DELFOSSE Henri, Arthur

Par Yves Le Maner, Yves Lequin

Né et mort à Denain (Nord) : 23 novembre 1899-7 janvier 1974 ; ouvrier mineur, modeleur ; militant syndicaliste, socialiste, puis communiste ; secrétaire de la Fédération CGTU des mineurs (1922-1924) ; membre de la Commission exécutive de la CGTU (1923-1924).

Secrétaire de la section des mineurs CGT de Denain, Delfosse fut élu conseiller municipal de cette ville en décembre 1919 sur la liste du Parti SFIO. Rallié aux thèses communistes, il fut l’un des fondateurs des Comités syndicalistes révolutionnaires dans le bassin minier du Nord en 1920 — voir Moniot*. Élu secrétaire général des syndicats CGTU des mineurs des bassins du Nord, du Pas-de-Calais et d’Anzin après la scission de 1921, il accéda de ce fait à la commission de contrôle de la Fédération nationale unitaire alors en gestation. Après avoir effectué un bref voyage en URSS au début de l’année 1922, il fut nommé secrétaire provisoire de la Fédération CGTU des mineurs, lors du congrès tenu à Anzin (Nord) en mars 1922, avec comme tâche la rédaction des statuts fédéraux, travail qu’il mena à bout avec l’aide de son ami J.-B. Dupilet. Achevés en mai, les statuts furent ratifiés par le congrès national constitutif qui confia à Henri Delfosse le secrétariat général de la Fédération. Cette importante fonction le contraignit à abandonner ses responsabilités au niveau local et régional (il siégeait à la CA de la Fédération communiste du Nord et était l’un des rédacteurs du Prolétaire) et il partit s’établir à Paris. En septembre 1922, Humbert-Droz avait pensé à lui comme membre du Comité directeur du PC (op. cit., p. 349). Il fut désigné comme délégué suppléant au Ve congrès de l’IC (17 juin-8 juillet 1924) mais ne se rendit semble-t-il pas à Moscou. Il fut réélu en 1923, mais après des débats très vifs autour d’un projet d’augmentation de la cotisation à laquelle se refusaient les délégués du Pas-de-Calais et une très vive altercation avec le jeune Maurice Thorez. Il semble que ce conflit, en apparence technique, ait eu un arrière-plan politique, puisque H. Delfosse, cependant lui-même membre du Parti communiste, accusa les militants du Pas-de-Calais de négliger les tâches proprement corporatives par électoralisme. Le conflit rebondit l’année suivante, au IIIe congrès fédéral tenu à Montceau-les-Mines, en novembre ; en fait, H. Delfosse était pratiquement en état de dissidence vis-à-vis de la CGTU depuis la fin de 1923. Sous son impulsion en effet, la Fédération des mineurs avait élaboré un projet de grève générale de la profession qui avait paru aventureux à la Confédération. L’accord semblait s’être fait après une entrevue avec deux de ses secrétaires H. Dudilieux et G. Monmousseau et, semble-t-il, un voyage de H. Delfosse à Moscou auprès de l’Internationale Syndicale Rouge (ISR). Il n’en était rien, et lui-même revint avec force sur l’affaire dans son rapport moral de 1924, mettant en cause dans un premier temps les « fonctionnaires » du Parti communiste et de l’Humanité qui ne l’avaient pas soutenu et étendant ses critiques à la ligne même de la CGTU accusée de « réformisme » et d’excès de centralisation. Quant aux relations avec le Parti communiste, H. Delfosse développa une conception de subordination de celui-ci aux décisions des organisations syndicales. Vivement attaqué par J. Raynaud qui représentait la Confédération, le rapport moral fut rejeté par 44 voix contre 19, mais le congrès manifesta sa confiance à H. Delfosse lui-même et lui demanda de conserver le secrétariat fédéral. Ce qu’il fit, semble-t-il pour quelques mois : il démissionna quelques mois plus tard à cause de la persistance de ses désaccords et fut remplacé par Marcel Kirsch*, l’un des animateurs du congrès de 1924, et qui l’avait accusé de défendre une fausse conception de l’autonomie syndicale. Il poursuivit ses critiques, envoyant plusieurs articles, en novembre, que le journal fédéral le Mineur Unitaire, refusa de publier ; au congrès fédéral de 1925, la commission des conflits, saisie de l’affaire, approuva cette attitude, estimant que « s’ils avaient été publiés, c’eût été la guerre avec la CGTU et l’ISR » et le congrès la suivit. H. Delfosse paraît s’être rapproché par la suite du groupe de La Révolution Prolétarienne et du Comité des 22.

Membre du comité de rédaction de la revue communiste oppositionnelle Contre le Courant dès le n° 1 paru le 20 novembre 1927, il aurait été exclu du Parti communiste vers novembre-décembre 1927. Son nom figurait au bas de l’appel au XVe congrès du Parti communiste russe, pour la réintégration des oppositionnels et l’instauration d’un véritable centralisme démocratique. Il était gérant de Contre le Courant en décembre 1927.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article109110, notice DELFOSSE Henri, Arthur par Yves Le Maner, Yves Lequin, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 20 juillet 2012.

Par Yves Le Maner, Yves Lequin

SOURCES : Arch. Nat. F7/13610, F7/13791, F7/13792. — Arch. Dép. Nord, M 154/195B et M 595/44. — I.M.Th., bobine 64. — H. Iéria, Mémoire de Maîtrise, Lille III, 1974, op. cit. — Comptes rendus des 1er (1922), IIe (1923), IIIe (1924) et IVe (1925) congrès de la Fédération nationale unitaire des travailleurs du sous-sol et similaires. — J. Humbert-Droz, Origines et débuts des Partis communistes des pays latins, op. cit. — Note de Jacques Girault.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément