EHRARD Eugénie

Par Jean Ehrard

Née le 8 mai 1890 à Dijon (Côte-d’Or), morte le 26 février 1980 à Saint-Martin-du-Var (Alpes-Maritimes) ; institutrice ; militante syndicalise de la FUE puis du SNI ; militante laïque ; conseillère municipale.

Portrait d’Eugénie Ehrard. 7 août 1941, Cliché Collin à Dijon

Eugénie Ehrard était la fille d’Émile, ajusteur-mécanicien devenu chef de train aux Chemins de fer de Provence, et de Marie-Marguerite, née Charchaude. Elle fut élève de l’École normale d’instituteurs de Draguignan entre 1905 et 1908.

Membre du syndicat des instituteurs dès sa formation, elle fut une des rares institutrices de Côte-d’Or à militer activement à la Fédération unitaire de l’enseignement. De 1926 à 1928, elle assuma la fonction de secrétaire du Groupe des jeunes. Elle enseigna jusqu’en 1941, date de sa mise à la retraite d’office.

Au printemps 1943, lorsque fut démantelé le réseau dijonnais de résistance qu’elle soutenait par une activité de porte-courrier, elle échappa de très peu à la Gestapo.

Réintégrée dans l’Éducation nationale à la Libération, elle refusa de reprendre à Dijon le poste de directrice de cours complémentaire, dont elle avait été chassée par Vichy, ne voulant pas nuire à la collègue qui l’y avait remplacé, n’ayant été en rien de son éviction. Elle accepta le poste de directrice d’un centre d’apprentissage féminin installé à 2 km de la petite commune viticole de Pernand-Vergelesse (Côte-d’Or). Dans ce village, elle retrouva un ancien résistant socialiste, Pavelot, qu’elle accepta d’accompagner, mais sans succès, sur une liste électorale à la première élection municipale d’après-guerre.

Pour sa retraite définitive, elle choisit de vivre dans la famille de son frère à Saint-Martin-du-Var (Alpes-Maritimes). Elle ne tarda pas à y fonder et y présider une Association des parents d’élèves et amis de l’école publique. Élue conseillère municipale puis adjointe dans une municipalité communiste, elle œuvra à la création d’un collège. Cependant, les autorités (rectorat et préfecture) qui avaient promis à la commune un établissement complet décidèrent, après l’ouverture de la sixième et de la cinquième, de donner pour la suite la préférence à un autre établissement prévu dans une ville nouvelle à une dizaine de km en aval, de l’autre côté du Var. Les enfants de Saint-Martin auraient donc à y délaisser des salles neuves et vides en s’imposant des trajets quotidiens inutiles : absurde, insupportable ! L’élue municipale décida de résister ; elle écrivit au préfet et au recteur que si les deux classes litigieuses n’étaient pas créées à la rentrée, comme promis, la RN 202 Nice-Digne, très fréquentée, serait traversée d’une barricade devant laquelle elle s’installerait personnellement ; elle précisa qu’à son âge (plus de 80 ans), elle ne craignait plus rien et sa mort accidentelle serait de peu d’importance, sauf pour la conscience des deux éminents destinataires de sa lettre. Les autorités cédèrent et la quatrième et la troisième furent créées au collège.

Eugénie Ehrard put s’éteindre paisiblement, en 1980, à 90 ans, célibataire. La municipalité voulut honorer sa mémoire et décida de donner son nom à l’école primaire de la commune. À la façade de celle-ci, une plaque la présente fièrement, comme École Eugénie-Ehrard.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article111998, notice EHRARD Eugénie par Jean Ehrard, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 9 mars 2021.

Par Jean Ehrard

Portrait d’Eugénie Ehrard. 7 août 1941, Cliché Collin à Dijon

SOURCES : Bulletin du syndicat des instituteurs de Côte-d’Or. — Dossier de l’École normale. — A.-M. Sohn, Féminisme et syndicalisme dans le Fédération unitaire de l’enseignement. — Lettre du 9 août 1972 à A.-M. Sohn. — État civil de Dijon, 11 septembre 1984.

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