KRIEGEL Mala [née Ehrlischster Mala]

Par Gérard Leidet

Née le 15 septembre 1912 à Varsovie (Pologne), exécutée sommairement le 27 août 1944 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; chirurgien-dentiste ; militante communiste ; résistante des FTP-MOI.

Mala Ehrlischster naquit le 15 septembre 1912 à Varsovie, en Pologne. Alors qu’elle étudiait la médecine à Strasbourg elle rencontra celui qui allait devenir son époux en septembre 1937 : le militant antifasciste et résistant communiste Maurice Kriegel-Valrimont qui contribua activement à la libération de Paris. Elle militait alors dans les rangs communistes et on a pu dire que c’était elle qui orienta son mari vers le communisme. À cet égard, Jean Maitron, dans la notice qu’il lui a consacrée, rappelle que les premiers rapports de Kriegel-Valrimont avec les communistes se firent par l’intermédiaire d’étudiants originaires d’Europe centrale : « Parmi eux, une étudiante de Varsovie, Mala Ehrlischster, qui deviendra sa première épouse et dont il se séparera en 1938 [...]. »
Selon Michèle Bitton, il semblerait qu’elle se soit installée avec son époux à Paris (XVe arr.) ; elle y exerçait alors son métier de chirurgien-dentiste. On ne sait pas comment elle arriva à Marseille, pour quelles raisons. En tous les cas Mala Kriegel, qui résidait au boulevard Jean-Juvénal (quartier de Saint-Antoine, dans les quartiers populaires situés au Nord de Marseille), n’était pas en compagnie de son mari. Elle vécut avec un communiste allemand, Hermann Burkhardt (1910-2003). Elle l’avait connue à Paris au Comité international d’aide à l’Espagne où elle était venue demander à être envoyée comme dentiste en Espagne. Elle demanda avec l’accord de son mari le divorce. Celui-ci devait-être prononcé le jour même où la Wehrmacht entra dans Paris. Ils décidèrent de remettre à l’après-guerre cet acte. À Marseille, Hermann Burkhardt, rédacteur à La Marseillaise, se fit faire des faux papiers au nom de Kriegel pour faciliter la vie du couple. Il parlait le français sans accent à la différence de Mala qui était perçue comme "une étrangère".
Mala Kriegel fut tuée à Marseille, lors d’une distribution de La Marseillaise, journal du Front national, quelques jours avant la libération de la ville. En effet, le 26 août 1944, la résistante FTP-MOI tombait dans une embuscade allemande alors qu’elle distribuait le journal dans les quartiers Nord de Marseille.
Imprimer, rédiger, ou diffuser la presse clandestine était une aventure risquée. Ces hommes et ces femmes, résistant(e)s, en étaient conscients ; mais, pour chacun d’entre eux, il ne servait à rien de sortir un journal si celui-ci n’allait pas à la rencontre de la population. Il fut décidé d’employer un véhicule pour une distribution en banlieue : « une voiture du journal fut mise à notre disposition, ornée d’un drapeau tricolore » rapportait en 1979 le résistant Victor Fantini qui participait à cette action, ce jour-là, avec Mala Kriegel, une autre militante Merotte et Dutour.
Au départ pourtant tout se déroulait normalement. Arrivé à Saint-Antoine, le groupe « tomba » sur les premières troupes françaises qui les reçurent avec joie (« embrassades, cigarettes, etc. » selon le témoignage de Fantini). Les soldats affirmèrent que la voie était libre. Les quatre militants abordèrent alors la descente de la Viste, puis en arrivant à la hauteur du carrefour du boulevard Oddo (deux artères situées toujours dans les quartiers Nord de Marseille), une patrouille allemande surgit et leur barra le chemin. Leur voiture fut stoppée et les passagers en furent éjectés sans ménagement : « Désarmés, nous [fûmes] [...] plaqués au mur et traités de terroristes » (Fantini).
Le sort de Mala Kriegel et de ses trois camarades semblait joué dans la mesure où « après un moment qui nous sembla une éternité » (Fantini), le chef de la patrouille allemande donna un coup de sifflet. D’autres soldats surgirent et tirèrent par rafales rapidement sur le groupe qui s’effondra sous la mitraille. Les nazis les laissèrent pour morts mais si aucun d’entre eux ne fut tué sur le coup, Mala Kriegel était la plus grièvement blessée. Une ambulance de la Croix-Rouge vint les chercher.
Allongé auprès de Mala Kriegel qui souffrait terriblement de blessures au ventre, Victor Fantini, qui devait après la guerre poursuivre sa carrière à La Marseillaise, précisa plus tard : « Les ambulanciers l’avaient recouverte d’une couverture mais malgré cette précaution le sang coulait abondamment traversant le tissu. Mala voulait toucher ses blessures et en retirait ses mains pleines de sang. » Tout le monde comprit alors qu’elle ne s’en sortirait pas. Afin d’éviter qu’elle ne renouvelle son geste, Victor Fantini étendit sur elle quelques journaux qui étaient restés dans sa poche. C’est à ce moment-là que la résistante prononça ses derniers mots : « C’est terrible ce qui nous arrive, mais malgré tout j’aurais eu la joie de voir nos journaux au grand jour. » Mala Kriegel devait décéder le lendemain à l’hôpital. Elle fut inhumée au cimetière Saint-Pierre de Marseille le 29 août 1944 dans une fosse commune comprenant d’autres résistants et baptisée le Jardin du Souvenir. Plusieurs victimes du bombardement des Alliés du 27 mai 1944 furent également enterrées à proximité. Au fil des ans, ce carré s’est transformé en friche à tel point qu’il est impossible de localiser le lieu exact où reposent les corps.
Une plaque à la mémoire de Mala Ehrlischster est apposée dans le hall du journal communiste La Marseillaise, proche du Vieux-Port ; sur une autre plaque située sur les lieux mêmes de ses derniers instants – au 85 boulevard Oddo (Marseille, XVe arr.) – figurent ces mots encore un peu visibles : « Ici tomba pour que vive la France Mala Kriegel collaboratrice de La Marseillaise fusillée par les Allemands le 27 mai 1944. »

Dans son roman Marseille ist kein Hafen (1955), Hermann Burkhardt décrit en détail le mort de son héroïne Antoinette à Marseille, abattue par les Allemands (il n’emploie pas le mot "fusillée").

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article114800, notice KRIEGEL Mala [née Ehrlischster Mala] par Gérard Leidet, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 30 mai 2020.

Par Gérard Leidet

SOURCES : Maurice Kriegel-Valrimont, avec Olivier Biffaud, Mémoires rebelles, Paris, Éd. Odile Jacob, 1999. – Michèle Bitton, notice biographique Mala Kriegel, in Dictionnaire des Marseillaises, ouvrage collectif par l’association Les Femmes de la Ville sous la direction de Renée Dray-Bensoussan, Catherine Marand-Fouquet, Hélène Echinard et Éliane Richard, Éd. Gaussen, 2012. – Sébastien Madau, « Mala Kriegel, fusillée La Marseillaise à la main », La Marseillaise, 27 août 2014. – Kriegel-Valrimont Maurice, Biographie par Jean Maitron, CDrom DBMOMS 7. — Notes de Bérénice Manac’h, mai 2020.

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