DUVAL Charles-Émile

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 27 août 1872 à Louviers (Eure), mort en déportation pendant la Seconde Guerre mondiale le 11 février 1945 ; commerçant ; secrétaire de la Fédération socialiste puis communiste d’Eure-et-Loir.

Charles-Émile Duval (prénommé souvent Émile) naquit dans une famille ouvrière de quatre enfants. Sa mère était couturière. Son père, fileur, « vieux républicain », devint socialiste. Charles-Émile choisit le métier de marchand forain « conforme à son caractère indépendant ». Il se maria et eut quatre enfants., La prospérité de ses affaires lui permit d’acheter, en juillet 1915, le Bazar Dunois, 19, rue Marcau à Chartres (Eure-et-Loir).

Avec L.-F. Bourgeois*, il avait créé à Châteaudun un comité de la Libre Pensée « l’Action laïque » et une section de la Ligue des droits de l’Homme. En septembre 1908, il constitua à Chartres le syndicat forain chartrain, dont il resta secrétaire jusqu’en 1919 au moins, puis en novembre 1913, à Rouen (Seine-Inférieure), le syndicat des commerçants forains, « La Défense foraine », qui disparut en 1914. Sa date d’adhésion au Parti socialiste n’est pas connue, mais elle doit remonter à l’unité de 1905.

Mobilisé le 8 octobre 1914 au 30e territorial à Chartres, Duval reconstitua avec la collaboration de Marianne Rauze*, la section socialiste chartraine et forma un groupe de mobilisés socialistes dont il assura le secrétariat.

Après l’Armistice, il devint secrétaire de la section ARAC de Chartres. Le congrès fédéral socialiste du 7 septembre 1919, l’élut secrétaire adjoint en remplacement deMarianne Rauze* passée à la Fédération de la Seine et le présenta aux élections législatives du 16 novembre 1919. A. Anseaume*, secrétaire fédéral, quittant le département, Duval lui succéda le 7 mars 1920 tout en assurant les fonctions de secrétaire de la section chartraine et de délégué aux conseils nationaux. Les effectifs fédéraux étaient passés de 228 en 1914 à 495 en 1919 et à 600 en 1920. Sous l’influence de Duval, les socialistes d’Eure-et-Loir se prononcèrent très tôt en faveur de la IIIe Internationale. Au congrès fédéral du 7 mars 1920, la motion pour la « Reconstruction » de l’Internationale eut douze voix, celle favorable à la IIIe Internationale 96 voix. Duval fut délégué au XVIIe congrès national de Strasbourg (25-29 février 1920) et il intervint à plusieurs reprises dans les débats, exprimant avec force l’irritation des militants de province devant le monopole de la Fédération de la Seine — il demanda « que la commission des conflits ne soit composée que de délégués de province » (c.r.p. 4) — et le peu de place accordée par l’Humanité aux communications de province. Il cita deux exemples précis où le quotidien socialiste sous-estimait l’impact d’informations provinciales : le 1er avril 1919 à Chartres, trois mille soldats manifestèrent dans les rues aux cris de « la démobilisation ! » et défoncèrent les portes des prisons militaires ; le 16 février 1920, un syndicaliste de Chartres, René Leroy* était abattu par un policier. Cachin, président de séance, approuva son intervention et en profita pour rendre hommage « à notre ami Duval, vieux militant, que je tiens à remercier de son action personnelle dans l’Eure-et-Loir » (p. 85). Ce rappel peut faire penser que comme É. Bureau*, Duval avait appartenu à la phalange des premiers guesdistes d’Eure-et-Loir.

Le secrétaire fédéral menait campagne en faveur de la IIIe Internationale en insistant sur trois thèmes : « C’est la seule Internationale socialiste et révolutionnaire » (Le Travailleur, 4 décembre 1920), « La situation est révolutionnaire en Europe » (idem, 11 décembre 1920), « il faut que le Parti en finisse avec son système actuel de représentation et d’organisation basée sur la représentation proportionnelle des tendances » (idem). Au congrès fédéral du 5 décembre 1920, la motion Cachin*-Frossard* recueillit 88 mandats, celle de Longuet-P. Faure 29 et celle de Blum 4.

Resté secrétaire de la Fédération communiste, Duval reprit la publication de l’organe départemental Le Travailleur d’Eure-et-Loir, le 6 août 1921. Il était aidé en 1922, par Raoul Courtois*, secrétaire administratif. Après avoir participé au congrès national de Paris (15-19 octobre 1922), Émile Duval donna dans Le Travailleur un compte rendu plutôt favorable à la gauche. Il constatait : « Certes le Parti traverse une crise grave, mais il saura la surmonter [...] L’Internationale prononcera, et tous les communistes fortement disciplinés, s’inclineront devant sa décision » (28 octobre 1922).

Le 22 janvier 1923, la Fédération proposa au Parti de maintenir Duval au poste de secrétaire en dépit de son appartenance à la Franc-Maçonnerie. La réponse fut positive « à titre exceptionnel et provisoire » (Arch. Dép. Seine-Saint-Denis, ex. Arch. Dép. Seine-Saint-Denis, ex. BMP, bobines 44 et 305).

Aux élections législatives du 11 mai 1924, il obtint le meilleur score de la liste Bloc ouvrier et paysan : 2 914 voix (moyenne de la liste 2 810). Les communistes étaient cependant loin derrière le Bloc des gauches, 31 632 et le Bloc national 26 436 voix.

Duval était trésorier de la région communiste Loir-et-Cher, Loiret, Eure-et-Loir en 1928. Il se présenta aux élections municipales de mai 1929 à Chartres. Son fils militait aux Jeunesses communistes en 1927.
Charles-Émile Duval s’était marié le 19 février 1900 à Rouen (Seine-Inférieure).

Ch.-Émile Duval se confond avec Émile Duval, ancien secrétaire du rayon de Chartres, qui prit sa retraite en 1934 à Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loir) ; il fut un militant actif, participa à la Résistance et mourut en déportation. Pourtant un témoignage attribue à ce É. Duval la profession d’instituteur !

Déporté le 24 janvier 1943 de Compiègne à Oranienberg, puis à Saxenhausen (matricule 57947), il mourut (disparu) le 11 février 1945.
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Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article111914, notice DUVAL Charles-Émile par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 19 septembre 2022.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat. F7/13091, F7/13109, rapport du 29 octobre 1927. — SHD Vincennes, GR 16 P 206283. — FMD. — Le Travailleur d’Eure-et-Loir, 1919-1922. — Le Communiste du Nord-Ouest, 17 mai 1924. — Le Travailleur (Loir-et-Cher, Loiret, Eure-et-Loir) 1928-1929. — Compte rendu des congrès. — Témoignage de P. Delanoue. — Note de Jacques Girault. — État civil de Louviers : pas de mention de décès.

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