ÉLIZÉ Raphaël

Né le 4 février 1891 au Lamentin (Martinique), mort en déportation le 9 février 1945 à Buchenwald (Allemagne) ; vétérinaire ; maire socialiste de Sablé-sur-Sarthe (Sarthe).

Originaire de Martinique, Raphaël Élizé grandit au sein d’une fratrie de huit enfants. Son père Augustin Élizé, fonctionnaire, était membre de la Franc-maçonnerie. La famille quitta son île après l’éruption de la Montagne Pelée en 1902, le père étant muté à Paris dans le cadre d’un plan d’aide aux sinistrés. Élève des lycées Montaigne, Saint-Louis et Buffon, Raphaël Élizé mena avec succès des études de vétérinaire à Lyon (Rhône), obtenant son diplôme en juillet 1914. Mobilisé au 36e régiment d’infanterie coloniale, comme soldat puis comme vétérinaire, il obtint la Croix de guerre. Il se maria en 1919 avec Caroline Hayot, d’origine martiniquaise comme lui. Le couple eut une fille, née en 1920 et morte en 1937.

Installé à Sablé-sur-Sarthe, Raphaël Élizé occupa diverses fonctions dans la vie locale (vice-président des Comices agricoles, administrateur de la Caisse d’épargne, président des Anciens combattants et de l’organisme des logements sociaux). Adhérent de la SFIO à partir de 1924, il conduisit la liste socialiste aux élections municipales de 1925 et fut élu conseiller municipal. Grâce à une alliance avec les radicaux, il fut élu maire de Sablé-sur-Sarthe en 1929. Il fut alors considéré comme le premier maire noir en métropole, subissant les attaques racistes de certains journaux d’extrême droite.

Élu actif, ayant contribué à diverses réalisations sociales et sanitaires dans sa commune (écoles, maternité, maison du peuple, cantine communale, etc.), il fut réélu en 1935. Cette même année, il retourna en Martinique pour la première fois, comme représentant de l’Association des maires de France. Il exprima alors sa position « assimilationniste égalitaire ».

Mobilisé en septembre 1939, Raphaël Élizé servit dans l’Aisne, avec le grade de capitaine, toujours dans sa spécialité de vétérinaire. Il ne put revenir dans sa ville qu’en juin 1940, après sa démobilisation. Les Allemands refusèrent de le laisser siéger comme maire en raison de sa couleur et il fut officiellement déchu de son mandat par le préfet de la Sarthe en mars 1941. Résistant dans le réseau Buckmaster, il fut arrêté en septembre 1943. Emprisonné à Angers (Maine-et-Loire) puis au camp de Royallieu (Oise), il fut déporté à Buchenwald en janvier 1944. Il mourut des suites de ses blessures, après le bombardement de l’usine d’armement du camp.

Son nom fut donné à une place de Sablé-sur-Sarthe, de même qu’au Mans (Sarthe).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article112029, notice ÉLIZÉ Raphaël, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 13 mars 2017.

SOURCES : La République sociale de l’Ouest, 20 mars 1930. — Association Passé simple, Raphaël Élizé (1891-1945), Éditions du Petit Pavé, 2010. — Philippe Barron, Le métis de la République, documentaire, Pois Chiche Films, 2013.

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