KÉRAUTRET Pierre, Marie

Par René Gaudy et Claude Pennetier

Né le 11 mai 1899 à Saint-Pierre-Quilbignon (Finistère), mort le 11 janvier 1967 à Romainville (Seine) ; forgeron à la Compagnie du gaz de Paris ; syndicaliste et communiste du Gaz de Paris, membre du bureau (1930-1933) puis secrétaire général du syndicat CGTU du Gaz de Paris (1933-1935), membre du bureau du syndicat réunifié (1936-1939) ; membre du conseil d’administration de Gaz de France (1946-1947) ; maire de Romainville de 1935 à 1966.

Issu d’une famille ouvrière — son père, d’abord ouvrier au port, travailla ensuite pendant vingt-cinq ans à l’Arsenal de Brest — Pierre Kérautret vint habiter Romainville (Seine) vers 1928. Il s’y remaria le 17 août 1929 avec Marcelle Donny et vécut dans un pavillon. Son frère aîné, François Kérautret, ouvrier tapissier, fut un actif militant communiste du Finistère ; un autre frère était mort des suites d’une maladie contractée pendant la Première Guerre mondiale.

Forgeron à la Sécurité du Compagnie du gaz de Paris, usine de la Villette (XIXe arr.), Kérautret fut parmi ceux qui luttèrent contre la tendance « minoritaire » au sein de la CGTU qui dirigeait le syndicat ; il siégea dans le bureau « majoritaire » qui prit la direction du syndicat le 20 mai 1930 (avec Arthur Bardot, Corentin Cariou*, Max Dupuy*, Raymond Fonfride*, Alfred Lahaye*, Rouby et Vincent). Le 26 avril 1933, il fut élu secrétaire général (le secrétaire administratif étant Louis Ver*, les secrétaires adjoints Bardot, Bondin et Corentin Cariou*) ; il resta à ce poste jusqu’à la réunification. C’est lui qui accompagna Marcel Paul* au XIIIe congrès de la Fédération CGT (confédérée) de l’Éclairage, réuni à Pau où Marcel Paul* prit la parole pour exposer le point de vue de la CGTU sur l’unité. Le 16 février 1935, il fut révoqué du Gaz de Paris avec tout le bureau syndical (Louis Ver*, Corentin Cariou*, Gligny, Alfred Lahaye*, Busserolles et Max Dupuy*) pour avoir fait apposer sur les murs de Paris une affiche dénonçant les profits de la société. Personne ou presque ne vit cette affiche, car la direction la fit recouvrir par une autre qui proclamait anonymement « Qui a fumé fumera », message au dessein obscur. L’affaire fit grand bruit et, après une intense bataille d’opinion, les sept révoqués furent réintégrés le 17 juillet 1935. Kérautret fut élu trésorier adjoint du syndicat réunifié avec André Wintermantel*, ex-confédéré, le 21 février 1936 et, juste après, fut délégué au congrès fédéral d’unité à Toulouse. Il y intervint à la deuxième séance, le 28 février après-midi, pour soutenir la position des ex-unitaires qui demandaient qu’il y ait trois secrétaires fédéraux permanents et non deux ; le lendemain, à la troisième séance, il demanda, avec ses camarades ex-CGTU que l’élection du comité fédéral ait lieu à la proportionnelle (demande repoussée). Il ne fut pas élu au comité fédéral (93 voix contre 136 au dernier élu), de même qu’Émile Pasquier* : les ex-confédérés avaient massivement rayé leurs noms. Il eut cependant l’honneur d’être le dernier intervenant après le discours de clôture de Jean Morel*. Il conclut le congrès par ces mots : « Pendant cette malheureuse période de la scission, les Fédérations confédérée et unitaire, par les méthodes qu’elles ont cru les meilleures, ont bien travaillé, malgré la dispersion de leurs efforts. Aujourd’hui, elles disparaissent, et nous nous réjouissons tous. Elles sont mortes à jamais en donnant naissance à la Fédération réunifiée que chacun servira de toutes ses forces. » En mai 1938, au sein du bureau de son syndicat, il fut élu délégué à la propagande. L’année suivante, il était à nouveau trésorier adjoint.

