LAMBIN Louis, Romain

Par Michel Aguettaz

Né le 18 mars 1913 à Lézennes (Nord), mort le 16 août 2003 à Neuville sur Saône (Rhône)  ; électricien ; militant communiste, résistant, secrétaire de la fédération PCF du Pas de Calais (1946), secrétaire de la fédération du Nord (1949-1954).

Sixième et dernier enfant d’une famille d’ouvriers du textile, Louis Lambin passa son enfance et son adolescence à Hellemmes (agglomération lilloise). Son père, renvoyé de plusieurs usines de la région d’Armentières en raison de son action syndicale, dut s’installer dans la région lilloise pour retrouver du travail. Ce père militant (membre du Parti communiste dès le congrès de Tours, syndiqué à la CGTU) donna très tôt à ses enfants une véritable éducation politique. Louis Lambin raconta dans un livre de souvenirs les « leçons » données le soir après le repas et la lecture faite à haute voix de l’Humanité. À douze ans, Louis Lambin devint membre des « Pupilles communistes ».

Apprenti lamier à l’âge de treize ans, puis tisserand, il suivit à seize ans les cours du soir pour devenir électricien. Sa formation en poche, il travailla chez des artisans du bâtiment.

En 1936, il adhéra au PCF mais c’est dans le cadre des Amis de l’Union Soviétique (AUS) qu’il mena son action militante. Il devint rapidement permanent à la fédération du Nord comme responsable du service cinéma. Il se maria en mai 1937 à Hellemmes avec Georgette François.
Mobilisé en 1939, il participa à la campagne de Belgique. Replié à Dunkerque, il survécut au naufrage du Scotia bombardé par l’aviation allemande.
Démobilisé au camp du Larzac, il rejoignit Lyon. Il retrouva bientôt dans cette ville Jean Aubert* et Suzanne Cagé*, tous deux permanents aux AUS du Nord avant -guerre, chargés de reconstituer cette organisation en zone sud. Louis Lambin forma avec eux le triangle de direction. C’est à cette époque qu’il fit la connaissance de Georgette Moutot, adhérente au PCF et militante aux AUS, qui devint sa femme.

Sa compagne fut arrêtée le 21 décembre 1940, lui même fut interrogé pendant deux heures avant d’être libéré. Il préféra quitter Lyon et rejoignit Saint-Étienne où il retrouva la liaison avec les AUS. Tout début 1942, arriva la consigne pour les militants de cette organisation de rejoindre les rangs du PC clandestin. Louis Lambin devint responsable politique (« polo ») pour le département de la Loire et avait pour instructeur Victor Joannès.
Au printemps 1942, il fut envoyé comme « polo » dans l’Allier. Il était cette fois dans la clandestinité complète et prend le pseudo de Roger. Il fut ensuite envoyé en Isère comme responsable Organisation et Propagande (OP). Son séjour isérois se situa durant l’année 1943.

Le « polo » régional arrêté, Louis Lambin assura quelques semaines l’intérim avant d’être envoyé comme « polo » pour les deux Savoies (interrégion I).
Il travailla sur ces deux départements avec Hildebert Chaintreuil* qui était le responsable syndical. A la fin mars 1944, il dut quitter la Savoie à la suite des très nombreuses arrestations qui frappaient le Parti communiste dans ce département.

Il fut nommé alors au triangle de direction zone sud du service des cadres et prit le pseudo de Pascal.

Il était chargé durant l’été 1944 de prendre contact avec Georges Guingouin*, épisode relaté par Auguste Lecoeur* dans son livre Le Parti communiste français et la Résistance (p. 36). (Lecoeur situe cet épisode à la fin 1942).

