JULIEN Louis, Joseph [Bouches-du-Rhône]

Par Gérard Leidet

Né le 7 janvier 1885 à Peypin (Bouches-du-Rhône), mort le 17 juin 1963 à Marseille ; mineur ; militant syndicaliste CGTU, socialiste puis communiste ; maire de Peypin (1922-1941 puis 1945-1962).

Louis Julien
Louis Julien
exposant les revendications des mineurs CGTU au préfet.
Le Petit provençal, 24 mars 1935.

Louis Julien naquit à Peypin dans le quartier de l’Eglise quelques mois avant un autre militant socialiste devenu homme politique, Félix Gouin*, son concitoyen né dans le même village le 4 octobre 1884. Il était le fils de Louis Florian Julien, mineur, né en 1854 et de Magdeleine Mathilde Olivier, mère au foyer, née en 1856. Mineur lui-même, Louis Julien devint, en 1912, secrétaire du syndicat des mineurs du puits Armand (Valdonne) dans le bassin de lignite des Bouches-du-Rhône, non loin de sa commune natale. Il donna une grande impulsion à son syndicat et militait en même temps au Parti socialiste unifié (SFIO).

En mars 1912, l’ancienne Fédération départementale des mineurs des Bouches-du-Rhône fondée à Gardanne en 1903, affiliée à la tendance Basly* (le « vieux syndicat » réformiste par opposition au « jeune syndicat » révolutionnaire de Broutchoux* proche de la CGT) se transforma en Fédération départementale des ouvriers mineurs et similaires des Bouches-du-Rhône afin de mieux prendre en compte le personnel non-mineur, notamment les journaliers. Elle rassemblait alors quatre organisations syndicales dont le syndicat des mines de Valdonne présidé par Louis Julien depuis son siège de Peypin qui comprenait 300 adhérents. Par ailleurs, appartenaient à cette fédération le syndicat du puits Biver, dirigé par Etienne Magère et Siméon Buisson (250 adhérents) ; le syndicat des mineurs de Trets dirigé par Marius Joly*(100 adhérents) ; enfin celui de Castellane-Léonie, dont le siège se trouvait à Fuveau et qui était animé par Léon Curet et un nommé Baret (avec 480 adhérents ce syndicat était alors le plus puissant du département).

Après la Grande Guerre, Louis Julien fut élu maire de Peypin. Un rapport de police indique son élection le 11 juin 1921 ainsi que celle de sept autres édiles (sur douze) avec l’étiquette communiste, après la démission du maire sortant (1917-1922), Marius Bon, républicain- socialiste.

Les rivalités déjà anciennes entre les quatre syndicats du Bassin minier prirent une tournure encore plus conflictuelle au lendemain du congrès de Lille (1921) qui entérina la séparation de la CGT-Unitaire, animée par des militants communistes et des syndicalistes-révolutionnaires, de la CGT, « réformiste » proche de la SFIO. Dans la foulée de cette scission, Louis Julien délégué des mineurs de Valdonne bascula avec ses camarades du côté des « unitaires » tandis que les mineurs de Gardanne, Gréasque et Trets, respectivement représentés par Victor Savine*, Victorien Bossy et Marius Joly, demeurèrent à la CGT.

Tout au long des années 1920, Louis Julien chef de file des « unitaires » allait s’affronter régulièrement avec les « confédérés » sur les questions de salaires et de conditions de travail des mineurs. Le rapport de forces, longtemps favorable à la CGT (animée dans le bassin de Provence par Victor Savine) commença à évoluer avec la crise des années 1930. La CGTU gagna un nouveau bastion avec le délégué communiste Alfred Bousquet* qui réussit à s’imposer dans les puits de Meyreuil. En 1931, Louis Julien relaya le mot d’ordre de la CGTU de grève générale et illimitée à compter du 16 mars alors que la CGT avait programmé une grève de 24 heures pour le 30 mars (500 grévistes) ; les deux mouvements furent un échec.

Le retournement de tendances intervint lors des élections des délégués mineurs de janvier 1935. Louis Julien fut triomphalement réélu à Valdonne avec René Bénédetti ainsi qu’Alfred Bousquet et Hector Theyras à Meyreuil. Or les unitaires allaient non seulement conserver leurs fiefs traditionnels mais ils remportèrent également les élections de Fuveau-Gréasque avec Etienne Emmanuelli* et Etienne Sylva et surtout celles de Gardanne- Biver avec César Poucel et Jules Dagnan*. Pour la première fois, le rapport de forces entre unitaires et confédérés devenait favorable à la CGTU.

