DUPIN Gustave. Pseudonyme : ERMENONVILLE

Par Nicole Racine

Né le 30 mai 1861 à Paris, 23, rue Beauregard, IIe arr., mort le 17 novembre 1933 à Versailles (Seine-et-Oise). Maître-verrier. Militant pacifiste.

Fils de Hugues Dupin, teinturier-plumassier et de Jeanne Genest, Gustave Dupin était maître-verrier. Bien que Gustave Dupin collaborât avant la Première Guerre mondiale à quelques revues et périodiques d’avant-garde, son activité au sein du mouvement ouvrier fut jusqu’alors limitée. Il s’était livré à des études historiques sur Jean-Jacques Rousseau, la Révolution française et avait également publié un ouvrage professionnel sur l’archéologie en matière de vitraux.

La mort de son fils, tué à l’âge de vingt-et-un ans, au début de la guerre de 1914, fit de Gustave Dupin, catholique fervent, un pacifiste intégral. En décembre 1914, G. Dupin écrivait à Romain Rolland* pour approuver ses paroles de paix ; en mai 1915, il rendait visite à l’écrivain et lui lisait le manuscrit de son premier ouvrage, La guerre infernale. Ce fut sur l’insistance de Romain Rolland* que l’éditeur Jeheber, secondé par Guilbeaux, se décida à publier en 1916, aux éditions « Demain » de Genève, La guerre infernale qui ne pouvait paraître en France. La guerre infernale était dédiée ainsi :

« À la mort de mon Fils,

tué par les hommes, j’ai écrit ce livre ;

et je le dédie

à tous les pauvres frères d’Europe. »

Le livre se terminait par un poignant appel aux hommes de sa génération : « O toi surtout à qui je pense, vieillard d’une génération maudite, vieillard coupable qui me ressembles comme un frère [...] Toi qui as laissé préparer la guerre, crieras-tu avant de mourir : À bas la guerre ? »

En décembre 1915, Gustave Dupin donna son témoignage aux Hommes du Jour en faveur de Romain Rolland* (18 décembre). Avec Georges Demartial*, Mathias Morhardt*, Gouttenoire de Toury*, Armand Charpentier*, Victor Margueritte* il fut l’un des fondateurs de la Société d’études pour la recherche des responsabilités de la guerre. Armand Charpentier* a écrit dans La Patrie humaine (n° 94, 8 décembre 1933) qu’en 1918 il croyait encore à la responsabilité de l’Allemagne dans le déclenchement de la guerre et que c’est Gustave Dupin qui le convainquit du contraire.

Il fut un des fondateurs en 1918 de La Plèbe, collabora à la Vie Ouvrière de 1919 à 1921 et, en 1921-1922, participa au débat sur la violence lancé dans Clarté et L’Art libre de Bruxelles ; il se montra favorable à Romain Rolland* dans sa controverse avec Henri Barbusse (voir les Humbles de mai 1922). Durant ces années 1921-1922, il fit cours dans les Écoles du Parti communiste (cf. D. Tartakowsky, thèse, op. cit.). Après l’armistice, G. Dupin fit paraître Les Robinsons de la Paix en 1920 aux éditions Clarté, dédié à la mémoire de Jean de Saint-Prix, Le Collier de Bellone... (1921), recueil de « perles » officielles, Miettes d’Histoire (1923), aux éditions des Humbles. Dans Le Règne de la bête (1925) publié par la Librairie du Travail, il dénonçait le rôle du clergé et de l’épiscopat durant la guerre. La Librairie du Travail publia également, sous son pseudonyme d’Ermenonville, de nombreux ouvrages sur Poincaré et les origines de la guerre de 1914. D’avril 1923 à mars 1924, il dirigea une revue mensuelle Vers la Vérité, consacrée aux origines et responsabilités de la guerre. G. Dupin qui se définissait comme « internationaliste pacifiste » (Le Règne de la bête, p. 151) se méfiait du Parti communiste et ne se reconnaissait pas dans le marxisme : « J’ai salué la Révolution russe naissante, comme une aurore de délivrance après les années les plus sombres, les plus douloureuses et les plus déshonorantes de toute l’histoire humaine, mais je ne prévoyais pas que toutes les cervelles fumeuses du marxisme s’abattraient sur elle et la confisqueraient », écrivait-il en 1927 dans les Chroniques d’Ermenonville. G. Dupin collaborait à Évolution, à l’École Émancipée. Il collabora au journal pacifiste-anarchiste Le Semeur publié à partir du milieu des années vingt en Normandie. En novembre 1931 quand Victor Méric* créa le journal pacifiste La Patrie humaine, il s’associa tout de suite à cette initiative et écrivit maintes fois dans cette publication.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article111441, notice DUPIN Gustave. Pseudonyme : ERMENONVILLE par Nicole Racine, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 24 novembre 2010.

Par Nicole Racine

ŒUVRE : La guerre infernale, Genève, Éd. de la revue Demain, sans date. Éd. revue et augmentée, Paris, Société mutuelle d’édition, 1920, 258 p. — Les Robinsons de la paix, Paris, Éd. Clarté, 1920, 178 p. — Le collier de Bellone. Aneries, palabres, mensonges et documents officiels relatifs à la guerre. Recueillis par G. Dupin. Préface de G. de la Fouchardière, Paris, Le Progrès civique, circa 1920, 140 p. — Considérations sur les responsabilités de la guerre, Paris, Société mutuelle d’édition, 1921, 142 p. — Sur les responsabilités de la guerre, Paris, Librairie du Travail, 1921, 11 p. — Ermenonville, Miettes d’histoire, Paris, Éd. des Humbles, 1923, 38 p. — Juillet 1914. Précis du déclenchement de la guerre et des responsabilités, Paris, Société mutuelle d’édition 1924, 104 p. — Le règne de la bête, Paris, Librairie du Travail, 1925, 200 p. — Pour voir clair. Textes sans commentaires pour se faire soi-même une opinion dans les responsabilités de la guerre, Paris, Librairie des vulgarisations, 1924, 26 p. — Responsabilités de la guerre. Réfutations, Paris, Société mutuelle d’édition, 1924. — Conférence sur les responsabilités de la guerre, Paris, Librairie du Travail, 1925, 40 p. — Les responsabilités de la guerre. Réponse à Poincaré, Paris, Librairie du Travail, 1926, 16 p. — Poincaré et ses souvenirs politiques. Étude critique et psychologique, Paris, Librairie du Travail, 1926, 32 p. — M. Poincaré et la guerre de 1914. (Études sur les responsabilités), Paris, Librairie du Travail, 1931, 164 p. — Les munitions du pacifisme : Anthologie de plus de 400 pensées et arguments contre la guerre recueillis par Ermenonville, Paris, Imprimerie spéciale de la Brochure mensuelle, circa 1932, 64 p. — Vers la vérité, publication mensuelle spéciale aux origines et responsabilités de la guerre. Dir. Ermenonville, Paris, 1923-24, onze numéros parus. — Collaboration aux journaux cités dans la biographie.

SOURCES : Arch. PPo, classement provisoire 295. — Émile Lagot : « La vie et l’œuvre de G. Dupin », La Patrie humaine, n° 137, novembre 1934. — Le Semeur, n° 241, 9 décembre 1933. — R. Rolland, Journal des années de guerre..., Albin Michel, 1952, 1913 p. — État civil. — Notes de Michel Dreyfus.

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