KITTLER Ernestine [née BORRON Ernestine, Anna ]

Par Jacques Girault

Né le 7 janvier 1914 à Saint-Rambert en Bugey (Ain), morte le 11 mars 2007 à Lyon (Rhône, IIIe arr.) ; institutrice en Haute-Marne ; résistante ; militante du Parti communiste français, adjointe au maire de Bourg-Saint-Andéol (Ardèche).

Ernestine Kittler avec son amie Madame Livet en 2002
Ernestine Kittler avec son amie Madame Livet en 2002

Fille d’instituteurs, Ernestine Borron, fut seulement baptisée. Après le décès de sa mère victime de la grippe espagnole en 1918, elle fut élevée par sa grand-mère, institutrice, et son grand-père, ouvrier d’une tréfilerie. Élève des écoles primaires supérieures de Châtillon-sur-Chalaronne, puis de Thonon-les-Bains où elle obtint le brevet supérieur, elle devint institutrice intérimaire dans diverses communes de l’Ain, dont Lompnaz, Abergement-de-Varey, Genay, de 1936 à 1942. Elle adhéra au Syndicat national des instituteurs (CGT) en 1934 et y demeura après la fusion de 1935.

Elle se maria exclusivement civilement en juillet 1942 à Lompnaz (Ain) avec Fernand Kittler, ajusteur dans les ateliers de la SNCF de Chalindrey (Haute-Marne), militant syndicaliste, secrétaire de l’Union départementale de la CGT en Haute-Marne et militant communiste. Le couple eut quatre garçons et trois filles.

Ernestine Kittler et son mari firent partie des premiers groupes de l’Organisation secrète. Elle fut déplacée en 1942 à La Pavas, hameau de la commune d’Argis, à la suite de sa décision de ne pas afficher le portrait du chef de l’Etat dans sa classe. Klaus Barbie vint en personne l’interroger dans son école à La Pavas. Fernand Kittler, clandestin, arrêté en 1942 et torturé sous la responsabilité de Klaus Barbie, fut transféré à Eysses, avant d’être déporté à Dachau.

Elle participa à la Résistance à partir de 1942, en abritant des maquisards et en cachant du matériel. À la Libération, elle adhéra au Parti communiste français selon les archives du PCF. Toutefois, interrogée par la presse en 1977, elle indiquait avoir adhéré dès 1938.

Ernestine Kittler poursuivit sa carrière enseignante en Haute-Marne à partir de la fin de la guerre, exerçant successivement à Noidant, à Vesaignes-sur-Marne, Changey, Rochefort-sur-la-Côte et à Provenchères-sur-Marne où elle resta jusqu’à sa retraite en 1970. Elle fut déléguée au premier congrès mondial des partisans de la paix à Paris, salle Pleyel (20-25 avril 1949) et la secrétaire des sections communistes des deux dernières communes. Elle fut la responsable départementale de l’Union des femmes françaises jusqu’en 1955. Elle milita au SNI et à la FEN-CGT jusqu’en 1954, puis seulement au SNI.

Ernestine Kittler fut présentée par la fédération communiste de Haute-Marne pour suivre le stage organisé par le PCF pour les instituteurs communistes. Cette candidature ne fut pas ratifiée par le secrétariat du PCF. Elle entra au comité de la fédération communiste en 1952 et y resta jusqu’en 1956. Des critiques avaient été adressées à son mari, également membre du comité fédéral et du bureau fédéral en 1953. La conférence fédérale entérina la proposition de la section de montée des cadres, le 4 mai 1956, de non-réélection d’autant qu’elle n’avait « aucune activité » et qu’elle n’avait pas encore repris sa carte.

Retraitée, Ernestine Kittler alla habiter Bourg-Saint-Andéol au début des années 1970. Son mari assurait localement la présidence de l’Association républicaine des anciens combattants. Militante communiste active, elle fut élue conseillère municipale en avril 1977 et en mars 1983 sur des listes d’union de la gauche à direction socialiste (Georges Courtial). Troisième adjointe pendant ces deux mandats, elle fut désignée en 1977 comme responsable des commissions du personnel communal, de la sécurité et du troisième âge, comme suppléante au bureau d’aide sociale et comme membre de la commission « culture, fêtes, loisirs ». En 1983, doyenne du conseil municipal, elle devint déléguée aux questions sociales. Elle joua un rôle actif pour la création d’une antenne de la Protection maternelle et infantile dans la commune. Elle prit une part active en 1979-1985 au soutien de la lutte menée par les salariés de la SOFAC (entreprise de cartonnage) et de Villeroy et Bosch (céramique) contre la fermeture de leurs usines. Socialistes et communistes se divisèrent sur la gestion de la ville. Les élus communistes proposaient l’adoption d’un budget en déséquilibre « pour placer l’Etat et les multinationales en face de leurs responsabilités », ce que refusa la majorité. En juin 1985, à la suite de ces divergences fortes, les élus socialistes démissionnèrent et furent réélus. Privée de sa délégation d’adjointe par le maire, elle acheva son mandat en 1989 comme simple conseillère. Candidate sur une liste soutenue par le PCF, elle fut élue, avec un de ses camarades, en mars 1989 en dernière position dans l’ordre du tableau et en démissionna pour raison de santé en décembre 1989. Doyenne d’âge, elle avait prononcé le discours de la séance d’ouverture du mandat, le 18 mars, et n’avait pas épargné l’ancienne majorité socialiste du conseil municipal en espérant que la minorité communiste soit mieux entendue par la nouvelle municipalité.

Ernestine Kittler continua son activité militante notamment dans l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance, dans les associations des anciens d’Eysses et de Dachau. Avec son mari, elle s’était rendue au procès de Klaus Barbie à Lyon (12 mai-4 juillet 1987) et avait témoigné durant l’audience. Après le décès de son mari en 1996, elle quitta Bourg-Saint-Andéol pour la région lyonnaise.

Le 19 mars 2007, l’Humanité annonçait son décès. Dans le Bulletin d’information et de liaison de l’Association nationale pour la mémoire des Résistants et Patriotes emprisonnés à Eysses, sa fille indiquait que sa mère avait fait don de son corps à la science et qu’elle avait souhaité que des dons soient faits à des associations (mémoire de la Résistance et de la Déportation, recherche médicale, Secours populaire).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article107844, notice KITTLER Ernestine [née BORRON Ernestine, Anna ] par Jacques Girault, version mise en ligne le 18 novembre 2010, dernière modification le 5 juin 2021.

Par Jacques Girault

Ernestine Kittler avec son amie Madame Livet en 2002
Ernestine Kittler avec son amie Madame Livet en 2002
Ernestine Kittler dans une réunion du conseil municipal de Bourg-Saint-Andéol en 1977 à côté de Georges Courtial.
Ernestine Kittler dans une réunion du conseil municipal de Bourg-Saint-Andéol en 1977 à côté de Georges Courtial.
 Ernestine Kittler avec l'association des anciens de Lompnaz en 2002 où elle enseigna de 1936 à 1942.
Ernestine Kittler avec l’association des anciens de Lompnaz en 2002 où elle enseigna de 1936 à 1942.
Ernestine Kittler avec René Seston (ANACR) en 2001
Ernestine Kittler avec René Seston (ANACR) en 2001

SOURCES : Arch. mun. de Bourg-Saint-Andéol, 1 D 6, 7, 20, 22. — Arch. comité national du PCF. — Presse nationale. — Notes de Jean-Louis Issartel transmises par Pierre Bonnaud. — Renseignements fournis par les filles (Lysiane Kittler et Sylvaine Kourouma) de l’intéressée.

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