JOUENNE Alice [née STEIN, Marie-Alice, dite]

Par Jean Gaumont, Gaston Prache

Née le 14 août 1873 à Chamagne (Vosges), morte le 10 janvier 1954 à Paris ; institutrice ; militante socialiste, syndicale et coopératrice.

Ses parents alsaciens étaient venus se fixer en France aussitôt après l’annexion de 1871. Après avoir fréquenté l’école primaire de son village, Alice Stein entra à l’École normale de Nancy, et en sortit première de sa promotion en 1890. Nommée institutrice à Badonviller, dans le canton de Baccarat (Meurthe-et-Moselle), elle y demeura plusieurs années, puis obtint un poste à Paris dans une pension privée. Mariée en 1904 à un militant socialiste et coopérateur, Victor Jouenne, qui la fit réintégrer dans l’enseignement public par le ministre Viviani, elle adopta les idées de son mari et devint adhérente de la coopérative « La Prolétarienne » du Ve arr., une petite société qui s’était fondée en 1902, d’abord établie rue Descartes, puis rue Mouffetard. C’est là que commença l’action militante d’Alice Jouenne, propagandiste et surtout éducatrice. En décembre 1908, Alice Jouenne s’attacha à l’éducation des femmes, sous l’égide de la Bourse des coopératives socialistes. Trois sections furent créées à Paris, autour des principales sociétés, et une assemblée générale, tenue le 23 janvier 1910, vota les statuts de la Ligue des femmes coopératrices, dont le siège fut fixé rue Fagon, auprès du secrétariat de la BCS. Une brochure d’Alice Jouenne, Les Femmes et la coopération, fut éditée en 1911. Avec le concours d’instituteurs coopérateurs, trente-deux groupes de pupilles s’organisèrent sous l’impulsion d’un comité d’entente dont elle fut l’animatrice.

Déléguée de « La Prolétarienne du Ve » au congrès national de la Coopération socialiste de Monthermé en 1909, elle y fut élue (11e sur 15) membre du conseil de la Bourse des coopératives. Au congrès de Calais en 1911, toujours déléguée, elle fut réélue en tête de liste au Comité confédéral. En 1912, au congrès de Paris, mandatée par la coopérative « Force ouvrière » de Neuilly, elle émit un vote d’abstention sur la question de l’unité coopérative mais après la réalisation de l’unité (décembre 1912), elle fut élue au conseil d’administration de la nouvelle Fédération nationale. Un secrétariat au comité d’éducation lui fut confié. En 1913, elle eut une part importante dans la fondation du journal d’enfants Les Petits Bonshommes où elle publia plusieurs études et des nouvelles. Pendant la guerre de 1914-1918, elle s’occupa activement d’organiser l’exode des petits Parisiens vers la province. Elle avait participé en janvier 1913 à la création du groupe des Femmes socialistes (SFIO) ; elle en fut élue secrétaire en décembre 1914 en remplacement de Louise Saumoneau. De tendance majoritaire, elle demeura secrétaire du groupe jusqu’en 1924. Louise Saumoneau lui succéda. Alice Jouenne avait adhéré à la Franc-maçonnerie (Loge mixte Le Droit Humain).

Après la guerre, Alice Jouenne n’eut aucune place dans la nouvelle organisation des institutions centrales du mouvement coopératif français. Mais elle continua à suivre de très près les travaux de ce mouvement, assista à de nombreux congrès, tenta une nouvelle fois de grouper les femmes coopératrices et fut appelée à siéger à la commission des œuvres sociales de l’Union des coopératives (sous-commission de propagande et d’éducation). Elle anima le Comité d’éducation constitué en janvier 1922 par la Fédération régionale parisienne et dont l’une des plus importantes réalisations fut la colonie de vacances « L’Enfance coopérative ». Alice Jouenne fit également partie de la commission nationale d’enseignement de la coopération. En 1924 et 1925, elle fut attaquée dans L’Ouvrière, journal du Parti communiste destiné aux femmes (cf. 11 décembre 1924 et 12 février 1925) ; on lui reprochait de souhaiter créer « une atmosphère de paix entre nations capitalistes ».

Lorsque fut créé, sous l’impulsion d’Albert Thomas, le « Comité des Loisirs », Alice Jouenne y fut associée. Éducatrice bénévole dans le mouvement coopératif, elle servit encore la coopération en organisant dans sa classe une coopérative scolaire. On lui confia la direction d’une école de plein air fondée à Paris par l’administration de l’enseignement public. « Chargée du service pédagogique et membre fondateur de l’Ecole municipale de plein air de Paris », elle écrivit en 1928 un livre intitulé Une expérience d’éducation nouvelle, l’école de plein air.

Atteinte par la limite d’âge, elle dut prendre sa retraite en 1933, mais en 1936, sous le ministère Blum, elle devint chef de cabinet de Suzanne Lacore* qui avait été nommée sous-secrétaire d’État à l’Enfance. Elle fut membre depuis sa création en 1937, du comité supérieur de l’Enfance, qui fonctionna jusqu’à l’occupation allemande. Après la guerre de 1939-1945, elle demeura au comité général de l’UDC de Paris.

Alice Jouenne a collaboré à plusieurs journaux et revues : Le Peuple, Le Coopérateur suisse, Coopération (Bâle), Le Coopérateur de France, Plus loin.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article114554, notice JOUENNE Alice [née STEIN, Marie-Alice, dite] par Jean Gaumont, Gaston Prache, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 24 septembre 2022.

Par Jean Gaumont, Gaston Prache

ŒUVRE : Les femmes et la coopération, 1911. — Une expérience d’éducation nouvelle, l’école de plein air, Paris, ed. Radot, 1928, p. 218, préface de Félix Brunet, conseiller municipal de Paris et vice président de la Chambre des députés. L’Enfance et la coopération (en collaboration avec A. Fauconnet), Paris, 1929.

SOURCES : Renseignements autobiographiques et correspondance avec J. Gaumont. — Le Coopérateur de France, 8 août 1953 — 23 janvier 1954 (chronique de la région parisienne), décembre 1973 : Une pionnière Alice Jouenne, par Claude Rivière. — Femme socialiste, 1925-1933. — J. Gaumont, Histoire de la coopération, op. cit., t. II. — Brizon et Poisson, La Coopération, op. cit.

ICONOGRAPHIE : Brizon et Poisson, op. cit., p. 319.

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