À la Libération, la carrière militante de Louis Lambin connut une progression remarquable. Secrétaire fédéral à l’organisation dans le Rhône, il fut repéré par Léon Mauvais, et envoyé à l’école centrale d’Arcueil. A l’issue de sa formation, l’appréciation suivante fut portée sur lui « A bien travaillé. Très consciencieux. Vient immédiatement après Patinaud* en tant que meilleur élève de l’école dont il était un des responsables. Bonne compréhension. S’exprime bien. Rédige bien. Semble apte à bien remplir sa fonction actuelle. A suivre. » Il fut désigné, en juin 1946, pour aider à l’organisation de la Fédération du Pas-de-Calais dont le principal dirigeant, A. Lecœur alors secrétaire d’État à la production charbonnière était peu disponible. Candidat aux élections législatives de juin 1946, après quelques mois, Louis Lambin fut élu secrétaire de la fédération, mais le pouvoir réel de décision resta à Lecœur. Durant cette même période, il était maire adjoint de Lens, chargé des travaux et de la reconstruction et travaillait avec Roger Pannequin, adjoint aux finances.

En 1948, Louis Lambin fut rappelé à Paris, pour travailler avec Léon Mauvais au secrétariat à la section d’organisation. Après quelques mois, il fut désigné comme instructeur du comité central pour la fédération du Nord. Il fut chargé de mettre en place une nouvelle direction fédérale et de « faire monter » de nouveaux cadres. Tâche difficile puisqu’il dut mener à bien sa mission dans une fédération soumise à l’autorité incontestée d’Arthur Ramette*.

Élu secrétaire de la fédération du Nord, Louis Lambin était à l’apogée de son parcours de militant, parcours qui connut une brutale interruption en 1954. Le secrétariat du comité central évoqua le 7 décembre 1953 les problèmes à la direction fédérale du Nord, donna son accord pour retirer Lambin du secrétariat et du bureau fédéral, décida de la remplacer comme directeur-adjoint de l’École centrale et désigna François Billoux* pour « avoir une conversation avec lui ». En effet, il se retrouva mis en accusation par le bureau fédéral du Nord qui lui reprochait de nombreuses erreurs et une politique personnelle. Il fut démis de ses fonctions et sa femme, secrétaire à l’Union locale des syndicats perdit également son emploi. Louis Lambin lui-même n’apporta pas d’explications précises à l’élimination politique dont il fut victime. Il pensait avoir été la cible conjuguée d’Auguste Lecoeur et d’Arthur Ramette. Le premier dans le cadre de la lutte contre le culte de la personnalité voulant faire un exemple en « cassant » un jeune cadre dont la personnalité commençait à émerger. Le second, personnalité autoritaire et ombrageuse, souhaitant se débarrasser d’un responsable qui ne lui était pas inféodé.
La chute de Lecoeur mit fin au « procès » de Louis Lambin. Il fut réhabilité lors d’un comité fédéral dirigé par Léon Mauvais, mais sortit très éprouvé de cette épreuve. Il décida de quitter le Nord pour Lyon, ville dont était originaire sa femme. Bien que réhabilité, il fut mis à l’écart de la commission de contrôle financier du PCF et il n’obtint aucune réponse à sa demande de transfert à la fédération du Rhône.

Après une difficile réadaptation économique, il devient représentant de commerce en électroménager. Resté fidèle à ses idées, Louis Lambin réadhèra au PC dans le courant des années 1970, après avoir, en militant discipliné, demandé l’autorisation au comité central. A la retraite, il reprit même une réelle activité militante en devenant secrétaire de la cellule de Neuville-sur-Saône et membre du comité fédéral du Rhône. Il fut conseiller municipal jusqu’en 1995. Louis Lambin est mort en 2003, il était alors le doyen de la fédération du Rhône.
Il publia en 1985 un livre de souvenirs intitulé Si c’était à refaire dans lequel il retraçait à grands traits sa vie de militant. C’est un témoignage intéressant sur le parcours et la psychologie d’un cadre intermédiaire, et sur son attachement viscéral à un parti qui avait pourtant failli briser sa vie.

Divorcé en février 1946, il s’était remarié en janvier 1953.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article107856, notice LAMBIN Louis, Romain par Michel Aguettaz, version mise en ligne le 23 novembre 2010, dernière modification le 6 septembre 2011.

Par Michel Aguettaz

SOURCES : Arch. comité national PCF. — Louis Lambin , Si c’était à refaire, Éditions Gilles Pellegrini. — Auguste Lecoeur, Le Parti communiste français et la Résistance, Plon, 1968. — L’Humanité, 10 septembre 2003. — Entretien avec Michel Aguettaz. — État civil.

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