JUST Claude

Par Michel Dreyfus, René Lemarquis, Justinien Raymond

Né en 1888, mort en 1956 ; tailleur ; militant au Syndicat unitaire des Travailleurs de l’habillement ; membre de la SFIO et animateur de la tendance Action socialiste au sein de la SFIO de 1930 à 1934 ; rompt avec le PS en 1947 ; dirigeant de l’ASR puis membre du PCI.

Claude Just milita d’abord, en 1919, au Syndicat général des Travailleurs de l’habillement de la Seine (CGT qui passera à la CGTU deux ans plus tard). Il entra cette année-là en conflit avec la direction syndicale au lendemain d’une grève de la confection. Il aurait alors selon un rapport ultérieur de Millerat (secrétaire du Syndicat) abandonné son organisation “ pour se vendre au patronat ” en acceptant de prendre une Direction dans des ateliers de fabrication où il s’était opposé aux ouvriers de “ La belle Jardinière ”. Il se serait de plus rendu à Londres auprès de Krassine pour faire du commerce avec la Russie ce qui lui aurait rapporté un intérêt sur le chiffre d’affaires. Claude Just dont le Syndicat avait alors enregistré “ une démission de fait ” (non exclu) obtint en 1923 par un vote de la Section confection sa réadmission sans en avoir informé le Conseil central du Syndicat. Mais une autre crise eut lieu en janvier 1924 suite aux “ conceptions des anarchistes ” du Syndicat unitaire où Just militait. Après une réunion agitée à La Grange-aux-Belles la minorité du Syndicat mena campagne contre le Parti communiste et se constitua le 26 janvier en groupement autonome. Un appel parut ce jour-là dans Le Libertaire, signé, entre autres, par Pecastaing (auquel il fallait s’adresser), Claude et Léontine Just, Louis Marion, Brodart, Claudine Lemoine...Les signataires déclaraient que : “ la CGTU apparaissait comme soumise aux directives du PC ” et ne convenait plus à ceux qui ont fait leur doctrine de l’indépendance absolue du syndicalisme. En réponse une Assemblée générale du Syndicat unitaire réunie le 26 février demandait aux signataires de se désolidariser de l’Appel du 26 janvier et, en l’absence, de réponse prononçait leur exclusion globale.

Just, exclu, rentra comme directeur aux ateliers de fabrication de la Maison St Germain des Prés située rue Duhesme mais il eut vite des démêlés avec les anarchistes dont Brodart. Ces derniers déclenchèrent une grève de solidarité à la suite du renvoi de deux ouvriers. Le libertaire du 27 juin 1924, sous la signature de Pécastaing, publia un article virulent intitulé “ Tristes individus ” dans lequel Claude Just, désigné comme “ Directeur de ce bagne ” (l’atelier de confection), serait allé “ quérir les flics ” qui frappèrent les grévistes. Or c’est trois années plus tard, le 7 mars 1927, que ces épisodes de 1924 furent relatés par Millerat, secrétaire du Syndicat unitaire de l’habillement dans une lettre adressé à Maizières, secrétaire de la Région parisienne du PC. Il semble que Claude Just s’était alors rapproché du Parti communiste au point d’y adhérer puisque Millerat déclarait : “ voilà donc ce qu’est le nouveau venu au Parti...au Parti de juger ”. Il précisait que Just n’appartenait à aucune organisation syndicale et qu’il était “ incapable de tenir un poste aux Mal Lotis ”. Just qui fut sans doute refusé au PC rentra alors à la SFIO.

Tailleur d’habits, rue des Rosiers, dans le quartier parisien du Marais, Claude Just habitait dans une loge de concierge tenue par sa femme. Militant de la SFIO entre les deux guerres, son physique lui donnait l’allure d’un révolutionnaire romantique : maigre et hiératique, il portait toujours une lavallière opulente.

À partir de 1930, Claude Just appartint à la tendance de la SFIO, l’Action socialiste, qui publia un journal sous ce titre. En 1931, l’Action socialiste se prononça pour une révision fondamentale de la politique socialiste à l’égard de l’Union soviétique dans un manifeste signé par Alleaume*, Anglade*, Breant*, Just*, Mallarte*, Poupy*. Claude Just fut aussi l’un des animateurs du Comité d’action socialiste révolutionnaire (CASR) qui s’était exprimé dans L’Étincelle socialiste, publiée par Maurin* de 1925 à 1932, et qui avait une certaine audience dans la Fédération de la Seine. Après l’exclusion de Maurice Maurin* et d’autres animateurs de l’Action socialiste, Claude Just fit figure de leader d’extrême gauche de la SFIO comme porte-parole dans les congrès, dans la tribune libre du Populaire, du Comité d’action socialiste révolutionnaire.

