FÉLICE Théodore de

Par C. Maillebouis

Né le 5 janvier 1904 au Chesnay (Yvelines), décédé le 29 avril 2005 au Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire), pasteur de l’Eglise Réformée, militant du parti socialiste genevois, secrétaire général par la Fédération Abolitionniste Internationale, député au parlement de Genève sur la liste du Parti du Travail, adhérent du parti communiste (PCF), auteur d’une thèse en linguistique et de nombreux ouvrages et études.

D’une famille protestante, Théodore de Félice fut candidat du Parti socialiste SFIO aux élections législatives du 26 avril 1936 dans l’arrondissement d’Yssingeaux (Haute-Loire). La tâche était difficile dans ce milieu hostile au socialisme. Il obtint cependant 1 795 voix sur 21 288 inscrits, 16 883 suffrages exprimés et la majorité absolue dans deux communes protestantes : Le Chambon et Le Mazet. Son ami Maurice Thiolas était élu dans la circonscription de Brioude.

Né le 5 janvier 1904 au Chesnay (Yvelines), décédé le 29 avril 2005 au Chambon-sur-Lignon .
Théodore de Félice est né dans une famille protestante à tendances sociales progressistes.
Son père, professeur, est tuberculeux. Au gré de ses affectations et de sa maladie, la famille De Félice réside dans différents lieux (Chartres, St-Raphaël, Arcachon, Alpes françaises et suisses…) et Théodore de Félice suit une instruction hors établissement scolaire. En 1916, suite au décès de son mari et pour préserver la santé vacillante de son fils, Mme De Félice décide de prendre une ferme au Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire).
En 1920, des conférences estivales le convainquent que l’Évangile doit être la force de rénovation sociale et morale dont la France a besoin. Il décide alors de se préparer au pastorat. En 1924, il intègre la faculté de Théologie de Strasbourg où il initie un syndicat : « l’Association des étudiants en théologie protestante » qui mena une grève revendicative. En 1926, il continue sa formation à la faculté de Paris où son professeur de théologie pratique, Wilfred Monod, lui fait connaître le marxisme. Sa thèse de théologie titrée : « Le protestantisme et la question sexuelle » suscite des appréciations contradictoires.
Pendant ses études, il se rapproche de la fédération protestante du Christianisme social, et assiste en 1926 au congrès national de ce mouvement sur la crise des églises rurales. Cette même année, il est le trésorier (et le benjamin) de la délégation française au congrès de l’Alliance universelle des Unions Chrétiennes de Jeunes Gens (UCJG) à Helsinki. A Pâques 1927, il épouse Odette Monnier (1900-1951), fille et petite-fille de pasteur, dont il aura trois enfants (Pierre, Micheline et Monique). Il commence alors à écrire dans différents journaux protestants proches du Christianisme social (L’Impartial protestant, L’Avant-garde, Le Christianisme social, etc.).
En 1929, il est réformé et peu après devient pasteur de l’Eglise Réformée à Mars (Ardèche) où il prépare la mise en place d’une caisse primaire protestante d’assurances sociales.
En 1930, il est appelé à Genève au siège central de l’Alliance universelle des UCJG. A partir de 1934, il assume bénévolement des responsabilités au Service Œcuménique de Presse et d’Information (SŒPI), et à la Commission Jeunesse portée par « l’Alliance universelle pour l’amitié internationale par les Églises » et le « Conseil œcuménique du Christianisme pratique ». C’est aussi l’époque où il adhère au groupe d’idée des socialistes-chrétiens locaux avant de devenir le président de la fédération romande de ce mouvement (1934) puis directeur de leur journal « les Voies nouvelles » (1937). Dès 1933, il milite au parti socialiste genevois dont il devient un membre influent. Lors de son interdiction en 1940, il continue son action dans la clandestinité.
Ses liens avec le Chambon-sur-Lignon ne sont pas pour autant distendus. En 1935, il y fonde une section SFIO et se présente aux élections législatives de 1936 sur la circonscription d’Yssingeaux.
Il passe en autodidacte sa licence de droit à Lyon (1939) puis un diplôme à l’Institut universitaire de Hautes Études Internationales à Genève. Il est alors embauché comme secrétaire général par la Fédération Abolitionniste Internationale qui lutte contre la réglementation administrative de la prostitution, et restera à ce poste jusqu’à sa retraite. A ce titre, il sera appelé par son beau-frère, André Monnier, ancien secrétaire d’André Philip et alors Préfet de la Savoie, pour appliquer ces idées sur ce département (1944-1945).

A partir de 1945, il est continuellement élu député au parlement de Genève sur la liste du Parti du Travail, proche du PCF, jusqu’à son départ de Genève en 1970. Président de son groupe parlementaire [1948-1970] il est l’auteur -parfois heureux- de nombreux projets de lois progressistes.
En 1960, il épouse Véronica Krüger avec laquelle il aura deux autres enfants (Alain et Pascal). Il divorce en 1968 et se remarie avec une militante communiste, membre de la CGT, Anne-Marie Schiess (1912-2001).
En 1970, il prend sa retraite au Chambon-sur-Lignon. Il adhère alors au PCF et devient secrétaire de la section locale.
C’est aussi le moment où il commence une thèse de linguistique qu’il passera en 1980, organise des émissions patoisantes sur une radio libre locale et réalise une compilation encyclopédique du patois de la zone protestante du Velay oriental.

Ses écrits militants furent très nombreux dans différents journaux et revues (L’Avant-Garde, Le Christianisme Social, La Revue Abolitioniste, Les Voies nouvelles, etc.), dont ne sont mentionnés ici que les écrits linguistiques les plus importants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article112969, notice FÉLICE Théodore de par C. Maillebouis, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 25 novembre 2018.

Par C. Maillebouis

Eléments de grammaire morphologique, Didier, Paris, 1950.
Eléments de grammaire du parler de l’enclave protestante du Velay oriental, Cercle occitan d’Auvergne, Clermont-Ferrand, 1973.
Sa thèse de doctorat sur le patois local (Saint-Etienne, 1980) est éditée sous le titre : Le patois de la zone d’implantation protestante du Nord-Est de la Haute-Loire, Champion-Slatkine, Paris-Genève, 1983.
Nouvelles recherches sur le patois de la zone d’implantation protestante du Nord-Est de la Haute-Loire, Champion-Slatkine, Paris-Genève, 1989.

SOURCES : Les Cahiers d’information du militant, n° 16, mai 1936. — Auguste Rivet, La vie politique dans le département de la Haute-Loire de 1815 à 1974, Le Puy, 1979, p. 532. — G. Lachapelle, Élections législatives, avril-mai 1936 .Sources familiales .— Entretiens avec Théodore de Félice.

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