DUMONT Marcel [KOLORZ Joseph pseudonyme : DUMONT Marcel] (dit aussi KOSTECKI Joseph, KALOSK Marcel et KOLOSK)

Par René Lemarquis et Claude Pennetier

Né le 9 mars 1900 à Radlin (Haute-Silésie) Pologne, tué à la bataille de l’Èbre en Espagne (1938) ; membre du comité central du Parti communiste de 1932 à 1936 ; secrétaire du groupe polonais dans la MOI.

Les parents de Joseph Kolorz étaient d’origine paysanne, la mère s’appelait Barbara Lemba, le père, Paul Kolorz, exerçait la profession de charpentier dans la partie de la Pologne rattachée à l’Allemagne. Après huit années à l’école populaire allemande, il commença à travailler à l’âge de quatorze ans comme apprenti dans une usine de chaussures, puis, l’année suivante, entra dans les mines de Haute-Silésie où on travaillait de 9 à 9 heures et demie par jour. Il adhéra en 1916 au syndicat des mineurs d’Allemagne. Il participa aux grèves et manifestations de la révolution allemande et fit partie d’un groupe Spartakus de 1918 à 1919 sans être formellement inscrit au parti (Spartakusbund). Inculpé de haute trahison par l’Allemagne, il repassa dans la nouvelle Pologne en mars 1919 et s’engagea dans l’armée polonaise où il devint sergent et participa à l’offensive de Pilsudski à Kiev. C’est là, déclarait-il en 1931, qu’il commença à connaître les bolcheviks. De 1920 à 1922, il retourna dans les mines de Haute-Silésie où il participa aux mouvements de mineurs, fréquenta des causeries communistes et lut le journal du PC allemand.

Joseph Kolorz émigra en France en 1922 et devint mineur dans le Pas-de-Calais. Il adhéra au syndicat unitaire des mineurs, participa à des grèves en 1923 et, à la fin de cette année, devint membre du Parti communiste à Méricourt (Pas-de-Calais). Après quelques mois comme manœuvre dans le bâtiment il fut, jusqu’en 1926, instructeur du parti dans les mines du Nord puis en 1927 dans la Moselle où il fut mineur, au début de l’année, à Merlebach. Fin 1927, il quitta la mine et devint permanent comme instructeur du groupe polonais du Nord de la France jusque fin 1929. Il fut arrêté le 2 octobre 1929 et condamné, à Béthune, à huit jours de prison. Il partit en Belgique dans la région de Liège de décembre 1929 à mars 1930 et, à son retour, fut permanent de la CGTU dans l’est de la France. Il participa aux grèves de 1931 et 1933 et fut de nouveau arrêté le 30 avril 1931, lors d’un meeting préparatoire au 1er mai dans le Calvados, et condamné à deux mois de prison et 50 F d’amende. La même année, il était affecté à la cellule d’Ivry. Il avait alors pour compagne Brajndla Gutman, fille d’un petit commerçant polonais, membre du parti depuis 1930. Elle s’occupait des affaires culturelles, étant responsable de la librairie des ouvriers polonais en France (FUR).

En 1931, Dumont était secrétaire et trésorier de la commission centrale des groupes polonais et, en 1936, secrétaire du collectif du parti communiste pour le travail de la MOI (Main d’œuvre immigrée). Dans le PC il fut délégué à la conférence nationale de 1928, où avec le bureau régional du Nord, il émit des réserves (sous le nom de René) quant à la tactique « classe contre classa ». Délégué aux 6e (Saint-Denis 1929) et 7e congrès (Paris 1932) il entra, lors de ce dernier, dans le Comité central sous la dénomination « un camarade polonais ». Il fut également délégué à la conférence nationale d’Ivry (1934) et au congrès de Villeurbanne (1936). Il écrivit des articles dans la presse communiste polonaise, il parlait et écrivait couramment l’allemand et le polonais, il parlait mais écrivait difficilement le français. Pendant la guerre d’Espagne, il combattit dans les Brigades internationales et fut tué à la bataille de l’Èbre (selon Giulio Cerreti* dans A l’ombre des deux T, p. 168).

Un autre immigré polonais, Louis Grojnowski*, raconte qu’en 1937, après la dissolution du Parti communiste polonais par l’Internationale communiste, la direction politique de l’immigration polonaise en France avait été modifiée : « Certains dirigeants, dont Joseph Kostecki-Kolosz (Marcel), membre du Comité central du Parti communiste français, avaient été envoyés en Espagne, d’autres écartés. On désigna une nouvelle direction composée de mineurs, braves militants mais politiquement inexpérimentés. J’ai bien connu Marcel Kolosz-Kostecki. Nous étions même liés d’amitié. C’était un ouvrier métallurgiste et un mineur, un autodidacte, de ceux qui, à force de lectures, d’acharnement à s’instruire, par leur travail au syndicat ou dans les organisations politiques et grâce à une intelligence innée, gravissent les échelons de l’organisation et deviennent des dirigeants politiques. J’aimais le rencontrer ; il parlait lentement, soupesant chacune de ses paroles. Il était calme, toujours serein et souriant timidement. » (Le Dernier grand soir, p. 99.).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article111355, notice DUMONT Marcel [KOLORZ Joseph pseudonyme : DUMONT Marcel] (dit aussi KOSTECKI Joseph, KALOSK Marcel et KOLOSK) par René Lemarquis et Claude Pennetier, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 15 septembre 2019.

Par René Lemarquis et Claude Pennetier

SOURCES : Archives du Komintern, RGASPI, Moscou, 495 270 888. Autobiographies de 1931 et du 27 juillet 1936 ; questionnaire de la sous section d’éducation 1931. — Giulio Cerreti, À l’ombre des deux T : 40 ans avec Palmiro Togliatti et Maurice Thorez, Paris, Julliard, 1973. — Louis Grojnowski, Le Dernier grand soir. Un Juif de Pologne, Paris, Seuil, 1980,

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