KIEFFER Raymond

Par Claude Pennetier

Né le 16 juin 1909 à Paris (XIIe arr.), mort le 29 décembre 1986 à Romainville (Seine) ; ébéniste puis téléphoniste à la Ville de Montreuil-sous-Bois (Seine) ; maire adjoint communiste de Romainville ; membre du triangle de direction de la région parisienne à l’automne 1942.

Le père de Raymond Kieffer (Georges, né en 1881 à Paris XIIe arr.) fut vernisseur puis cantonnier ; il adhéra au Parti communiste en 1935. Il était venu s’installer à Romainville avant la Première Guerre mondiale. Raymond Kieffer quitta l’école communale à treize ans, sans la CEP, et devint apprenti ébéniste. Il quitta cette profession en 1929, suite à la grève du bois pendant laquelle il avait voulu faire débrayer la maison Kieffer (aucun rapport avec sa famille) où il travaillait. Il se fit ensuite embaucher chez Paquette, à Bagnolet, comme manœuvre, tomba malade pendant cinq mois, puis fut permanent du mouvement des enfants d’avril à septembre 1930 : il avait formé un groupe à Romainville, puis avait essaimé dans les communes voisines, avant de prendre des responsabilités nationales aux côtés de Radiguet. Chômeur jusqu’en mai 1931, il travailla comme balayeur dans la métro puis fut à nouveau chômeur de mai 1935 à 1936. Son recrutement comme standardiste à la mairie de Montreuil-sous-Bois fut un soulagement.

Il avait adhéré aux Jeunesses communistes en 1927 et au Parti communiste en juin 1928. Son frère aîné, Georges Kieffer* était militant communiste de Bondy.

Devenu un membre actif de la Région Paris-Est, Raymond Kieffer aurait été chargé d’assurer la liaison avec les communistes italiens de la commune. Il milita surtout à la section locale du Secours rouge puis du Secours populaire. Robert Beck évoque son nom dans son autobiographie de 1933 : « Je vins à Romanville (...) J’ai eu de suite l’occasion de participer à la discussion sur le groupe et l’esprit du groupe. Il existait de la part de Kieffer, membre du comité de rayon, une tendance à la critique sectaire du sectarisme. » Il décrit un conflit très vif avec Kieffer, secrétaire du rayon qui quitta finalement le rayon pour diriger une cellule d’entreprise au Métro, où il travaillait. Bien que ce travail ne figure pas dans les autres sources, on peut penser qu’il s’agit bien du même Kieffer, à moins qu’il soit question de son frère Georges.

Marié le 15 avril 1933 dans la commune avec Pauline Bohn, échantillonneuse, il vivait au recensement de 1936 avec sa femme et ses deux filles, nées en 1934 et 1936.

Le 29 juillet 1934, lors d’élections partielles provoquées par la démission du maire radical Victor Dargent compromis dans l’affaire Stavisky, il entra au conseil municipal de Romainville avec trois autres communistes : Roger Guillon, Pierre Kérautret et Gaston Roger. Il conserva son siège le 12 mai 1935 en cinquième position (sur 27) sur la liste conduite par Kérautret. L’assemblée municipale l’élut premier adjoint et délégué sénatorial en 1935 et 1938.

Secrétaire du rayon en 1937, Kieffer devint secrétaire général de la section de Romainville en 1938. Il écrivait des articles dans La Voix de l’Est. La commission des cadres porta un jugement sévère sur sa première autobiographie : elle notait vers 1933, « très faible politiquement, ne sais pas travailler » ; son aubiographie de novembre 1937 était notée « A », mais sans incitation à le pousser vers une école centrale. Il suivit une école régionale en janvier 1938..

Après la signature du Pacte germano-soviétique, il continua clandestinement son action politique. La préfecture de la Seine le fit interner administrativement le 19 décembre 1939 et le déchut de son mandat le 15 février 1940.

Interné à Bailly, Saint-Benoît, Bourglastic, Villard, Prémol, il s’évada en compagnie de Pierre Kérautret et Georges Blache* le 28 août 1940 et participa à la vie du Parti communiste clandestin en région parisienne. Après une série de filatures (qui lui échappèrent), il fut arrêté par les brigades spéciales le 14 octobre 1942 en même temps que trente-deux (ou trente-huit dont trente-deux inculpés) militants communistes dont Henri Varagnatet Jean Briquet. Ces trois noms étaient le plus souvent cités dans cette affaire car ils formaient le triangle « inter RP ». Un rapport de policiers résistants précise : « Au cours de l’arrestation de Kieffer, responsable à l’organisation du parti région parisienne, malgré la présence de cinq inspecteurs dont un chef, l’un de nos camarades supprime tous les papiers trouvés sur Kieffer, dont plusieurs listes de noms de militants. ». Il avait alors deux logements, un à Romainville et un dans le XIXe arr. de Paris. Emprisonné à la Conciergerie, à Fresnes, à Compiègne, il fut déporté le 17 avril 1943 à Mauthausen (Autriche) mais il s’évada et rejoignit les commandos de Tito puis l’armée régulière yougoslave. Il fut rapatrié le 21 juin 1945.

Revenu à Romainville, il ne fit pas partie du conseil municipal provisoire à la Libération (sans doute parce qu’on était sans nouvelles de lui) ni des municipalités suivantes. La commission des cadres enquêta après la Libération sur l’affaire « Varagnat, Kieffer, Briquet ». Il réapparut dans le conseil municipal de 1953 comme communiste mais démissionna pour raisons de santé le 24 septembre 1954. En fait, il avait été victime d’une campagne d’accusation sur son comportement pendant la guerre. Jacques Duclos serait venu en personne évoquer son cas à Romainville. Kieffer, sans doute victime de ses liens avec Tito, s’éloigna de la vie politique.

Il était titulaire de la Légion d’honneur, de la Croix de guerre avec palme et d’une décoration militaire décernée par le maréchal Tito en personne. Mort à Romainville en 1986, il fut enterré au cimetière de cette ville.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article114769, notice KIEFFER Raymond par Claude Pennetier, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 28 février 2014.

Par Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, 495 270 4965 ; autobiographie du 3 novembre 1937 ; RGASPI, dossier personnel de Robert Beck.. — Arch. Dép. Seine, DM3 ; versement 10451/76/1 ; listes électorales et nominatives. — Arch. PPo. 101. — État civil de Paris (XIIe arr.) et de Romainville. — — Renseignements recueillis par Michèle Rault et Nathalie Viet-Depaule. — Guy Auzolles, Albert Giry, Femmes et hommes de Romainville. De la Résistance à la Libération, Romainville, 2000.

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