JOSEPH Pierre

Par Justinien Raymond

Né le 20 juin 1870 à Chauny (Aisne), mort en 1954 à Dreux (Eure-et-Loir) ; ouvrier du livre, puis artisan imprimeur ; militant socialiste d’Eure-et-Loir.

Pierre Joseph quitta l’école primaire à l’âge de treize ans, muni du certificat d’études. Il reçut dans sa famille une éducation religieuse et une influence politique orientée à droite. De nombreuses lectures lui ouvrirent d’autres horizons et son service militaire marqua une rupture avec son passé.

Prote d’imprimerie à Dreux, il fut touché par la propagande du « Réveil social », groupe socialiste sans obédience précise d’abord et qui finit par s’affilier au POF. Conquis au guesdisme, Pierre Joseph s’en fit l’ardent propagateur à travers le département et s’adonna à l’organisation, à la vie intérieure de la fédération. Ses réunions publiques, ses conférences devant les groupes socialistes se comptèrent par centaines. Candidat ou non, il payait de sa personne dans les batailles électorales. En 1900, pour le conseil municipal de Dreux, en compagnie de deux autres socialistes, il recueillit 165 voix ; douze ans plus tard, il en obtint 506. Il était alors secrétaire de la fédération socialiste d’Eure-et-Loir et, en 1911, il l’avait représentée au congrès national de Saint-Quentin. En 1902, il avait été le principal lieutenant d’Alexandre Luquet, candidat du Parti socialiste de France aux élections législatives contre Maurice Viollette, au cours d’une campagne mouvementée. À une fédération socialiste agissant dans un milieu difficile, peu urbanisé, sans base prolétarienne, dominé par la grande propriété rurale tenant ferme des salariés dispersés, Pierre Joseph donna le moyen d’action permanent qu’est le journal. Licencié à la suite de la grève du Livre de 1908, il fonda une imprimerie et lança, le 25 avril, avec ses économies et celles de quelques camarades, Le Travailleur d’Eure-et-Loir. Ce premier journal socialiste du département vécut péniblement de concours bénévoles, animé par Pierre Joseph jusqu’à la guerre de 1914, puis reparut en 1919.

Au congrès fédéral qui précéda le congrès de Tours de décembre 1920, Pierre Joseph prit l’engagement de laisser le titre du journal à la majorité qui se dégagerait : par 14 mandats sur 18, elle fut en faveur de la IIIe Internationale. Resté dans la minorité fédérale et nationale avec la SFIO, il remplaça l’organe qu’il abandonnait par Le Populaire d’Eure-et-Loir et de l’Eure. Régulièrement candidat aux élections municipales de Dreux, il fut élu au scrutin de ballottage en 1929 par 804 voix, réélu en 1935 par 924, et en 1945. Il se présenta plusieurs fois au conseil d’arr., au conseil général et même au Sénat. En 1928, aux élections législatives dans la 1re circonscription de Chartres, il obtint 450 voix sur 15 655 inscrits et se désista pour le candidat radical-socialiste qui fut élu.

Arrêté sous l’occupation pour activité dans la résistance, Pierre Joseph reprit, à la Libération, la direction de son imprimerie et son action socialiste.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article114543, notice JOSEPH Pierre par Justinien Raymond, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 22 août 2013.

Par Justinien Raymond

SOURCES : Arch. Dép. Eure-et-Loir, série M. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes I, op. cit., pp. 268 à 270, passim. — Compte rendu du congrès national de la SFIO à Saint-Quentin (1911). — Le Populaire d’Eure-et-Loir.

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