DURUPT Georges, Alfred

Par Jean Maitron

Né le 24 juin 1880 à Épinal (Vosges), mort le 25 décembre 1941 ; employé de commerce puis typographe ; correcteur au Bureau International du Travail à Genève du 19 octobre 1920 au 30 avril 1934 ; militant en vue du mouvement anarchiste avant la Première Guerre mondiale.

Fils de Jules-Alfred Durupt, menuisier, Georges Durupt, d’abord membre du Cercle catholique d’Épinal, quitta en 1900 le domicile paternel et fréquenta les milieux libertaires. Il se présentait alors comme un jeune homme au visage maigre et pâle ; affligé d’une forte claudication de la jambe gauche — n’était-il pas amputé ? — il s’aidait d’un bâton pour marcher ; il fut exempté du service militaire.

En 1902, Durupt habitait à Deyvillers près d’Épinal et fréquentait assidûment l’anarchiste Victor Loquier, coiffeur à Épinal. Le 30 mars de cette même année, à l’issue d’un dîner chez Loquier, il fut arrêté par la police d’Épinal pour avoir mutilé des statues de saints qui ornaient une église de la ville. Le 18 avril, il fut condamné, par le tribunal correctionnel, à trois mois de prison et 100 F d’amende pour « dégradation d’objets d’utilité publique » ; il fut libéré le 30 juin.

Dès cette époque, Durupt collaborait aux Temps Nouveaux. Partisan de l’action violente, possédant des talents d’orateur, il prenait souvent la parole au cours de réunions anarchistes. Il collaborait également au Libertaire. La section française de l’Association Internationale Antimilitariste (AIA), créée en 1904, avait été sérieusement atteinte par la répression ; elle se reconstitua en mars 1908 et Durupt en devint le secrétaire. Le 2 juin 1908, des incidents eurent lieu à Draveil entre grévistes et gendarmes, qui firent deux morts et une dizaine de blessés. La grève se poursuivant, une manifestation fut organisée le 30 juillet à Villeneuve-Saint-Georges, et sept ouvriers furent tués. Durupt, qui avait pris part à la manifestation, fut arrêté et condamné, le 7 août, par la cour d’assises de Versailles à trois ans de prison et 100 F d’amende « pour excitation de militaires à la désobéissance ». Remis en liberté en juin 1909, il organisa, fin septembre, le groupe « Les Révoltes » qui tenta de publier un journal portant ce nom : un numéro parut le 25 septembre ; y en eut-il un second ? Durupt participa alors à un essai de regroupement anarchiste sur le plan national, « la Fédération révolutionnaire » au comité directeur de laquelle il appartint. Ce fut un échec et Durupt, rêvant, au nom de l’efficacité, d’un « Parti libertaire » regroupant anarchistes et hervéistes, en fut quelque peu découragé (cf. lettres au docteur Pierrot, février 1910, citées dans Le Mouvement anarchiste en France). Il prit part alors, à l’occasion des élections législatives du printemps 1910, à l’action d’un « Comité antiparlementaire ». À l’issue de la campagne, ce comité donna naissance à une « Alliance communiste-anarchiste » dont le but était ainsi défini : « ... une agitation publique alimentée par les circonstances et trouvant, dans chacune de ces circonstances, l’intensité et l’ampleur de sa propre action » (appel de Durupt dans le Libertaire, 22 mai 1910).

En 1912, Durupt vint habiter Épinal où il travailla comme typographe à l’Imprimerie nouvelle, rue des Minimes. Il collaborait à la Vrille, journal de Loquier, et il en était un des principaux rédacteurs. Il fut ensuite gérant de la revue mensuelle Le Mouvement anarchiste, organe du Club anarchiste-communiste (cinq numéros, août-décembre 1912, Bibl. Nat. 8° R 27 373). En décembre, Durupt fut poursuivi pour avoir publié dans cette revue un article intitulé « Les anarchistes et la guerre », et il se réfugia en Suisse. Il fut condamné par défaut le 17 février 1913, par la 9e Chambre correctionnelle de la Seine, à cinq ans de prison et 3 000 F d’amende pour « provocation au meurtre et à l’incendie ».

De 1915 à 1919, Durupt collabora à l’organe bihebdomadaire La Libre Fédération, paraissant à Lausanne, qui se montra favorable à la cause des Alliés et il défendit « le patrimoine démocratique et républicain » (cf. Plus loin, février 1930) ce qui lui valut d’être traité, ainsi que Pierrot, Malato, P. Reclus, d’« anarchistes guerriers » par Le Libertaire en 1921 (cf. n° 106, 21-28 janvier).

Le 19 octobre 1920, G. Durupt entra au Bureau international du Travail comme correcteur d’épreuves. Titularisé dans ses fonctions le 1er janvier 1922, il fut mis à la retraite pour raison d’invalidité à la date du 1er mai 1934. Le certificat de service qui lui fut alors donné est particulièrement élogieux.

L’épreuve de la guerre provoqua chez nombre de militants une remise en cause des principes. En ce qui concerne Durupt, nous sommes informés par sa collaboration à la revue Plus Loin animée par le docteur Pierrot.

Selon lui « l’anarchisme doctrinal et dogmatique s’est vu bouleversé par les événements » (Plus Loin, 15 février 1926) et, écrivait-il dans le même numéro « mes certitudes à moi, comme les certitudes de plus d’un [...] ne sont que des incertitudes ». Il estimait alors que la plupart des idées libertaires « étaient et demeurent des idées élémentaires » et que seule subsistait intacte « la morale de l’entraide ». Il ne s’agissait pas là d’une crise passagère, et, quatre ans plus tard, il écrivait encore (Plus Loin, février 1930) : « Ne rusons plus : nous sommes des démocrates et des républicains. » Il ne condamnait plus alors le bulletin de vote et il estimait qu’« il y a État et État comme il y a fagots et fagots ». Et il concluait, rejetant tout Évangile : « C’est un chemin que nous prenons après un autre qui nous aura pris, lui, vingt bonnes années de notre vie et les trois quarts de nos illusions, non pas sur la vie, mais sur les hommes. »

Avait-il cessé pour autant d’être anarchiste ? Lui-même n’en convenait pas qui considérait l’anarchisme « beaucoup moins comme une doctrine arrêtée, aux contours précis, que comme une attitude particulière en regard de certains problèmes d’économie et de morale et comme une orientation générale » (Plus Loin, n° 73, mai 1931). Cinq ans plus tard, il assistait d’ailleurs encore au congrès de l’Union anarchiste.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article111820, notice DURUPT Georges, Alfred par Jean Maitron, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 25 octobre 2013.

Par Jean Maitron

COLLABORATIONS : La Vie ouvrière, 1919-1921. — Plus Loin, n° 1, 15 mars 1925 — n° 169, juillet-septembre 1939, notamment durant les années 1926-1931.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13053. — Arch. Dép. Cher, 25 M 139, État vert n° 4. — Arch. Dép. Vosges, 8 M 33.42.95. — Revue Plus loin, (voir ci-dessus. — Jean Maitron, Le Mouvement anarchiste en France, op. cit. — Bureau international du Travail, Département du personnel.

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