FAVE Marius, Marcel, Joseph, dit Marotte

Par Jacques Girault, Jean-Marie Guillon

Né le 26 octobre 1872 à Barjols (Var), exécuté le 27 juillet 1944 à Pontevès (Var) ; navigateur retraité ; communiste ; résistant.

Plaque Marius Fave, cimetière de Barjols
Plaque Marius Fave, cimetière de Barjols

Fils de cultivateurs, aîné de sept enfants, M. Fave fut, pendant la guerre de 1914-1918, affecté au Maroc. Il était coiffeur sur des paquebots des Messageries maritimes à Marseille sur la ligne d’Extrême-Orient. Aussi était-il indiqué comme « navigateur » ou comme « coiffeur » ou comme « propriétaire » selon les sources. Il était électeur à Barjols.

Membre de la SFIO, Fave adhéra au Parti communiste dès 1921. Il dut assurer certaines liaisons pour le compte du Parti en direction de l’Indochine et de la Chine. Il était un des premiers militants communistes de la section de Barjols.

Membre du Parti à Marseille, il assurait une présence communiste dans son village d’origine en participant aux réunions pour l’amnistie organisées par le Parti communiste et la Ligue des droits de l’Homme en 1921-1922. Dans le rapport pour le congrès fédéral communiste du Var, le 14 janvier 1923, il était indiqué que Fave avait refusé de quitter la franc-maçonnerie.

La section communiste de Barjols disparut ; la reconstitution, selon M. Mari, commença à la fin de 1925. Toutefois, en mars 1924, la présence active de Fave était signalée pendant une grève des ouvriers tanneurs. Il était d’autre part très lié avec le maire et conseiller général socialiste SFIO, Guérin*. Pendant dix années, toute trace d’activité communiste à Barjols échappa aux rapports préfectoraux.

Marius Fave se retira à Barjols au début des années 1930. Il participa à la réorganisation des communistes du canton. Lors de l’élection cantonale de 1934, il refusa d’être candidat dans le canton. Était-ce en raison de ses rapports avec Guérin ? Aussi fut-il présenté dans le canton de Tavernes. Il obtint le 7 octobre 1934, 83 voix sur 666 inscrits et son bulletin de vote indiquait qu’il était « paysan travailleur ». Le 6 octobre, Le Populaire du Var, hebdomadaire SFIO, appelait à voter pour lui.

Fave, « propriétaire », fut candidat sur la liste du « Bloc ouvrier et paysan » aux élections municipales de Barjols en 1935. Toutefois, Rouge-Midi, hebdomadaire communiste régional, ne mentionnait pas son nom ; il obtint 96 voix sur 626 inscrits, le 5 mai 1935.

À la suite de difficultés internes consécutives à la démission du maire Guérin, les douze conseillers municipaux socialistes SFIO démissionnèrent à la fin de 1937. Aux élections complémentaires du 30 janvier 1938, deux listes socialiste et communiste s’opposèrent et Fave arrivait en deuxième position sur la liste communiste avec 142 voix sur 594 inscrits. Les socialistes furent élus et démissionnèrent à nouveau puisque le maire Féraud refusait de tirer les conséquences de cette réélection. De nouvelles élections complémentaires furent organisées. Trois listes (socialiste SFIO, communiste et USR comprenant un patron tanneur) s’affrontèrent le 8 mai 1938. Fave, sur la « liste du Bloc ouvrier et paysan », obtenait personnellement 137 voix sur 601 inscrits. Le désistement communiste permit le plein succès de la liste socialiste SFIO.

Marius Fave était membre de la commission communale de statistiques agricoles. Il en démissionna en novembre 1941.

Remarié, veuf, Marius Fave fut l’un des premiers résistants communistes de la commune. Il fut perquisitionné le 10 décembre 1941. Membre d’un triangle communiste clandestin, il était aussi en relation avec le groupe d’Eugène Garcin, rattaché au réseau Monk du Special Operations Executive (SOE). Il fut arrêté le 13 juillet 1944 par les soldats allemands et leurs auxiliaires français du Parti populaire français (sur dénonciation de l’un d’eux qui avait travaillé aux tanneries de Barjols avant-guerre). Il avait dans son portefeuille un bon de solidarité avec la Résistance. Emprisonné à Brignoles (Var) avec cinq autres habitants de la commune, il fit partie du groupe d’otages que les Allemands conduisirent avec eux lors de l’attaque du maquis Battaglia des Francs-Tireurs et partisans (FTP) qui stationnait dans le massif du Bessillon, non loin de Barjols, le 27 juillet 1944. Les dix otages furent tous fusillés après avoir transporté des caisses de munitions.

Plusieurs monuments, stèles et plaques furent érigés après la Libération pour rendre hommage aux otages fusillés et aux maquisards abattus le 27 juillet : une stèle sur les lieux même du drame, un monument au bord de la RN 560, à La Genevrière, inauguré le 27 juillet 1945, une plaque au monument à Martin Bidouré, martyr de l’insurrection républicaine de 1851 à Barjols, posée le 13 juin 1946. Sur la tombe de Marius Fave, au cimetière de Barjols, une plaque porte l’inscription : "Ici repose Marius Fave fusillé lâchement par les Allemands et aidé par la Milice le 27 juillet 1944 à l’âge de 73 ans. Sa vie n’a jamais été celle d’un transfuge ni en syndicat ni en politique. Son idéal a été le marxisme".

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article112871, notice FAVE Marius, Marcel, Joseph, dit Marotte par Jacques Girault, Jean-Marie Guillon, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 26 mai 2022.

Par Jacques Girault, Jean-Marie Guillon

Plaque Marius Fave, cimetière de Barjols
Plaque Marius Fave, cimetière de Barjols

SOURCES : Arch. Nat. F7/13021. — Arch. Dép. Var, 2 M 3.52, 2 M 5.286, 2 M 7.35.1, 4 M 45, 4 M 49.4.1, 4 M 59.1, 18 M 87, 4 M 56.8, 3 Z 4.24. — Presse locale. — Sources orales : Messieurs M. Autran, M. Mari, Salvatico. — Renseignements fournis par J.-M. Guillon et par les neveux de l’intéressé.— Notes Jean-Marie Guillon.

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