A l’image des célèbres marches de la faim organisées quelques mois plus tôt dans le Nord de la France, la CGTU programma pour le 23 mars 1935 une « marche de la faim des mineurs et chômeurs du Bassin minier des Bouches-du-Rhône » en direction de Marseille. Le matin du 23 mars, 500 mineurs environ-dont certains militants de la CGT pourtant hostile au projet- se retrouvèrent sur le cours Beaumont à Aubagne, prêts à rejoindre Marseille. Arrivés à Marseille « aux accents de l’Internationale », accompagnés par l’Harmonie de Cadolive fréquentée alors par de nombreux musiciens-mineurs, les manifestants envoyèrent une délégation composée de représentants du syndicat unitaire et de la plupart des élus du bassin minier. Louis Julien leader de la délégation représentait le village de Peypin ; il était en compagnie de Deleuil (Mimet), Ami (Saint-Savournin), Moustier* (Gréasque), Négrel (la Bouilladisse), Laget (Cadolive), Négrel (La Destrousse). Ces derniers reçus par le préfet Caussorgues, ce fut Louis Julien qui remit au représentant de l’Etat un cahier de revendications comprenant les huit points suivants :

- allocation pour chaque journée et dès le premier jour de chômage ; création d’un fonds national de chômage.

- crédits accordés aux municipalités pour l’ouverture de travaux sur les chemins et les routes du bassin.

- motion contre toute fermeture de nouveaux puits.

- motion contre tout renvoi de mineurs émigrés.

- journée de 7 heures, semaine de 40 heures, sans diminution de salaires.

- vote d’une loi faisant entrer en compte les journées chômées dans le calcul du temps nécessaire à la retraite.

- versement patronal aux caisses de secours pour les journées chômées comme pour les autres.

- subvention de l’Etat pour renflouer les caisses en déficit.

Ce temps fort du mouvement social n’eut pas d’avantage de résultats concrets que ceux entrepris précédemment par la CGT et la CGTU, mais il marqua les esprits et favorisa la réunification syndicale. En effet dès le 27 octobre 1935, CGT et CGTU de Biver-Gardanne fusionnèrent ; un mouvement analogue se produisit à Meyreuil début novembre et à Gréasque le 1er décembre, autant d’initiatives unitaires auquel Louis Julien participa. Le congrès départemental de fusion eut lieu les 4 et 5 janvier 1936, quelques semaines avant le congrès national d’Albi où furent actées les « retrouvailles nationales » du mouvement syndical.

Entre 1921 et 1935, Louis Julien fut constamment réélu ; il était toujours maire en 1940 lorsqu’il fit l’objet d’une enquête en raison de son appartenance au Parti communiste. Le maire de Gardanne, Victor Savine, intercéda en sa faveur auprès du président du conseil général, Léon Bon*, en lui affirmant, dans une lettre datée du 22 janvier 1940, que Louis Julien avait répudié le Pacte germano-soviétique le 18 septembre 1939. Le préfet lui répondit le 1er février suivant que Julien « était considéré comme républicain-socialiste ».

Après la « Délégation spéciale » de la période 1941-1945, Louis Julien fut réélu en mai 1945, il conserva son fauteuil de maire jusqu’en 1962.

L’ancien « Cours » de Peypin, a été rebaptisé "Place Louis Julien".

En 1925, un certain Julien (Louis ?) était secrétaire du rayon communiste de Gardanne (Bouches-du-Rhône). Il était notamment chargé de la propagande auprès de la main d’œuvre nord-africaine dans le bassin minier de Cadolive. S’agit-il de Louis Julien ou d’Antoine Julien, alors maire de Cadolive ? (Olivesi).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article114600, notice JULIEN Louis, Joseph [Bouches-du-Rhône] par Gérard Leidet, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 19 novembre 2021.

Par Gérard Leidet

Louis Julien
Louis Julien
exposant les revendications des mineurs CGTU au préfet.
Le Petit provençal, 24 mars 1935.

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, rapport du 29 mars 1912, VM 2/255, M 5/10823, XIV M 25/46. — Renseignements fournis par la mairie de Peypin. - Xavier Daumalin, « Essor et divisions du syndicalisme minier (1880-1946) » in Gueules noires de Provence, le bassin minier des Bouches-du-Rhône (1744-2003), ed Jeanne Lafitte 2005. - AD BDR, 1M 960, Rapport de l’ingénieur en chef au préfet, 26 mars 1912  ; AD BDR, 1M 906, Lettre du Préfet au Président du conseil, 27 mars 1935. - Pio G, Mines et mineurs de Provence, Aix en Provence, ed Clair-Obscur, 1984, pp 132-133 et p. 142. – L’Humanité, 22 mars 1935. – Notice Louis Julien dans le DBMOF, par Antoine Olivesi.

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