KERGARAVAT Alexis-Joseph

Par François Prigent

Né le 30 mars 1885 à Langonnet (Morbihan), mort le 8 février 1984 à Gourin (Morbihan) ; directeur d’école ; conseiller municipal (1945-1947) puis maire SFIO de Gourin (1953-1960) ; dirigeant fédéral de la SFIO (1947-1965) ; conseiller général SFIO de Gourin (1955-1961) ; candidat SFIO aux législatives de 1956 et aux sénatoriales de 1958.

Le père d’Alexis-Joseph, Jean-Louis Kergaravat (1857-1953), directeur d’école à Gourin, était une figure du camp républicain au Nord-Ouest du Morbihan dès la fin du 19e siècle. Maire de Gourin, il fut également conseiller général entre 1919 et 1937, date à laquelle il se retira à l’âge de 80 ans. Alexis-Joseph Kergaravat fréquenta l’école primaire de Gourin dès 1897 avant d’intégrer l’école normale de Vannes (1901-1904). Nommé d’abord à Langonnet, il rejoignit son poste à Gourin où exerçaient également sa mère et son frère au moment de la séparation des Églises et de l’État. Marié en 1913, il prit les fonctions de directeur d’école au Faouët en 1922 avant de succéder à son père comme directeur d’école à Gourin l’année suivante. Il créa un cours complémentaire à trois classes, formant soixante instituteurs jusqu’à sa retraite en 1941. Très marqué par la mort précoce de sa femme en 1926, ce radical encarté investissait l’ensemble des filières laïques du Morbihan, aux côtés de son père, maire et conseiller général de Gourin.

Réactivant ce système relationnel du réseau laïque républicain (notamment la franc-maçonnerie), il joua un rôle important dans la Résistance dès 1941 dans le secteur Nord-Ouest. Au sein de Libération-Nord, son père Joseph noua des liens avec ses anciens élèves Jean Le Coutaller* (député et maire de Lorient entre 1945 et 1959) ou Yves Guélard* (secrétaire fédéral de la SFIO puis du PS entre 1960 et 1975). Arrêté le 7 octobre 1941 car son domicile servait de dépôt d’armes, il fut emprisonné à Angers, puis libéré le 11 novembre. Chef de district à Libération-Nord, il s’occupait tout particulièrement des opérations de parachutage, sources de tensions avec les FTP (après 1945, ces questions prirent la forme d’antagonismes irréductibles entre socialistes et communistes, notamment entre Le Coutaller et Le Hyaric*. À nouveau arrêté en juin 1944, il fut libéré par les Américains le 2 août lors de leur entrée au camp de Rennes.

Conseiller municipal radical de Gourin en 1945, battu par Joseph Le Roux, il passa l’année suivante à la SFIO avant d’emporter la mairie de Gourin en 1953 (21 élus sur les 23 conseillers municipaux). Localement, il était très investi dans la myriade d’organisations laïques en tant que président du Foyer Laïque de Gourin, délégué cantonal de l’Éducation National, représentant local de l’UFOLEA ou président du Comité des Fêtes. Disposant d’une importance audience dans les milieux ruraux, fort de la figure paternelle, il était aussi président local du Crédit Agricole. Très proche de son collègue Louis Le Moënic*, ancien radical et conseiller général SFIO de Plouay (1945-1970), ce secrétaire de la section SFIO de Gourin reprit en 1955 le siège de conseiller général de Gourin, l’emportant de 627 voix avec 57 % des suffrages (près de 40 % dès le 1er tour). Ce canton avait été perdu dans une triangulaire par Jean Le Coutaller en 1949 dans un contexte de tensions avec le PC. Il fut candidat aux législatives de 1956 en 3e position derrière Le Coutaller et Le Moënic. En novembre 1957, il signa avec des élus de premier plan de la SFIO du Morbihan un tract contre la guerre d’Algérie qui divisa fortement la fédération. Derrière Le Coutaller et Le Moënic, il fut à nouveau candidat aux sénatoriales de 1958, obtenant 14.5% des voix et franchissant la barre symbolique des 200 délégués.

Après sa réélection comme maire de Gourin en 1959, il commença à de désengager progressivement de ses responsabilités départementales à la SFIO, participant aux réseaux agricoles relancés par Kléber-Lousteau en novembre 1959 en compagnie des élus ruraux de la SFIO. En 1960, la fédération du Morbihan fut frappée par la mort de son leader Jean Le Coutaller, battu en 1959 à la mairie de Lorient : lors de l’enterrement, Kergaravat figurait avec Yves Guélard, Louis Le Moënic ; François Giovannelli* (maire d’Inzinzac-Lochrist 1945-1977), Charles Montmayeur* (maire de Guémené-sur-Scorff 1945-1966), Joseph Kerbellec* (maire de Quéven 1947-1974) et Mathurin Martin* (maire de Baud 1945-1963) furent parmi les orateurs. Cette génération Le Coutaller d’élus locaux s’était forgée suite à la Résistance autour des filières laïques et syndicales, ancrées localement.

À soixante-quinze ans, il décida de ne pas se représenter aux cantonales en 1961 et le canton bascula à droite (Christien MRP) malgré la candidature de Jean Picaud (36%), chef de travaux aux ponts et chaussées. A la mairie de Gourin, la succession fut également ratée en 1965, le candidat conservateur Émile Le Gall restant maire jusqu’en 1983. Retiré de la vie politique locale, Kergaravat resta adhérent de la SFIO puis du PS jusqu’à sa mort. Il fallut attendre 1983 pour que le PS regagne provisoirement la mairie de Gourin avec Yves Huitorel puis Robert Ulliac.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article107819, notice KERGARAVAT Alexis-Joseph par François Prigent, version mise en ligne le 16 novembre 2010, dernière modification le 8 septembre 2011.

Par François Prigent

SOURCES : Arch. Dép. Morbihan, 1 M 4704, 2 W 14 359, 914 W 114, 62 J 98, 85 J. — Archives Fédérales du PS 56. — Archives de l’OURS, dossiers Morbihan. — Archives Privées de la famille Le Coutaller. — Le Rappel du Morbihan (1947-1984). — Articles du Ouest-France sur la vie politique locale. — François Prigent, « Les réseaux seconds en politique. Prosopographie des conseillers généraux socialistes du Morbihan au XXe siècle (1898-2004) », in Recherche Socialiste, n°42, mars 2008. — Entretiens avec Robert Ulliac et Yves Huitorel.

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