DUMAS Émile, Jean

Par Justinien Raymond

Né le 18 novembre 1873 à Saint-Amand-Montrond (Cher), mort le 15 mai 1932 aux Lilas (Seine) ; ouvrier mécanicien puis journaliste ; député socialiste du Cher de 1910 à 1919 ; maire de Saint-Amand de mai 1912 à décembre 1919 ; membre du Parti communiste puis trésorier adjoint de l’Union fédérative socialiste.

Émile Dumas
Émile Dumas

Né dans une modeste famille de tradition républicaine, Émile Dumas fut élevé à l’école des révolutionnaires berrichons, Gambon, Vaillant, et formé par les rudes leçons de la vie. Il avait à peine seize ans quand, poussé par les nécessités de l’existence, il partit avec son père pour la République Argentine. Un séjour de courte durée permit à E. Dumas de participer en 1890 au soulèvement contre le président dictateur et prévaricateur Celman ; pris dans les échauffourées, il fut blessé d’un coup de baïonnette.

Après avoir accompli son service militaire, Émile Dumas vécut comme ouvrier mécanicien à Bordeaux, puis en Normandie, à Lisieux, à Caen, à Evreux, au Havre, se vouant partout à l’organisation et à l’action syndicales tout en militant sur le plan politique. Il avait adhéré au CRC comme tous ses compatriotes berrichons, derrière Vaillant. Dans le Calvados, il fut un des rares militants vaillantistes et l’influence de son courant disparut après son départ (Jérôme Letournel, thèse). Il mena la même vie professionnelle et la même activité sociale et politique à Montluçon de 1898 à 1902. Alors il gagna Paris. Tout en militant au sein du Parti socialiste de France, il prit une grande part à l’action de la CGT. Secrétaire du syndicat des métallurgistes de la Seine, il le réorganisa et le représenta à la fédération de la Métallurgie et à l’Union départementale des syndicats de la Seine, tandis qu’il était le délégué des bûcherons, ses compatriotes, au Comité confédéral. Cette activité le désigna à la répression ; chassé des ateliers, il se fit journaliste et, à partir de la fin de 1903, il fit de la plume son gagne-pain. Pendant quatre ans, il collabora à l’Humanité, se mêla à la vie socialiste, représenta le Haut-Rhin au congrès d’unité à Paris (1905).

Émile Dumas, à l’esprit curieux et ouvert, n’avait cessé de se cultiver, d’enrichir par l’étude la formation que lui conférait son expérience de militant. Il gardait pourtant le tempérament vif qui était le sien et les manières directes de l’homme du peuple. Il ne perdait pas contact avec le Cher et le mouvement socialiste berrichon. Très attentif aux problèmes posés par l’organisation des ouvriers bûcherons de son département d’origine, il fut élu par eux trésorier de leur fédération à leur 2e congrès (Nevers, 1903). Il participa au congrès unique des fédérations terriennes cégétistes (Bûcherons, Horticoles et Agricoles du Midi), à Saint-Fargeau (Yonne), le 2 octobre 1908, comme délégué de la CGT. Il écrivit, vers 1908, une brochure : Les Bûcherons hors la loi où il retraçait les origines de leur mouvement et demandait qu’ils soient assujettis comme ouvriers à la loi sur les accidents du travail. Du 12 au 20 septembre 1904, un délégué, Dumas E., avait assisté au XIVe congrès national corporatif — 8e de la CGT — et à la conférence des Bourses du Travail tenus à Bourges où il représentait divers syndicats de métallurgistes et les préparateurs en pharmacie de Paris. Y a-t-il identité ?

C’est dans le Cher qu’Émile Dumas livra ses batailles électorales. En juillet 1907, il obtint 216 voix comme candidat au conseil général dans le canton de Lignières. Aux élections générales de 1910, au deuxième tour de scrutin, il fut élu député dans la 1re circonscription de Saint-Amand par 8 205 voix sur 20 162 inscrits, contre le député radical sortant Pajot. Devenu maire de Saint-Amand, en 1912, il fut réélu député en 1914 par 7 518 voix sur 19 662 votants et battu en 1919 comme maire et comme député.

En 1911, au congrès national de Saint-Quentin, Émile Dumas avait représenté la fédération socialiste du Cher. Pendant la Première Guerre mondiale, il défendit jusqu’au bout, au sein du Parti socialiste et de son groupe parlementaire, la politique de défense nationale et d’union sacrée. Il compta parmi les quarante élus qui protestèrent contre l’adhésion donnée à l’idée de la conférence internationale de Stockholm par le conseil national du parti, le 27 mai 1917.

En dépit des positions prises pendant la guerre, Dumas adhéra au Parti communiste après le congrès de Tours de 1920. Il y demeura deux ans avant de créer, à Dijon, le 24 décembre 1922, avec des dissidents, l’Union fédérative socialiste dont il fut trésorier-adjoint. Il rejoignit ensuite le Parti socialiste SFIO. Après un échec au conseil général en 1925, il se retira de la vie politique.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article111279, notice DUMAS Émile, Jean par Justinien Raymond, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 24 mars 2013.

Par Justinien Raymond

Émile Dumas
Émile Dumas

SOURCES : Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Arch. Dép. Cher 25 M 127. — Arch. Mun. Saint-Amand et Les Lilas. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes I, op. cit., pp. 214-215. — L’Humanité, 22 juillet 1910. — Comptes rendus du 2e congrès de la Fédération des Bûcherons, Nevers, 1903 et du congrès de Saint-Fargeau, 1908. — A.-M. et Claude Pennetier, Mémoire de Maîtrise, op. cit.. — Claude Pennetier, Le socialisme dans la Cher 1851-1921, Editions de la Maison des sciences de l’homme, 1982. — Jérôme Letournel, Socialisme et socialistes dans le Calvados des origines à la fin du XXe siècle (1864-1998, Université de Caen, 2013.

ICONOGRAPHIE : Hubert-Rouger, La France socialiste, op. cit., p. 355.

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