Communiste, membre de la section de Bobigny et de la Région Paris-Est, il s’était présenté lors des élections partielles de juillet 1934, à Romainville, provoquées par la démission du maire radical Victor Dargent, compromis dans l’affaire Stavisky. Le 29 juillet, il entra au conseil municipal avec trois autres communistes (Roger Guillon*, Raymond Kieffer* et Gaston Roger*). En mai 1935, il conduisit la liste communiste qui fut élue au second tour face à la liste socialiste SFIO de Georges Fenouil*, à celle de concentration républicaine et radicale du Docteur Rameau et à celle républicaine et socialiste de Pueyo. Pendant quatre ans, il s’appliqua à redresser les finances communales.

Ne faisant état d’aucun désaveu de la politique du Parti communiste au moment du Pacte germano-soviétique, Pierre Kérautret fut interné au camp de Baillet, commune de Montsoult (Seine-et-Oise), le 19 décembre 1939 et licencié de la Compagnie du gaz. Par une longue lettre datée du 8 janvier 1941, il demanda au préfet de la Seine de revenir sur les décisions le touchant au plan municipal (sa suspension), personnel (internement) et professionnel. Sans évoquer la politique du Parti communiste, il dressait un tableau de quatre ans d’administration communale, en insistant sur le bon fonctionnement des services depuis la déclaration de guerre. Le conseil de préfecture le déchut de son mandat pour appartenance au Parti communiste le 15 février 1940 ; il séjournait alors à la ferme Saint-Benoît, camp d’internement du dépôt d’infanterie. Il s’évada du camp d’internement de Prémol (Isère) le 28 août 1940, avec Raymond Kieffer* et Georges Blache* puis rejoignit la Résistance. Il fut un temps, début 1941, membre du triangle de direction du Parti communiste clandestin (organisation, propagande) avec Roger Linet* et Jean Chaumeil*. Le 1er juillet 1944, Pierre Kérautret, alias « Richard », alias « l’Aspi », fut arrêté à Saint-Brieuc et subit les interrogatoires musclés de la Gestapo. Il fut condamné aux travaux forcés en Allemagne et transféré à Rennes le 9 juillet 1944 puis dirigé vers l’Allemagne le 17 juillet. Il profita du bombardement du train par les Alliés pour s’enfuir avec une centaine de prisonniers.

Le Comité local de Libération présidé par Alphonse Tessier* laissa place, le 21 septembre 1944, à un conseil municipal provisoire avec à la première magistrature Kérautret. À la Libération, Kérautret fut président de la délégation spéciale (conseil municipal provisoire) nommée par l’arrêté préfectoral du 27 octobre 1944. Il retrouva son fauteuil de maire en 1945, 1947, 1953, 1959, 1965 et fut également conseiller général de la Seine dès 1945 et jusqu’en 1967. Président du syndicat des communes de la banlieue pour le Gaz, il fut nommé administrateur de Gaz de France, après le vote de la nationalisation en 1946, au titre de représentant des consommateurs. Maire honoraire depuis 1966, président de l’Office d’HLM (1954-1967), il s’éteignit au terme d’une longue maladie le 11 janvier 1967.

En 1982, l’avenue de Brazza à Romainville prit le nom de Pierre Kérautret.

Pierre Kérautret était père de deux enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article114755, notice KÉRAUTRET Pierre, Marie par René Gaudy et Claude Pennetier, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 4 avril 2017.

Par René Gaudy et Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Dép. Seine DM3 ; versement 10451/76/1 et 10441/64/2 n° 23 ; listes électorales et nominatives. — Arch. PPo. 101. — Arch. FNE-CGT. — Les Gaziers de Paris, 1929-1935. — Le Gazier de Paris, 1936-1939. — Éclairage et Force motrice, 1936. — Journal de Saint-Denis, 8 août 1936. — L’Information municipale, n° 12, déc. 1937. — L’Humanité, 12 janvier 1967. — R. Gaudy, Les porteurs d’énergie, Paris, Temps actuels, 1982. — État civil de Saint-Pierre-Quilbignon et de Romainville. — Renseignements recueillis par Michèle Rault et Nathalie Viet-Depaule. — Guy Auzolles, Albert Giry, Femmes et hommes de Romainville. De la Résistance à la Libération, Romainville, 2000.

ICONOGRAPHIE : R. Gaudy, Les porteurs... , pp. 91 et 93. — Guy Auzolles, Albert Giry, Femmes et hommes de Romainville. De la Résistance à la Libération, Romainville, 2000.

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