Fervent partisan de l’unité d’action avec le Parti communiste, Claude Just proposa au congrès de Toulouse de la SFIO en mai 1934 d’envoyer à Moscou une délégation chargée de négocier avec l’Internationale communiste un accord avec le Parti communiste en France. Les dirigeants de l’autre tendance de gauche, la Bataille socialiste, animée par Jean Zyromski*, n’intervinrent pas dans le débat. Cette motion fut repoussée par 2 324 voix contre 1 309. La motion de politique générale proposée par Claude Just en faveur « de la formation du front unique prolétarien sur une base révolutionnaire » fut repoussée par 237 voix contre 3 600 voix pour la motion présentée par Léon Blum*.

C’est également en cette année 1934 que Trotsky, qui poussait ses partisans de la Ligue communiste à entrer dans la SFIO, mit certains de ses espoirs sur Claude Just — il le cite plusieurs fois.

Le 27 juillet 1934, Claude Just fut l’un des signataires du pacte qui scellait l’unité d’action entre la SFIO et le Parti communiste.

En 1936, dans le Ier arrondissement de Paris, candidat socialiste aux élections législatives il obtint 329 voix (3 % des 10 724 inscrits) sur 9 580 votants ; comme le candidat du Parti communiste, Souillard*, il se désista pour le candidat de gauche sans empêcher l’élection du candidat de la droite, Taittinger. En 1935, aux élections municipales dans le XIe arrondissement (2e circonscription du quartier de la Roquette), Claude Just, candidat du Parti socialiste, avait rassemblé 407 suffrages sur 8 711 inscrits.

En 1938, Claude Just était permanent du Parti socialiste SFIO, délégué à la propagande pour les Groupes socialistes d’entreprises et conserva cette fonction jusqu’en 1939.

À la déclaration de guerre, il obtint une place dans un atelier de confection pour hommes, puis, après juin 1940, il recommença à travailler à son compte, à domicile. Vers la fin 1943, il fut contacté par les militants qui reconstituaient clandestinement le Parti socialiste. Après la guerre, il milita à la gauche de la SFIO jusqu’en juin 1947 et soutint les Jeunesses socialistes dont les responsables avaient été exclus par la direction du parti. Exclu lui-même avec Yves Dechézelles* et quelques autres, il entra dans le groupe Action socialiste révolutionnaire formé lors du congrès socialiste de Lyon d’août 1947. Lorsque, l’année suivante, l’ASR participa à la formation du Rassemblement démocratique révolutionnaire, Claude Just rejoignit le Parti communiste internationaliste (trotskyste).

Son fils Stéphane Just fut un dirigeant de premier plan du courant trotskyste lambertiste.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article114611, notice JUST Claude par Michel Dreyfus, René Lemarquis, Justinien Raymond, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 5 août 2021.

Par Michel Dreyfus, René Lemarquis, Justinien Raymond

SOURCES : L’Étincelle socialiste, passim. — Action socialiste « À tous les militants du Parti SFIO » (1931), Dossier Locquin, Fol. D 8 Rés, Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, Nanterre. — J. L. Humbert, Les tendances à l’intérieur du Parti socialiste, DES, op. cit. — Jean Rabaut, Tout est possible, les gauchistes français, op. cit. — L. Trotsky, œuvres, tome 4 et 5, présentés par Pierre Broué et Michel Dreyfus. — Georges Lefranc, Histoire du Front populaire, op. cit. — Le Populaire, 27 avril 1936. — Le Temps, 7 mai 1935. — Informations internationales, n° 5, 20 juin 1934. — Renseignements fournis par son fils, Stéphane Just. — RGASPI, 495.270.7896 : lettres de Millerat à Maizières et de Bolze à Gitton.—Jean-Jacques Ayme : Jeunesse Socialiste 1944-48. Ed. Amalthée 2008.—Journal La Brigade, juin 1950. — Alexandre Mallarte, L’action socialiste, Master 2, Université de Bourgogne, 2016.

ICONOGRAPHIE : L. Trotsky, œuvres, tome 5, p. 118.

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