KRISTOS Antoine, Christophe (ou CRISTOS Antoine)

Par Antoine Olivesi

Né le 19 juillet 1898 à Marseille (Bouches-du-Rhône), mort le 19 décembre 1971 à Aubagne (Bouches-du-Rhône) ; ajusteur ; dirigeant communiste de Marseille ; administrateur du quotidien Le Patriote de Toulouse.

Le nom de ce militant s’écrivait plus couramment, avant la guerre, Cristos et parfois — plus rarement — Christos, mais il est bien inscrit sous le nom de Kristos sur les listes électorales de 1939, à Marseille.

Issu d’une famille ouvrière (son père, Antoine Kristos dit Mourkidis, doreur-relieur en livres religieux, avait épousé le 4 juillet 1901 à Marseille sa mère, brodeuse), Antoine Kristos fit des études jusqu’au Certificat d’études puis acquit une véritable instruction d’autodidacte. Il travailla d’abord comme ajusteur dans la métallurgie, fut mobilisé pendant la Grande Guerre puis réformé. Il résida ensuite dans un village du Var, pour raison de santé, et adhéra en 1921 à la section locale du Parti socialiste SFIO.

Kristos revint ensuite à Marseille en 1924 et exerça le métier de plombier puis de chef électricien. Il adhéra au Parti communiste, au lendemain de la scission syndicale de 1925. Mais ses activités lors du 1er Mai ou contre la guerre du Maroc l’obligèrent à changer plusieurs fois d’emploi. Il fut, tour à tour, manœuvre, charpentier, terrassier, maçon, puis employé des tramways et devint permanent politique à partir de 1935-1936.

Kristos dirigea d’abord le deuxième rayon, devint membre du comité et du bureau régional du Parti communiste et secrétaire du comité de Marseille-ville. Il fut plusieurs fois candidat au conseil général dans le 9e canton de Marseille en novembre 1933, lors d’une consultation partielle, au renouvellement d’octobre 1934, en décembre de la même année dans le 9e canton où la désunion, cette fois, eut pour conséquence le succès d’un candidat de droite. Kristos, qui avait obtenu au premier tour 794 voix et le désistement du candidat SFIO Jullian (428 voix), accusa Carmignani* de faire le jeu de la réaction en maintenant sa candidature. Il fit appel à la discipline prolétarienne et non à la discipline républicaine, mais sans succès dans cette élection triangulaire.

L’année suivante, il fut tête de liste aux élections municipales dans la 5e section et obtint 3 874 voix sur 34 799 électeurs inscrits ; il se retira au second tour en faveur de la liste socialiste SFIO.

En 1936, aux élections législatives, il se présenta contre Fernand Bouisson dans la 8e circonscription qui comprenait également le canton de La Ciotat. Il réussit à le mettre en ballottage en obtenant 7 654 voix sur 24 997 électeurs inscrits (30,25 %) soit près de quatre fois plus que le candidat du Parti communiste en 1932. Kristos obtint 8 578 voix au deuxième tour de scrutin (34,3 %).

En 1937, Kristos devint administrateur-délégué de la société populaire d’édition et d’impression de Marseille, société anonyme au capital de 150 000 francs. Il était également, à l’époque, secrétaire de la région marseillaise du Parti communiste.

De nouveau candidat au conseil général dans le 9e canton le 10 octobre 1937, il recueillit 2 961 suffrages sur 11 299 électeurs inscrits et se retira au second tour en faveur du socialiste Massias. Il se présenta, également sans succès, l’année suivante, en juillet, au conseil d’arrondissement dans le même canton, obtint 2 041 voix au premier tour et se désista, au second, au profit du socialiste Carmignani qui l’avait devancé seulement de seize suffrages. Il était toujours, en 1938, membre du bureau régional du PC.
En octobre 1939, Kristos figurait sur la liste des militants communistes surveillés par la police. Il fut condamné par le tribunal militaire de la XVe région, le 15 février 1940, à quatre ans de prison pour détention de tracts d’inspiration étrangère. Kristos aurait établi, en novembre 1940, la première « liste noire » des militants suspects. Incarcéré au Bas-fort Saint-Nicolas à Marseille, il fut ensuite transféré à la prison Saint-Pierre, toujours à Marseille où il dirigeait le collectif du parti communiste, puis il fut envoyé centrale de Nîmes (Gard). Libéré le 14 septembre 1943, il fut immédiatement l’objet d’un arrêté d’internement administratif et arriva au camp de Saint-Sulpice-la-Point (Tarn), le 4 novembre. Il y fut appelé à la direction du collectif clandestin. Il réussit ensuite à s’évader.

À la Libération, il fut l’un des animateurs de l’Association des déportés, internés, résistants et patriotes. Il devint administrateur d’un quotidien toulousain, Le Patriote. Selon Roger Martin*, il fut accusé de mauvaise gestion et exclu du Parti communiste.

Marié le 5 janvier 1929 à Marseille avec Marie Mingaud, divorcé en 1946, remarié le 22 avril 1947 à Toulouse (Haute-Garonne) avec Joséphine Pédrini, Kristos mourut à Aubagne (Bouches-du-Rhône) le 19 décembre 1971.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article114803, notice KRISTOS Antoine, Christophe (ou CRISTOS Antoine) par Antoine Olivesi, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 6 juin 2021.

Par Antoine Olivesi

ŒUVRE : Nombreux articles dans Rouge-Midi, notamment le 16 mars 1937 contre « les 200 familles », contre Sabiani, le 13 août, « L’Unité se fera », etc.

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, II M 3/60 (notamment les rapports des 25 avril, 1er et 2 mai 1936) ; III M/54 et 55 ; IV M/18 ; V M 2/282 et 283 ; M 6/10923 et 11379 ; M 6/11793, rapport du 3 avril 1940 (anciennes cotes) et aussi : Cabinet du préfet (rapport « secret » du commissaire spécial à Vichy, du 9 octobre 1940), plus 5 W 194 (dossier d’internement). — site Mémoire des hommes, SHD Vincennes GR 16 P 323790 (à consulter). — Rouge-Midi, 1er et 22 septembre, 2, 6 et 8 décembre 1934, avril-mai 1935, avril-mai 1936, 16 mars 1937, 23 mai 1937 (photo), 13 août et 24 septembre 1937 (photo), 30 novembre 1944 ; Le Petit Provençal, notamment les 19 novembre et 26 décembre 1933, 19 décembre 1934, 30 avril-6 mai 1936, octobre 1937, juin-juillet 1938, etc. L’Éclair de Montpellier, 8 mai 1936, et autres périodiques marseillais et du Sud-Est. — Louis Gazagnaire, Dans la nuit des prisons, Paris, Éditions sociales, 1973, p. 166 et 193. — Stefano Schiaparelli, Ricordi di un fuoriusciti, Milan, edizione del Calendario, 1971, p. 182. — Renseignements fournis par Marcel Bernard et Georges Righetti. — notes Jean-Marie Guillon. — État civil de Marseille.

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