JANVION Émile

Par Jean Maitron

Militant anarcho-syndicaliste puis adepte de l’« Action française », dont la mort fut annoncée par le Libertaire du 5 août 1927.

Employé municipal, révoqué en 1907, Clemenceau étant président du Conseil et ministre de l’Intérieur, Janvion se montra polémiste incisif et pamphlétaire ardent. Francis Jourdain*, qui l’a bien connu, en a laissé un portrait moins défavorable qu’on aurait pu s’y attendre. « Janvion, écrit-il, se vantait de bien mériter son surnom de Pisse-Vinaigre et je crois bien qu’il se l’était donné lui-même. Je l’ai toujours supposé plus sensible qu’il ne le montrait, et moins méchant qu’il ne le laissait dire, capable de dévouement, et assez amical pour souffrir des manquements dont, à tort ou à raison, il accusait certains de s’être rendus coupables vis-à-vis de lui » (Sans remords ni rancune, Souvenirs, p. 17).

Désireux de mettre en pratique de nouvelles méthodes pédagogiques, Janvion s’associa à Degalvès pour constituer, en juin 1897, une Ligue d’enseignement libertaire, et ils éditèrent à cette occasion une brochure La Liberté par l’enseignement. Ils espéraient reprendre « les plans éducatifs si bien tracés et si bien exécutés par Robin » (Le Libertaire, 3-9 juillet 1898). Mais il fallait beaucoup d’argent ; aussi lancèrent-ils une souscription pour ouvrir une École libertaire. Des hommes de lettres, Zola, Mirbeau, Barrès, versèrent leur obole, mais, les fonds réunis étant insuffisants, Janvion et Degalvès se bornèrent à organiser des « vacances libertaires » pour dix-neuf garçons et filles à Pontorson (Manche) en août 1898. Degalvès ayant giflé un des enfants, il se trouva en conflit avec Janvion, ce qui compromit le succès de l’expérience. En 1899-1900 cependant, des cours furent organisés aux Sociétés savantes, mais ils durent cesser faute de crédits.

En 1900, des anarchistes tentèrent d’organiser un congrès antiparlementaire. Janvion élabora un rapport intitulé « De l’attitude des anarchistes pendant l’affaire Dreyfus ». Il disait son désaccord avec l’indifférence manifestée par certains comme avec le style de l’intervention de certains autres et il critiquait « les purs accents de ce lyrisme républicain » qui furent, selon lui, ceux de Sébastien Faure dans le Journal du Peuple et, d’une façon générale, le « style de nourrice sentimentale » qui avait été en l’occurrence celui des compagnons.

En vue de ce même congrès, toujours préoccupé d’enseignement, il rédigea un rapport sur l’enseignement intégral, attaquant programmes, discipline, classement et se prononçant pour un enseignement intégral, rationnel et mixte qui « tendra au développement eurythmique de l’être tout entier ».

En décembre 1902, partisan de la suppression des armées, il apporta son concours à la fondation de la Ligue antimilitariste et, deux ans plus tard, prit part au congrès d’Amsterdam qui donna naissance à l’Association Internationale Antimilitariste (AIA).

Syndicaliste, fondateur en 1899 du premier syndicat des employés de préfecture, Janvion fut délégué au XVe congrès national corporatif — 9e de la CGT — tenu à Amiens en octobre 1906, puis au XVIe, Marseille, en octobre 1908. Il déclara à ce dernier congrès, à propos de l’antimilitarisme : « Il s’agit de savoir si le prolétariat va se prononcer, oui ou non, contre l’armée, couverture du capitalisme, contre la patrie qui n’est qu’un terrain de tant de km2 à tant le m2 !...

« En temps de guerre, la classe ouvrière ne pourra défendre cette patrie que si son sol est nationalisé au profit de tous et si elle est la patrie de la Révolution dont le but sera de remettre aux producteurs les instruments de production et de consommation » — cf. c. rendu, p. 195.

Très tôt, Janvion fut antisémite. Dans Terre libre, en 1909, il se montrait hostile non seulement aux capitalistes juifs, mais aux ouvriers juifs eux-mêmes. Il sympathisa par la suite avec les royalistes de l’Action française et mourut « muni des sacrements de l’Église ». Il était toutefois demeuré abonné à l’En Dehors d’Armand (cf. L’Unique, juillet-août 1955).

Le dirigeant royaliste Maurice Pujo lui consacra un article dans l’Action française du 22 juillet 1927 sous le titre « Un révolutionnaire de la race de Péguy ». Janvion fut inhumé au cimetière de Bagneux.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article114705, notice JANVION Émile par Jean Maitron, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 22 février 2019.

Par Jean Maitron

ŒUVRE : Presse : l’Ennemi du Peuple, fondé par Janvion, n° 1, 1er août 1903. Le journal paraissait encore un an plus tard (collection incomplète à la Bibl. Nat. Lc 2/6 131). — Collaboration à La Guerre sociale, n° 1, 18 décembre 1907. — Rédacteur en chef de Terre libre, n° 1, 15 novembre 1909.
_ Brochures : Le Dogme et la Science, Paris, 1897, 60 p., Bibl. Nat. 8° R 16 605. — Du Syndicat des fonctionnaires, Paris, s.d. (1907) : recueil d’articles parus dans la Voix du Peuple, 32 p. — L’École, antichambre de caserne et de sacristie, 32 p., 1902, chez l’auteur ; autre édition à la Guerre sociale, 1907 ; publication n° 8 de la colonie communiste d’Aiglemont janvier 1908 (Bibl. Nat. 8° R 22 482). — La Franc-maçonnerie et la classe ouvrière, conférence donnée le 3 avril 1910 à l’hôtel des sociétés savantes, imprimerie spéciale de « Terre libre », 1912, 32 p.

SOURCES : Arch. Nat., F7/13 613, rapport du 28 août 1915. — Jean Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste..., op. cit.

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