DANREZ Arthur

Par Justinien Raymond, Yves Lequin

Né le 28 juillet 1881 à Morez (Jura), mort le 30 janvier 1937 à Nice (Alpes-Maritimes) ; militant socialiste de Morez ; secrétaire de l’Union des diamantaires français.

Fils d’un menuisier et d’une lunettière Arthur Danrez se maria en décembre 1908 avec une lunettière.

Ouvrier diamantaire à Morez, il fut, avant et après la guerre de 1914-1918, un militant en vue de la Fédération du Jura. En 1898, il était le secrétaire de la Jeunesse socialiste locale. En 1908, il représenta la Fédération socialiste SFIO du Jura au congrès de Toulouse où il portait aussi un mandat de l’Ain. Cette année-là, il fut élu deuxième adjoint au maire de Morez, le socialiste Henri Lissac. Il ne tarda pas à être révoqué (1909) pour avoir, sous le gouvernement Clemenceau, affiché lui-même le placard intitulé « Gouvernement d’assassins ». Il poursuivit son action politique, syndicale et coopérative, tout en assurant à dater d’août 1909 la propagande en France et en Suisse de l’Alliance universelle des ouvriers diamantaires. Le 4 décembre 1910, il présida à Lons-le-Saunier le congrès d’où sortit la Fédération jurassienne groupant le Jura et le Doubs. Les deux départements reprirent leur autonomie en septembre 1913. A. Danrez fut secrétaire de la Fédération du Jura, et en 1914, son candidat aux élections législatives dans l’arr. de Lons-le-Saunier où il recueillit 2 271 voix. Secrétaire fédéral, il la représenta au congrès national de Strasbourg (février 1920).

A. Danrez fut également un militant syndicaliste : en 1911, il était secrétaire adjoint de la Bourse du Travail de Saint-Claude fondée en mars 1903 et adhérente de la CGT. En 1914, assisté de M. Desprez et de F. Mermet, il était secrétaire de l’Union départementale des syndicats. Danrez avait assisté comme délégué à plusieurs congrès nationaux corporatifs : au XVIIe — 11e de la CGT — tenu à Toulouse du 3 au 10 octobre 1910, où il représentait les Bourses du Travail de Besançon et de Franche-Comté et divers syndicats des départements de l’Ain et du Jura. Il assista également au XVIIIe congrès, Le Havre, 16-23 septembre 1912, comme représentant de divers syndicats de l’Ain et du Jura.

Danrez fut, pendant la guerre, solidaire de Jouhaux et de la majorité confédérale — voir sa lettre à Jouhaux du 5 février 1915 dans Léon Jouhaux, par B. Georges et D. Tintant.

Élu conseiller municipal socialiste de Saint-Claude en novembre 1919, il fut délégué par sa Fédération au congrès de Strasbourg (25-29 février 1920) où il intervint très longuement sur le rapport du secrétariat. Danrez demanda la constitution d’une « commission pour rapporter un travail constructif sur la société socialiste que nous désirons » (compte rendu, p. 12). La maladie l’empêcha d’assister au congrès de Tours, (25-30 décembre 1920), où il était officiellement délégué comme représentant du courant reconstructeur (Longuet). Les mandats du Jura se répartirent ainsi : Adhésion à la IIIe Internationale : 8 (21,1 %), Reconstruction : 27 (71,1 %), Amendement Blum : 2 (5,3 %), Abstentions : 1 (2,6 %).

Secrétaire de la Fédération socialiste de Jura, il fut, selon Henri Ponard, « le principal artisan de notre autonomie fédérale ». En effet par ses articles, par exemple, celui du 22 janvier 1921 : « L’indispensable autonomie », et par ses initiatives, il amena le congrès fédéral du 6 février 1921 à opter pour l’autonomie et à confirmer cette position le 14 août de la même année. À ce congrès, il répondit ainsi aux critiques du vétéran César Mandrillon : « Les indisciplinés, ce ne sont pas les autonomes du Jura, ce sont ceux qui ont voulu la scission. Et il s’en trouve à gauche comme à droite, dans la SFIC comme dans la SFIO. La responsabilité de la scission vient des thèses et conditions de Moscou. Les premiers qui ont parlé de la scission nécessaire sont les représentants de la IIIe Internationale. » (Le Jura socialiste, 3 septembre 1921). Par contre il applaudit, dans les premiers temps, le mot d’ordre de front unique de l’Internationale communiste, notamment par ses articles du 11 février 1922 et surtout du 25 mars 1922 « Vers l’union socialiste. Pour le front unique ». Ainsi à la même date, il appréciait la victoire des douze socialistes — élus en bloc, grâce aux voix communistes, aux élections municipales partielles de Saint-Claude du 19 mars 1922 — comme un succès du front unique. Secrétaire permanent de l’Alliance universelle des ouvriers diamantaires, jusqu’en mai 1922, A. Danrez était aussi secrétaire de l’Union départementale CGT du Jura. Il fut remplacé le 1er juin 1919 par Galantus, mais demeura secrétaire adjoint jusqu’à son départ en mai 1922 ; à ce titre son action était variée ; un rapport de police de 1919, le mentionne par exemple comme « conférencier attitré de l’Université ouvrière de Saint-Claude ».

Danrez quitta la région au début de mai 1922, pour raison de santé semble-t-il, et serait allé s’installer à Sens puis à Paris où il aurait ouvert un magasin de bijouterie-horlogerie-optique.

À son départ un banquet lui fut offert à Saint-Claude pour ses vingt-cinq ans de militantisme et, peu après un hommage lui fut rendu dans le Jura socialiste (17 juin 1922) par Henri Ponard : « La Fédération socialiste révolutionnaire du Jura vient de perdre son meilleur militant en la personne de son secrétaire qui, pour des raisons de santé et de préoccupations familiales en découlant, a dû renoncer à sa double fonction de permanent de l’organisation syndicale diamantaire et de secrétaire de notre Fédération et, par conséquent, cesser aussi ses fonctions de conseiller municipal de Saint-Claude et de membre de nombreuses commissions : Instruction publique, collège, bibliothèque, musée, où son activité était si précieuse. [...] Danrez était pour notre journal Le Jura, sans en avoir le titre (puisque chez nous les titres et les honneurs ne comptent guère) le directeur moral et politique [...] en même temps qu’il en était le collaborateur le plus actif. Danrez était l’inspirateur et le rédacteur de tous nos documents fédéraux : délibérations ou manifestes... » Il ne semble donc pas, comme l’affirmèrent certains militants, que son départ ait été dû à des dissensions politiques ou personnelles.

En 1935, des syndicalistes de Saint-Claude, délégués à un congrès, lui rendirent visite à son domicile dans le XIe arr. Danrez mourut le 30 janvier 1937 à Nice, mais, fut enterré à Morez.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article108095, notice DANREZ Arthur par Justinien Raymond, Yves Lequin, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 24 novembre 2010.

Par Justinien Raymond, Yves Lequin

ŒUVRE : A. Danrez collabora à La Montagne, au Jura socialiste, à la Franche-comté socialiste.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13567 et F7/13604. — Arch. Dép. Jura, M. suppl. 178/2. — Arch. Com. Saint-Claude. — Comptes rendus des congrès socialistes et syndicalistes. — La Voix du Peuple, 6-12 avril 1914. — Le Jura socialiste, 1920-1922. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes, I, op. cit., p. 274 à 302, passim. — Le Congrès de Tours : édition critique, op. cit. — Renseignements fournis par Jacques Girault.

ICONOGRAPHIE : Hubert-Rouger, op. cit., p. 295.

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