Mans, sans succès. Il récidiva en 1932, battu par Louis Légué député sortant, républicain de gauche. Henri Lefeuvre ne revint au Parti socialiste qu’en 1937.

Il s’était remarié le 6 juillet 1935 au Mans avec Madeleine Garnier.

Élu conseiller municipal en février 1938 à une élection complémentaire sur une liste de concentration républicaine, Henri Lefeuvre succéda au maire démissionnaire, le socialiste René Lebrun, élu par 22 voix sur 27 votants. Il était à la même époque président de la Fédération sarthoise de la Ligue des droits de l’Homme et de la Fédération des œuvres laïques de la Sarthe.

À l’arrivée des Allemands en 1940, les vainqueurs firent monter « le p’tit L’feuvre » dans une voiture décapotable et le promenèrent dans toute la ville, le sommant de disperser les attroupements et de donner l’ordre de rendre les armes. Puis il fut confiné cinq jours durant dans son bureau de l’hôtel de ville. Il choisit de rester en poste pour défendre la population mancelle et poursuivre ses projets, comme la construction d’un stade moderne. Tout en venant en aide aux démunis, aux orphelins, aux prisonniers du camp des Mille, il entreprit une « réelle résistance administrative : faux certificats de travail, annulation de réquisitions », selon Joseph Esteves dans son ouvrage, 200 figures de la Résistance et de la Déportation en Sarthe.

Le gouvernement de Vichy le révoqua de ses fonctions en février 1941. En signe de solidarité tout le conseil municipal donna sa démission.

Henri Lefeuvre participa à la Résistance, dans les réseaux de Libération-nord. Il prit la présidence du comité clandestin départemental de libération « au titre de commandant des Forces françaises combattantes intérieures ».

La Gestapo l’arrêta le 5 mars 1944 à la gare du Mans où il donnait des cours à des jeunes cheminots. Conduit à la prison du Vert-Galant puis à celle des Archives, il fut ensuite torturé au siège de la Gestapo, rue des Fontaines (actuelle rue des victimes du nazisme).

Interné à Compiègne le 1er juin, il partit en déportation trois jours plus tard au camp de Neuengamme puis de Stöcken. Alors que son camp allait être libéré, il fut conduit – vraisemblablement le 13 avril 1945 – avec de nombreux camarades d’infortune dans un hangar, à Gardelegen. Il parvint à faire passer un message à un compagnon : « Je suis Lefeuvre, maire du Mans. Fais dire en France que je suis en bonne santé. » Peu après, il fit partie des nombreux déportés brulés vifs au lance-flammes par trois SS, dans cette grange de Gardelegen.

Au Mans, le préfet l’avait fictivement rétabli dans ses fonctions à la Libération. On espérait son retour pour les élections municipales du 29 avril 1945. Sa liste qui intégrait, entre autres, ses compagnons de Résistance, Alexandre Oyon, Roger Bouvet et Jean-Yves Chapalain, l’emporta avec 61 % des suffrages. Cependant, à l’heure où les Manceaux réélisaient leur maire résistant, ce dernier était mort depuis une quinzaine de jours.

Robert Collet, ancien maire socialiste du Mans, évoquait Henri Lefeuvre en ces termes : « Petit, râblé, une légère moustache blonde, des yeux rieurs, amateur délicat de musique, d’une éloquence bouleversante. », renseignements confirmés par sa fiche matricule : 1,57 m, yeux bleus, sourcils blonds.

Un jugement du tribunal civil du Mans, daté du 10 décembre 1947, permit l’inscription de la mention "mort pour la France" sur les registres de l’état civil. Une rue au Mans et le collège d’Arnage (commune limitrophe du Mans) portent son nom.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article107793, notice LEFEUVRE Henri, François, Pierre par Alain Dalançon, Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 14 novembre 2010, dernière modification le 20 mai 2021.

Par Alain Dalançon, Jean Maitron, Claude Pennetier

OEUVRE : Avec Marcel Henry (Directeur de l’office départemental de placement de la Sarthe), La préorientation professionnelle à l’Ecole primaire, préface de M.J. Fontègne, inspecteur général de l’enseignement technique, 1928 (cr. in L’Ecole te la vie, 24 novembre 1928).

SOURCES : Arch. Nat. F7/13014. — L’Ouest-Eclair, 28 février 1927, La Dépêche, 2 mai 1932, L’OEuvre, 8 décembre 1934, La République sociale de l’Ouest, 1938 ; Le Temps, 27 février 1938, Le Populaire, 15 novembre 1938 (réception de Georges Monnet au Mans), Aujourd’hui, 10 décembre 1940. — Jean-Paul Mallejac, La gauche et son électorat dans la Sarthe sous la IIIe République, mémoire de maîtrise, Caen. — Renseignements recueillis par R. Collet. — SHD Vincennes, GR 16 P/353275 ; SHD Caen, AC 21 P/589709. — Arch. Dép. Sarthe, état civil de Marolles-les-Braults, registre matricule. — Ouest-France, article du 27 mai 2014, "Au Mans, Henri Lefeuvre choisit de reste maire" ; Alain Moro, historien, récit dans une interview, LMtv Sarthe, 8 septembre 2014.

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